Culture

Don Lemon ne sera pas poursuivi après le rejet du juge sur la poursuite anti-ICE.

Alors que les retombées se poursuivent après la manifestation anti-ICE du dimanche dans une église du Minnesota, Don Lemon, qui assurait la couverture de l’événement, n’a pas été inculpé, malgré les tentatives du département fédéral de la justice de le poursuivre pénalement. Plusieurs autres participants à cette action, loin d’être innocents, ont été arrêtés et font face à des charges fédérales importantes liées à la démonstration controversée.

Des charges contre Lemon écartées par le juge

Selon Politico, un juge magistrat a rejeté les requêtes des procureurs fédéraux visant à inculper le journaliste discuté, dans le cadre de la manifestation dominicale survenue près de l’église Cities Church à St. Paul, dans le Minnesota. Le nom de Lemon était apparu au départ sur un registre judiciaire fédéral consulté par Politico, mais le dossier a ensuite été retiré. Le Département de la Justice n’a pas commenté publiquement le fait que l’affaire contre Lemon ait été rejetée, mais selon une source ayant pris part à l’affaire et citée par Politico, le procureur général américain Pam Bondi aurait été « furieuse de la décision du juge ». L’avocat Abbe Lowell, qui conseille Lemon, a déclaré que « les actions rapportées du magistrat confirment la nature du travail protégé par le Premier Amendement que Don a exercé ce week-end en tant que journaliste dans le Minnesota », et a ajouté que les activités de Lemon à l’église ne différaient pas de ce qu’il fait depuis plus de 30 ans en tant que professionnel de l’information, rapporte Politico.

Comme l’avait déjà rapporté Pagesafrik.info, des militants affiliés à plusieurs organisations seraient entrés, ce dimanche, dans l’église du Sud- Baptistisme de St. Paul pour protester contre les actions de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans l’État, avançant qu’un pasteur local ferait également office de fonctionnaire ICE. Lemon était présent, et il a mené des entretiens avec les manifestants et avec les fidèles de l’église avant et pendant l’action. Des responsables du DOJ avaient rapidement promis d’engager des poursuites pénales à l’encontre des manifestants et avaient inclus Lemon parmi les personnes visées, semblant contester son rôle de simple témoin plutôt que celui d’un participant. Pour l’instant, il semble qu’un juge ait donné raison à Lemon sur ce point.

Si Don Lemon n’a pas été inculpé pour son rôle présumé dans la manifestation, trois autres personnes ont été arrêtées jeudi. Nekima Levy Armstrong, William Kelly et Chauntyll Allen ont été placés en détention, et des images de leurs arrestations ont circulé sur les réseaux sociaux. L’administration de Donald Trump a été critiquée après que la Maison-Blanche ait publié une photo numériquement altérée de l’arrestation d’Armstrong, modifiant sa peau et donnant l’impression qu’elle était en larmes, alors que les autorités l’emmenaient en agent de l’ordre, une impression contredite par des images montrant son visage impassible.

Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) a publié une vidéo montrant les forces arrêtant Allen, qui est membre du conseil scolaire de St. Paul. Dans le post, DHS affirme qu’elle « a été accusée de complot visant à priver des droits » pour son rôle dans les émeutes survenues dans l’église de St. Paul.

Selon l’un des posts, Kelly a été emmené sous la contrainte par plus d’une douzaine d’agents, malgré son accord préalable de se livrer volontairement. On a aussi vu des échanges sur les réseaux sociaux soulignant l’usage marqué de la force lors de cet arrêté, alors que le phénomène politique et médiatique entourait l’événement.

Armstrong, Kelly et Allen avaient tous un profil public distinct. Kelly, vétéran militaire, avait notamment comparé la situation actuelle aux « années 1939 de l’Allemagne nazie », avant d’être arrêté dans le cadre de l’action visant l’église. Des échanges publiés illustrent les critiques qui ont accompagnés ces arrestations et les controverses autour des méthodes employées par les autorités.

Les arrestations se sont produites dans un contexte où le vice-président américain, JD Vance, était en visite à Minneapolis jeudi, au milieu des critiques concernant l’opération fédérale ICE dans le Minnesota, notamment suite à la fusillade mortelle d’une civile, Renee Good, par un agent d’ICE. Lors de son allocution, Vance a repris l’aveu du président Trump selon lequel ICE avait « commis des erreurs », mais a imputé ces fautes à « ce que les autorités de Minneapolis font pour empêcher ICE d’exercer ses missions ». Des responsables locaux, dont le gouverneur Tim Walz et le maire de Minneapolis, Jacob Frey, font l’objet d’enquêtes menées par des autorités fédérales, selon NBC News.

Des échanges sur les réseaux sociaux montrent que certains soutiennent que les accusations et les arrestations sont utilisées comme levier contre les activistes et que l’opération ICE est poursuivie de manière agressive dans le Minnesota. Les propos de Vance, lors de sa visite, suggèrent que l’administration républicaine renforce son action en matière d’immigration dans l’État, et les arrestations de jeudi démontrent une volonté affirmée de cibler les personnes associées à la protestation contre ICE.

En dépit du fait que Don Lemon semble avoir bénéficié d’une protection au titre du droit à la liberté de la presse et à la liberté d’expression, d’autres participants à cette démonstration controversée se retrouvent confrontés à des implications juridiques lourdes qui pourraient durer bien au-delà de l’épisode médiatique.

Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.