Culture

Obama appelle Abdul El-Sayed pour unir les Démocrates et tend la main à Haley Stevens après primaire

La campagne d’Abdul El-Sayed pour occuper le siège ouvert au Sénat américain dans le Michigan vient de recevoir un appui significatif, matérialisé par un appel téléphonique déterminant.

Ce jeune espoir progressiste, qui avait pris le dessus sur un candidat démocrate plus établi dans la course pour le Sénat de l’État, semble désormais bénéficier du soutien de l’un des leaders les plus influents du parti: l’ancien président Barack Obama. Cet élan intervient alors qu’Obama a pris contact avec les deux candidats démocrates afin de les inviter à afficher une unité pleine et entière face au challenger républicain lors des élections de novembre, alors que les démocrates cherchent à reprendre le contrôle du Sénat.

Obama s’adresse à El-Sayed et Stevens après une primaire acharnée

Selon Politico, le président Obama a eu une conversation téléphonique vendredi avec Abdul El-Sayed, quelques jours seulement après que le progressiste du Michigan ait remporté la primaire démocrate pour le Sénat de son État. D’après les porte-parole des deux camps, l’échange a surtout porté sur l’unité du Parti démocrate avant l’élection générale de novembre. Comme Pagesafrik.info l’avait signalé, El-Sayed s’était imposé dans une primaire parfois marquée par des échanges férocement disputés avec Haley Stevens. Dans ce État, la course a été présentée comme un duel entre un candidat progressiste et une candidate plus centriste, soutenue par l’establishment démocrate. Obama, qui a aussi joint Stevens après l’élection, appelle désormais les courants du Parti démocrate à s’unir autour d’El-Sayed alors que celui-ci affronte le républicain Mike Rogers, ancien député, au scrutin général.

Un porte-parole de la campagne d’El-Sayed a indiqué que l’échange avec Obama avait été « chaleureux et encourageant, et nous sommes impatients de travailler ensemble pour unir les démocrates et gagner le Michigan en novembre ». Dans une déclaration à Politico, El-Sayed a décrit l’entretien de façon positive : « Parfois, il faut vraiment rencontrer ses héros. » Il a évoqué cet appel lors de plusieurs passages dans les émissions politiques du dimanche matin. Lors de son passage sur Meet the Press, il a affirmé que la « présence d’Obama ici dans le Michigan signifierait énormément pour la coalition qui l’a aidé à être élu ». Obama a également eu un appel séparé avec Stevens; une source proche de la conversation a précisé qu’Obama a remercié Stevens de « son engagement à unir les démocrates pour gagner le Michigan en novembre ». Stevens, quant à elle, a déclaré à Obama qu’elle l’inviterait à venir dans le Michigan et à faire campagne pour les démocrates.

Obama et d’autres démocrates mettent de côté leurs différends en faveur de l’unité autour d’El-Sayed

Comme le souligne le New York Times, cette démarche d’Obama se révèle remarquable, dans la mesure où l’ancien président a été plutôt sélectif quant à ses parrainages et soutiens pour les candidats démocrates. Bien qu’il n’ait officiellement soutenu aucun des deux candidats lors de la primaire, le nom d’Obama a été évoqué à plusieurs reprises pendant celle-ci. Stevens a mis en avant son historique de collaboration avec Obama lorsqu’elle était chef de cabinet du groupe de travail présidentiel sur l’automobile, ce qui a abouti à des aides gouvernementales pour Chrysler et General Motors. La campagne de Stevens a fortement relancé un extrait de 2018 où Obama affirmait que Stevens « faisait partie de mon équipe essentielle qui a aidé l’industrie automobile américaine à reprendre de la vigueur », un message destiné à un État où l’automobile reste une industrie clé. De son côté, El-Sayed a souvent été comparé à Obama pour son éloquence inspiratrice et pour son identité de fils d’un immigrant africain — le père d’El-Sayed est venu d’Égypte, tandis que le père d’Obama venait du Kenya afin d’étudier aux États-Unis. Cependant, El-Sayed a aussi exprimé des critiques envers Barack Obama dans le passé, déclarant en 2017 qu’il était « très reconnaissant » de l’impact d’Obama sur la politique, mais qu’il y avait « beaucoup de choses sur lesquelles je ne suis pas d’accord avec le président Obama — tant au niveau intérieur qu’au niveau international. Je ne suis pas lui et je n’ai aucune intention de le devenir ». Aujourd’hui, El-Sayed insiste sur l’impact positif d’Obama sur sa propre carrière politique, expliquant à CNN, lors d’un entretien avec Jake Tapper, que « je ne me voyais pas en politique jusqu’au jour où j’ai entendu son discours en 2004 sur le parquet de la DNC ».

Selon Politico et le New York Times, l’appel d’El-Sayed avec Obama constitue l’un des derniers exemples de démocrates très médiatisés qui prennent contact avec le candidat du Michigan. Depuis sa victoire à la primaire, El-Sayed s’est entretenu avec l’ancienne vice-présidente Kamala Harris, qui lui a officiellement apporté son soutien dans son duel contre Rogers. Il a aussi discuté avec Zohran Mamdani, maire de New York et figure progressiste très en vue ainsi qu’un des responsables politiques musulmans les plus médiatisés au sein du Parti démocrate. D’autres personnalités ont pris attache avec El-Sayed, dont le sénateur Mark Kelly (Arizona) et l’ancien secrétaire aux Transports de l’administration Biden, Pete Buttigieg. El-Sayed a également échangé avec le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer (D-N.Y.), qui avait appuyé Stevens contre El-Sayed lors de la primaire. « Je lui ai dit : je n’ai pas besoin qu’il m’aime, » a raconté Schumer, « j’ai juste besoin qu’il gagne. »

Pour espérer l’emporter, El-Sayed devra réparer les liens qui restent parfois tendus entre les ailes progressiste et centriste du Parti démocrate du Michigan. L’appel récent d’Obama et le soutien apparent de l’ancien président constituent un coup de pouce important pour cette initiative d’unifier le parti autour d’El-Sayed, alors qu’il se prépare à briguer un poste crucial au Sénat lors du scrutin de novembre.


Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.