Culture

Trump a échangé des avions en Turquie, face à la menace iranienne, laissant staff et reporters.

Une situation pour le moins singulière se dessine autour d’un échange d’avions qui aurait pu mettre des journalistes et des membres de l’entourage présidentiel en danger sans que ceux-ci en aient connaissance. Le président minimise son rôle dans cette opération clandestine, qui consistait à changer d’appareil durant un voyage à l’étranger face à des menaces d’assassinat, tout en laissant dans l’ombre les personnes qui étaient censées voyager avec lui.

Trump a secrètement changé d’avion, laissant le personnel et les journalistes face à une menace d’attaque

Lors d’un sommet international de l’OTAN en juillet, le président Trump avait provoqué une légère confusion en passant d’un nouveau véhicule présidentiel, financé par le Qatar et au ton controversé, à un avion plus ancien à la sortie de Turquie. À l’époque, des sources indiquaient que ce basculement tenait au fait que l’avion qatari ne comportait pas les mêmes dispositifs de sécurité que l’ancien appareil Air Force One. Désormais, il a été révélé que Trump ne s’est pas extramuros du trajet à bord de l’un ou l’autre appareil au départ de Turquie. Selon le Washington Post, après avoir embarqué sur l’ancien Air Force One, Trump s’est discrètement éclipsé du poste de pilotage et est monté dans un camion-catering qui l’a conduit vers un avion militaire utilisé pour se rendre à Londres. Parallèlement, l’entourage du président, composé de fonctionnaires et de représentants de la presse, a embarqué sur l’ancien avion présidentiel et a filé hors de l’espace aérien turc, croyant à tort voyager avec le président. Des images montrent l’ancien appareil Air Force One sur lequel Trump monte pendant que le camion-restauration se tient à côté de l’avion, puis que ce dernier s’éloigne lorsque les journalistes montent à bord.

Les trois avions ont finalement atterri à Londres, où Trump est monté secrètement à bord de l’ancien avion présidentiel, est descendu publiquement et a ensuite embarqué sur l’avion financé par le Qatar pour son retour aux États‑Unis. Cette opération extrêmement discrète aurait été orchestrée en réponse à une menace selon laquelle des agents iraniens viserait l’avion du président dans une tentative d’assassinat, en représailles à la guerre que mènera les États‑Unis contre l’Iran. Le New York Times précise que le secrétaire d’État Marco Rubio, qui avait pris l’avion plus ancien depuis la Turquie, était au courant et a contribué à la planification du basculement présidentiel. En revanche, on ignore si d’autres membres du personnel de la Maison-Blanche présents à bord, notamment le secrétaire au Trésor Scott Bessent, le directeur des communications de la Maison-Blanche Steven Cheung et le chef de cabinet adjoint Stephen Miller, étaient informés de ce basculement lors de leur déplacement. Quant aux journalistes de la presse présidentielle embarqués sur l’avion, ils n’étaient pas tenus informés du plan.

Opinions partagées face à la minimisation par Trump de la bascule d’avion

La nature secrète du procédé, ainsi que le fait que journalistes et potentiellement des responsables du cabinet aient été laissés sur l’avion considéré comme une cible possible des agents iraniens, a provoqué une indignation: Trump aurait mis en danger ces compagnons de voyage pour protéger sa propre sécurité. Joe Lockhart, qui a assuré le poste de porte‑parole de la Maison-Blanche sous Bill Clinton, a dénoncé l’épisode en déclarant: « Ils ne semblaient pas accorder la moindre seconde de réflexion à quiconque en dehors du président et des rares personnes qui l’accompagnaient. » Il compare cette approche à son voyage de 2000 avec Clinton au Pakistan, soulignant que, à l’époque, on veillait activement à protéger le plus grand nombre de personnes, surtout des civils, et à éviter d’en faire des boucliers humains. Pour lui, c’est là une différence majeure. D’autres ont toutefois pris la défense de Trump. Joseph W. Hagin, qui a aidé à organiser des déplacements du président vers des lieux dangereux sous l’administration Bush et qui a ensuite occupé le poste de conseiller adjoint à la Maison-Blanche durant le premier mandat de Trump, a défendu le choix du secret: « Lorsque vous travaillez à la Maison-Blanche ou que vous voyagez avec le président, vous acceptez un niveau de risque non négligeable. » Il a soutenu que le secret était indispensable pour assurer la sécurité du président.

Du côté du principal intéressé, Trump a tenté de prendre ses distances avec la controverse, affirmant que ce basculement secret ne relevait pas de sa responsabilité. « Je suis guidé par le Service secret et par l’armée », a-t-il lancé mardi, lors de ses premiers commentaires sur l’affaire. « Ils voulaient que j’emprunte un autre vol, un avion différent, avec une sécurité équivalente, mais ils voulaient que ce soit moi qui le fasse. Donc j’ai obéi. Je fais ce qu’ils disent. » Trump a aussi rejeté les inquiétudes selon lesquelles il aurait mis en danger les passagers du vol Air Force One. « Je pense que, en réalité, l’avion sur lequel je me suis rendu était davantage exposé au risque — c’est celui qu’ils cibleraient le plus, selon moi, si l’on en croit les hypothèses. » Lorsqu’on l’a interrogé sur le risque d’un missile porté à l’épaule visant son avion, comme évoqué dans les récits, Trump a répondu sur le ton insouciant qui lui est familier: « Je ne m’inquiète pas; peu importe ce que c’est. Voilà mon état d’esprit: peu importe. »

Même si Trump ne juge pas cette bascule d’avion comme un enjeu majeur, d’autres estiment qu’elle ressemble à une mise en danger délibérée de journalistes et même de certains collaborateurs, afin de préserver ses propres intérêts. Si le voyage de l’OTAN s’est conclu sans incident et que tous les participants sont bien arrivés à destination, l’épisode soulève néanmoins des questions sur le leadership du président et sur la mesure dans laquelle ses intérêts passent avant ceux des autres.


Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.