Culture

Les résidents de New York ont été contactés par des agents fédéraux après avoir critiqué l’ICE.

David Streever a exprimé son indignation face à la réaction des services de l’immigration et des douanes américains (ICE) suite à une fusillade fatale impliquant des agents à Minneapolis, survenue dans le cadre d’une manifestation contre l’ICE. Des mois après, ce résident de l’État de New York a affirmé que ce choix d’expression avait entraîné l’intervention d’agents fédéraux à son domicile.

Cette apparition des autorités s’est produite le même jour qu’une autre résidente de l’État de New York a publiquement allégué avoir été contactée par des agents fédéraux après avoir critiqué l’ICE en ligne, relançant ainsi le débat sur les limites entre les investigations policières et la protection offerte par le Premier amendement.

Détails sur les raisons de la visite à domicile de David Streever par des agents fédéraux

L’avocat de Streever a indiqué que deux agents fédéraux se sont présentés au domicile du Rochester, dans le comté de Monroe, la semaine dernière, alors qu’il était en voyage en Finlande avec sa fille de sept ans. Ils auraient remis à son épouse, Hilary Streever, âgée de 43 ans, un avis d’avertissement indiquant qu’un courriel qu’il avait adressé à Todd Lyons, alors directeur par intérim de l’ICE, était perçu comme une menace, selon ABC News et NPR.

Streever, âgé de 45 ans, avait envoyé ce message en janvier après qu’un agent de l’ICE a tué une résidente de Minneapolis, Renee Good, au cours d’une manifestation anti-ICE. Dans son courrier, il avait vivement critiqué Lyons, le qualifiant de « être humain monstrueux » qui « n’aura jamais connaissance de la paix » selon ABC News.

À son retour de Finlande, les agents fédéraux ont aussi tenté de prendre contact avec lui dans un hôtel de New York, mais le personnel de l’établissement les a éconduits, selon Adam Steinbaugh, avocat pour la Foundation for Individual Rights and Expression (FIRE), qui représente Streever.

Dans ce message, Streever s’adressait à Lyons en écrivant: « La manière dont vous protégez l’exécution évidente au Minnesota, même en visionnant les vidéos, mènera à votre chute », selon Steinbaugh.

« Même Trump vous tournera le dos avant la fin, et vous serez un homme triste et détesté qui se rongera de honte à cause de votre faiblesse pitoyable », rapporte ABC News.

« L’ICE enquête sur toutes les menaces crédibles visant ses employés et ses agents, y compris celles visant le directeur de l’ICE », précise l’agence dans un communiqué.

L’e-mail de Streever est‑il protégé par la liberté d’expression ?

Steinbaugh soutient que l’e-mail de Streever ne constitue pas une menace réelle et qu’il relève plutôt d’un discours politique protégé par la Constitution.

« Une vraie menace est une expression sérieuse d’une intention de commettre un acte violent. Cet e-mail n’en approche pas », affirme-t-il. « Il s’agit de discours politique, d’un acte de pétition adressé au gouvernement. »

Streever a déclaré ne pas avoir prévu que l’envoi de ce message attirerait des visites d’agents fédéraux.

« Comme beaucoup d’Américains, j’ai été profondément bouleversé par les fusillades au Minnesota et j’ai ressenti le besoin d’agir », a-t-il déclaré dans un communiqué relayé par NPR. « Rédiger une lettre à la tête de l’ICE me semblait le geste minimal pour exprimer mon courroux. Je n’aurais jamais imaginé que cela mènerait à une visite de ma porte par des agents fédéraux. »

Steinbaugh précise que Streever n’a pas pris contact avec le Department of Homeland Security, l’organisme mère de l’ICE, depuis la réception de l’avertissement et n’en a pas l’intention.

Une autre résidente de New York visitée par des agents fédéraux pour une publication sur les réseaux sociaux

L’affaire de Streever fait écho à celle d’une autre résidente, Paigelynne Gonyea, une électrice de Syracuse qui affirme que des agents fédéraux l’ont approchée le 23 juin au bureau de vote lors de la primaire de l’État de New York pour des publications sur les réseaux sociaux concernant Jonathan Ross, l’officier de l’ICE qui a tué Renee Good.

Gonyea affirme que les agents l’ont interrogée au sujet d’un post publié en janvier dans lequel elle avait partagé une photo de Ross et écrit qu’il serait opportun qu’il soit inculpé.

Le Department of Homeland Security a contesté le récit de Gonyea. Un porte‑parole a déclaré qu’elle avait publié en ligne l’adresse personnelle de Ross, une allégation que Gonyea dément. Le DHS a indiqué que toute publication d’informations personnelles concernant ses agents ferait l’objet d’une enquête.

Après avoir pris connaissance du récit de Gonyea, Streever l’a contactée sur Facebook. En échangeant leurs expériences, ils ont constaté que les deux mêmes agents de la Homeland Security Investigations (HSI) qui avaient pris contact avec Gonyea ce même jour s’étaient rendus au domicile de Streever, selon NPR.

Un porte‑parole du cabinet du procureur général de New York a déclaré que son bureau est au courant des deux incidents et examine l’échange entre Gonyea et les agents fédéraux sur le lieu de vote.

Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.