Les Républicains de Louisiane ont réagi à une décision rendue par la Cour suprême en procédant à l’élimination de l’un des deux districts électoraux majoritairement noir de l’État, ce qui affaiblit la force du vote des Noirs. Cette manœuvre est susceptible de faire basculer l’un des représentants noirs démocrates vers le camp républicain et pourrait avoir des répercussions plus larges sur le contrôle duCongrès et sur l’influence des électeurs noirs à l’échelle nationale.
Louisiane élimine l’un de ses deux districts à majorité noire
Ce vendredi, l’assemblée législative de Louisiane, dominée par les Républicains, a officiellement adopté un texte redessinant les contours des circonscriptions et supprimant l’un des deux districts où la majorité des électeurs est noire. Cette démarche découle d’une décision rendue par la Cour suprême des États-Unis dans l’affaire Louisiana v. Callais, qui a estimé que l’État avait recouru de manière inappropriée à des critères raciaux pour garantir que deux des six circonscriptions demeurent majoritairement noires, soit environ un tiers de la population locale. L’effet immédiat du redécoupage est d’éclater le 6e district, qui couvre actuellement la région de Shreveport et est représenté par le congressman Cleo Fields.
Les Républicains avaient envisagé de diviser le second district majoritairement noir, centré autour de la Nouvelle-Orléans et représenté par le congressman Troy Carter, mais ils craignaient qu’un trop grand nombre d’électeurs noirs ne soit dispersé dans des circonscriptions dominées par les Républicains et ne met en danger des postes sûrs du GOP, notamment celui du porte-parole de la Chambre, Mike Johnson. Pour accommoder ce redécoupage, le gouverneur Jeff Landry a suspendu des primaires déjà en cours, effaçant environ 40 000 votes déjà déposés. Les primaires selon la nouvelle carte sont désormais prévues pour le 3 novembre, jour de l’élection générale dans le reste du pays, alors que l’élection générale de Louisiane a été repoussée au 12 décembre.
Les Républicains imposent une vague de redécoupages partisans et racistes
Le redécoupage de Louisiane s’inscrit dans une dynamique nationale de manipulation des circonscriptions afin de favoriser un parti, phénomène amplifié lorsque l’ancien président Trump a exhorté les États dirigés par les Républicains, comme le Texas et la Caroline du Nord, à éliminer certains districts contrôlés par les Démocrates avant les élections de mi-mandat. D’autres États dirigés par les Démocrates, à l’instar de la Californie, ont répliqué par leurs propres mesures partisanes de redécoupage.
La décision de la Cour suprême dans l’affaire Callais a déclenché une deuxième vague de gerrymandering visant plus particulièrement les districts dominés par des Noirs dans des États tels que l’Alabama, la Louisiane et le Tennessee. Le redécoupage louisianais pourrait bien constituer le dernier ajustement avant les scrutins: la Caroline du Sud a rejeté ses tentatives de refonte, la Cour suprême a bloqué un redécoupage démocrate en Virginie, et un tribunal fédéral a de nouveau bloqué la carte rédigée par les Républicains en Alabama, jugée auparavant discriminatoire envers les électeurs noirs — bien que ce dossier puisse remonter devant la Cour suprême, qui pourrait remettre en cause sa décision et valider la carte républicaine.
Éliminer les protections du pouvoir de vote noir et sa représentation
La Cour suprême, dominée par les conservateurs, se montre non seulement favorable aux Républicains dans de nombreux cas de redécoupage examinés, mais elle ouvre aussi la porte à une dilution du pouvoir de vote et de la représentation des Noirs qui est perçue par certains comme équivalente à la fin de la Reconstruction. Autrement dit, la Cour avait auparavant jugé permissible le redécoupage partisan, ce qui a facilité une vague d’opérations de gerrymandering dirigées majoritairement par les Républicains.
Bien que le racisme évident dans le tracé des circonscriptions reste interdit en principe, l’arrêt Louisiana v. Callais fragilise l’application de la section du Voting Rights Act de 1965 à deux niveaux. Premièrement, il restreint fortement la faculté des tribunaux à établir qu’un redécoupage porte atteinte aux droits de vote des Noirs. La Cour exige désormais que les législateurs déclarent explicitement que les limites sont dessinées en fonction de la race. Deuxièmement, comme les électeurs noirs soutiennent majoritairement les Démocrates, les Républicains pourraient soutenir que leurs efforts visent uniquement l’appartenance partisane et non la race, malgré le caractère racial du processus et de son impact.
Des experts avertissent qu’environ un tiers des membres actuels du Congressional Black Caucus pourraient perdre leur siège à cause du redécoupage avant les élections de 2026.
À mesure que les primaires avancent et que l’élection générale approche, les électeurs noirs de Louisiane verront leur influence diminuer et il est probable qu’un seul représentant noir manque désormais à l’appel au Congrès. Cette percée républicaine dans l’État, associée à d’autres actions permises par la Cour et menées à l’échelle nationale, pourrait déterminer quel parti contrôle le Congrès en 2027 et influencer durablement la marge d’influence des électeurs noirs sur les affaires fédérales.





