Culture

Des propos insultants sur Hakeem Jeffries déclenchent indignation et débat sur le racisme progressif

Un militant et universitaire pro-Palestine présente des excuses et fait face à des critiques après avoir employé un langage offensant visant l’un des responsables noirs les plus en vue du Parti démocrate. Ses propos visaient le représentant Hakeem Jeffries dans le cadre du conflit à Gaza.

Ces remarques ont suscité un vif écho de condamnations et ont alimenté un débat sur le racisme au sein des milieux progressistes.

Colère publique après que Jeffries a été qualifié de « singe de l’AIPAC » et de « larbin »

Rula Jebreal, journaliste et analyste palestinienne ainsi que professeure invitée à l’Université de Miami, a proféré ces propos lors d’un échange avec l’écrivain Wajahat Ali dans le podcast The Left Hook. En critiquant le soutien de Jeffries à Israël, Jebreal l’a décrit comme « acheté et payé par l’AIPAC », évoquant le groupe de pression américain favorable à Israël, et l’a ensuite présenté comme « fondamentalement un larbin ». Elle a immédiatement précisé ne pas vouloir adopter une tonalité raciste, mais a persisté en le qualifiant de « simple messager ».

Des réactions virulentes ont rapidement émergé sur les réseaux sociaux. Pour le CBC, « il n’existe aucune façon non raciste de qualifier un Leader Jeffries, un homme noir, de ‘singe’ ou de ‘larbin’ ». L’organisation a aussi dénoncé Ali, estimant que « c’est le résultat d’un niveau d’exigence trop bas dans notre façon de dialoguer — les gens s’habituent à tolérer ouvertement le racisme ». Le CBC a appelé à mettre fin à la diffusion et à la banalisation du racisme anti-Noirs, qu’il émane de la droite ou de la gauche.

Des messages sur les réseaux ont été relayés pour rappeler que Jebreal elle-même avait autrefois dénoncé les « réthorique raciste flagrante » de Ron DeSantis lorsqu’il avait employé une remarque similaire envers Andrew Gillum, un homme noir, lors de la campagne pour la gouvernance en Floride.

Des déclarations publiques ont aussi circulé rappelant ces échanges sur les réseaux sociaux, dont certains posts soulignaient le caractère problématique de l’emploi du mot « singe » dans ce contexte.

Le frère du représentant, Hasan Kwame Jeffries, professeur à l’Université d’Ohio State, est intervenu pour défendre son frère et dénoncer les propos des deux interlocuteurs, affirmant que Hakeem « est un homme noir et personne ne peut le traiter de singe ».

Hasan Kwame Jeffries a publié sur X: « Pour être clair, Rep. Jeffries est un homme, un homme NOIR, et personne n’est son singe. Il peut aussi dire ce qu’il pense sur ce sujet. Et moi aussi. Et vous êtes des individus racistes et ignorants qui se ressemblent par le ton et la teneur avec le GOP. Honte à vous. »

Le journaliste Eric Michael Garcia a écrit que, si les électeurs noirs ne font plus confiance aux progressistes ou aux défenseurs pro-Palestine (en plus du fait que Kamala Harris ait perdu le Michigan), traiter le potentiel premier orateur noir de la Chambre de « singe » illustre clairement ce manque de confiance.

Enfin, certains ont rappelé que Jebreal avait autrefois critiqué Ron DeSantis pour « rhétorique raciste flagrante » lorsqu’il avait employé une remarque similaire contre Andrew Gillum, un homme noir, lors de la même course à la gouvernance en Floride.

Les excuses et explications n’ont pas apaisé l’indignation

Jebreal s’est excusée pour ses propos tout en maintenant ses attaques contre Jeffries. « Je suis révoltée et horrifiée que Hakeem Jeffries reçoive des fonds de l’AIPAC dans le cadre du génocide infligé à la Palestine par Israël », a-t-elle écrit sur X. « Cela dit, le terme que j’ai utilisé pour le décrire était inapproprié et offensant et n’aurait jamais dû être employé. Je présente mes excuses sans condition. »

Wajahat Ali, de son côté, s’est défendu et a justifié son intervention, invitant les spectateurs à regarder l’« échange complet » où il affirme avoir clairement indiqué que personne ne doit jamais employer le mot « singe », même par inadvertance, en raison de l’histoire raciste qui y est liée. Dans une version plus longue de la séquence, il revient sur la remarque et tente de la « clarifier ».

Jebreal et Ali sont aussi apparus sur l’émission Joy Reid Show afin d’apporter des clarifications sur la controverse autour de ses propos. Reid a défendu les invités en soutenant que « parfois même nos amis peuvent se tromper. Ils peuvent trébucher lorsqu’ils essaient d’argumenter » et en imputant les propos à une « dissonance culturelle ». Nombreux sont néanmoins ceux qui n’ont pas accepté les excuses ni les explications avancées par Jebreal.

En bref, la controverse entourant les propos de Jebreal au sujet de Jeffries — potentiel premier président noir de la Chambre — semble loin d’être résolue. Au contraire, les invectives visant Jeffries ont éclipsé le fond des débats sur les politiques relatives à Israël et à Gaza et ont nourri des discussions sur la solidarité interraciale et sur le racisme à l’extrême gauche, ainsi que sur le type de rhétorique employé contre les personnalités noires en politique.


Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.