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San Bernardino et Riverside en tête des zones les plus polluées des États-Unis selon American Lung Association

Présentation générale : La dégradation de la qualité de l’air dans le comté de San Bernardino et Riverside

Les comtés de San Bernardino et Riverside en Californie figurent régulièrement parmi les zones les plus polluées du pays, selon l’édition annuelle du rapport intitulé « État de l’air » publié par l’American Lung Association. Ces régions, situées dans l’Empire intérieur, occupent paradoxalement la tête du classement en matière de pollution à l’ozone, avec des implications directes pour la santé des résidents. La région est considérée comme l’une des zones où l’impact de l’ozone est particulièrement marqué, ce qui accroît le risque de développer de l’asthme, des réactions allergiques ou encore une maladie pulmonaire chronique obstructive (MPOC). Face à cette situation alarmante, des activistes environnementaux ainsi que des représentants politiques locaux s’efforcent de mettre en œuvre des mesures pour améliorer la qualité de l’air, notamment par la régulation des entrepôts et l’adoption de lois pour la purification de l’atmosphère. Parmi eux, l’assemblée régionale Robert Garcia a proposé le projet de loi AB 914, baptisé « Solution pour les foyers de pollution », qui vise à doter la Californie d’outils innovants en instaurant un programme national pour lutter contre la pollution atmosphérique.

Les niveaux de pollution dans la région : un bilan préoccupant

Les deux comtés de San Bernardino et Riverside ont une fois de plus été désignés comme les deux zones les plus polluées en termes d’ozone et de particules en suspension, d’après l’étude annuelle de l’American Lung Association. À San Bernardino, le constat a été que la qualité de l’air obtenu a reçu la note la plus faible, un « F », dans tous les critères évalués pour la surveillance de la pollution atmosphérique. Le rapport indique que la région a connu en moyenne 152 journées où le taux d’ozone dépassait la normale, ce qui équivaut à un peu plus de cinq mois d’alerte. L’ozone ou smog provient principalement des gaz émanant des pots d’échappement, des industries et d’autres sources diverses. Ses effets toxiques pour la santé humaine sont bien documentés.

Le rapport souligne également que le sud de la Californie constitue la zone la plus toucher par l’ozone aux États-Unis. Cela expose la population à un risque accru d’asthme, de réactions allergiques, voire de MPOC. Will Barrett, directeur principal de la défense contre la pollution de l’air à l’American Lung Association, a expliqué : « Près de 88 % des habitants de Californie vivent dans des communautés affectées par des niveaux jugés malsains d’ozone et/ou de particules en suspension. » Il précise aussi que l’Empire intérieur est naturellement la région où l’on observe le plus grand nombre de journées où la qualité de l’air est considérablement dégradée par smog.

Il est également important de rappeler que cette région est le centre de l’industrie des entrepôts en Californie, avec notamment le plus grand hub logistique d’Amazon, nommé KSBD, situé à l’aéroport international de San Bernardino. Selon les données de Warehouse CITY, un tableau de bord développé par le Pitzer College en partenariat avec Radical Research, en février 2025, l’ensemble des entrepôts recensés dans le comté s’élève à 2 534. Ces installations génèrent quotidiennement 369 000 trajets de camions, ainsi qu’une émission estimée de 510,4 livres de particules diesel par jour. Bien qu’il n’existe aucune norme fixant un niveau « sûr » pour cette pollution, il est reconnu que l’exposition prolongée à ces particules dérivées du diesel comporte de graves risques pour la santé et l’environnement.

Les risques pour la santé et les populations vulnérables

Selon Mariela Ruacho, responsable senior de la lutte pour la qualité de l’air chez l’American Lung Association, « la pollution atmosphérique présente un danger répandu, pouvant affecter chaque individu. Le smog et les particules sont responsables non seulement de maladies respiratoires, mais aussi de décès prématurés. Ces polluants peuvent également provoquer des crises d’asthme, des infarctus, des accidents vasculaires cérébraux, des naissances prématurées ou encore altérer la fonction cognitive à long terme. La pollution particulaire, en particulier, est liée à un risque accru de cancer du poumon. » La Californie, notamment au travers de son agence de régulation de l’air, a confirmé que le dioxyde de carbone provenant des moteurs diesel représente environ 70 % du risque total de cancer lié à la pollution de l’air.

Par ailleurs, la disparité sociale dans l’exposition à la pollution de l’air est bien établie. Will Barrett souligne que « les populations à faibles revenus ou issues de minorités ethniques sont souvent plus exposées à plusieurs sources de pollution locale ». À San Bernardino, par exemple, plus de la moitié de la population (56 %) s’identifie comme hispanique. Il ajoute également : « Aux États-Unis, un individu appartenant à une minorité a deux fois plus de chances de vivre dans une zone où la qualité de l’air est très mauvaise, avec des grades échoués dans toutes les catégories du rapport. Cela montre que la pollution ne fait pas de discrimination et touche plus lourdement de nombreux quartiers, particulièrement ceux souvent peuplés par des communautés de couleur ou à faibles revenus. »

Les initiatives pour endiguer la pollution et leurs enjeux politiques

Face à cette crise, des militants environnementaux et des responsables politiques locaux se mobilisent pour faire évoluer la législation. En mars, l’assemblée régionale a vu le lancement du projet de loi AB 914, porté par Robert Garcia, député démocrate représentant Rancho Cucamonga, ainsi que plusieurs autres villes comme Bloomington, Colton et Fontana. Ce bien nommé « Loi pour la solution dans les foyers de pollution » vise à doter la Californie d’un outil supplémentaire afin de réduire la pollution atmosphérique en instaurant un programme national baptisé « Règle des sources indirectes ». Cette initiative a reçu le soutien de l’American Lung Association ainsi qu’une vingtaine d’autres organisations en santé, qui ont envoyé une lettre commune à Isaac G. Bryan, président du comité des ressources naturelles de l’assemblée.

Selon leur déclaration, les sources de pollution telles que le transport et l’utilisation de moteurs diesel apportent quotidiennement de fortes doses de toxiques cancérigènes dans la communauté via les entrepôts et autres industries similaires. Pour pallier ces impacts, plusieurs mesures d’urgence ont été élaborées, notamment des plans spécifiques pour les risques industriels particuliers.

Les auteurs du projet insistent sur le fait que le texte législatif priorisera la mise en place de contrôles visant les sources indirectes, en particulier dans les quartiers défavorisés ou à faible revenu, où la concentration de polluants est souvent très élevée. La lettre conclut : « Nous vous exhortons à soutenir le projet AB 914 (R. Garcia) et à voter « oui », car la Californie a besoin de tous les outils possibles pour réduire la pollution et permettre à ses citoyens de respirer un air plus pur. »

Les reculades fédérales et leur impact sur la politique environnementale

En mars, sous l’impulsion de l’administration Trump, l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA) a annoncé une série de 31 mesures de déréglementation, affirmant vouloir « concrétiser la promesse du président Trump de libérer l’énergie américaine et de réduire le coût de la vie pour les citoyens ». Parmi ces actions, certaines concernent la révision des normes nationales sur les particules en suspension (PM), la remise en question de plusieurs standards émis pour les polluants dangereux, ainsi que la suppression des programmes de justice environnementale et de diversité, notamment ceux initiés sous l’administration précédente.

Will Barrett indique : « Nous appelons tout le monde à se mobiliser pour faire pression sur le Congrès afin de préserver la mission de santé publique de l’EPA, à un niveau fédéral. » Il ajoute également que, sur le plan local, chaque citoyen peut s’engager dans sa communauté pour défendre ses droits à un air pur, que ce soit en participant aux actions du district de gestion de la qualité de l’air ou en dialoguant avec les autorités locales sur les enjeux liés à la pollution des entrepôts ou au transport de marchandises.

Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.