Actualités

Protéger les mères noires et leurs bébés en Californie: politiques peinent à combler les inégalités.

Dans ce reportage, on suit le vécu de femmes noires face à la naissance et les efforts déployés en Californie pour rendre les grossesses et les accouchements plus sûrs et plus équitables. L’histoire centrale porte sur Gnae Dismuke, qui a vécu une fausse couche à 11 semaines en 2017 et qui, par la suite, a donné naissance à trois enfants aujourd’hui âgés de six ans, quatre ans et un mois. Installée à Los Angeles, elle s’est tournée vers des soutiens locaux pour aborder ses difficultés obstétricales et accéder à des soins plus adaptés.

Dismuke explique que, si des programmes existent pour défendre de meilleurs résultats de naissance chez les femmes noires, son expérience personnelle avec l’offre médicale reste ambiguë. Son regard sur les pratiques réelles des établissements de santé et des professionnels est nuancé, car il a été nourri par ses trois expériences de naissance: une en milieu hospitalier, une à domicile et une autre hospitalisée. Pour elle, ce parcours a mis en évidence à quel point les soins prénataux et la conduite médicale diffèrent selon les contextes et les environnements.

Pour accompagner des mamans comme elle, des soutiens ont été amenés par Black Infant Health (BIH) en collaboration avec le département de la Santé publique et des Services humains de Long Beach. Des doulas et des infirmières ont été mobilisées pour rendre visite au domicile et assurer une présence active pendant l’accouchement, défendant les intérêts de la patiente auprès des professionnels de santé lorsqu’il le fallait.

Selon ses confidences, l’action d’une infirmière a pu « bouger des montagnes » bien plus rapidement que ce que Dismuke parvenait à obtenir en passant uniquement par le système médical, en partie grâce à l’action de plaidoyer et à des demandes comme celle de la kinésithérapie. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: les femmes noires en Californie présentent un risque de mortalité lié à la grossesse trois à quatre fois plus élevé que celui des femmes blanches. Des défenseurs de l’équité en matière de naissance soutiennent que l’expansion de l’accès aux soins par des sages-femmes et des doulas certifiés pourrait contribuer à réduire ces disparités. D’autres insistent sur la nécessité d’éduquer et de surmonter des obstacles tels que le coût élevé de certains choix de naissance et la gestion des facteurs à haut risque comme l’hypertension et le stress induit par la discrimination structurelle.

Dismuke se souvient que les premiers rendez-vous prénataux commencent souvent tard, quand le médecin n’est pas encore disponible avant le deuxième trimestre, ce qui laisse peu de marge pour intervenir en cas de problème. Elle évoque une période où des saignements spontanés sont survenus à chacune de ses grossesses précoces. Des initiatives comme celles portées par M.O.R.E. Mothers, une organisation communautaire axée sur la santé maternelle à Long Beach, participent à des solutions concrètes par des cours et des ateliers destinés aux mamans.

Pour améliorer l’accès des femmes à ce type de soutien, le Département des Services de Santé et de Médecine (DHCS) a intégré les services de doulas dans les prestations préventives couvertes par Medi-Cal en 2023. Malgré tout, beaucoup de futures mamans ignorent ces bénéfices, notamment parce que la couverture Medi-Cal dépend des revenus et que les femmes enceintes peuvent bénéficier d’un seuil de revenu plus élevé que celui des autres adultes.

Une image montre l’essor des services de doulas dans ce cadre, avec une accompagnante qui rappelle que l’idée même de recourir à une doula n’était pas nécessairement perçue comme accessible pour tout le monde, surtout pour celles dépendantes de Medi-Cal. L’adoption de la loi AB 133, en 2023, a formellement défini les services de doulas comme une prestation préventive couverte par Medi-Cal. Cette loi a été portée par des responsables tels que l’ancienne sénatrice d’État Nancy Skinner et la sénatrice Akilah Weber, médecin pédiatre, et s’inscrit dans la suite donnée par le Momnibus Act adopté en 2021 pour améliorer la santé maternelle et infantile des bénéficiaires de Medi-Cal.

Selon Sister Marquita, qui fait tourner le réseau A Sister By Your Side, les doulas peuvent intervenir à n’importe quel moment du déroulement de la grossesse, en proposant jusqu’à huit séances, que ce soit à distance, en téléconsultation ou en personne. Leur présence perdure durant le travail et l’accouchement et elles accompagnent les clients, leurs partenaires et leurs familles dans la préparation d’un plan de naissance et l’acquisition d’informations essentielles sur les différentes étapes du travail. Les doulas offrent aussi des explications sur les droits des femmes pendant l’accouchement, et le soutien Medi-Cal s’étend même après la naissance jusqu’au premier anniversaire du bébé.

Pour Jade Ross, membre du conseil consultatif MotherBoard du comté de Los Angeles, les chiffres deviennent des histoires humaines qui illustrent pourquoi il faut agir. Dans ce cadre, elle s’exprime lors du Sommet sur l’équité en matière de naissance noire en Californie, en 2025, à Sacramento, où elle affirme que son objectif est de rendre possible une naissance pour les femmes noires sans trauma, afin de favoriser une société plus juste. Elle souligne l’importance de l’éducation: beaucoup d’idées sur ce à quoi ressemble la sage-femme ou les soins holistiques proviennent de malentendus ou de méfiance vis-à-vis du système médical.

Le Sommet sur l’équité en matière de naissance noire en Californie, organisé deux fois par an, a été lancé par Mashariki Kudumu, sage-femme et militante de la santé publique. Cette édition 2025 était co-organisée par la California Coalition for Black Birth Justice et l’Université de Californie à San Francisco (UCSF), Centre pour la justice en matière de naissance. Sous le thème « Ancrés dans l’action », l’événement a rassemblé plus de 500 cliniciens, sages-femmes, doulas et responsables politiques. Sonya Young Aadam, directrice générale de California Black Women’s Health Project, rappelle que l’action en faveur de l’équité peut changer les choses, mais que beaucoup ignorent encore l’ampleur des disparités. Malgré les progrès, les inégalités persistent. Le rapport 2025 sur l’équité de la naissance noire en Californie met en évidence des résultats défavorables pour certaines populations, même si les indicateurs de mortalité maternelle restent faibles et la santé des nourrissons demeure globalement meilleure dans certaines mesures.

Jennie Joseph, sage-femme formée au Royaume-Uni et intervenante au sommet, rappelle les problématiques auxquelles les femmes noires américaines font face: naissances prématurées, faible poids à la naissance, pertes périnatales plus fréquentes, taux de lactation moins favorable et difficultés de convalescence postnatale. Elle insiste sur le fait que ces résultats ne découlent pas d’un déterminisme biologique, mais des inégalités systémiques liées au racisme, au classement socio-économique et à la discrimination de genre. Selon elle, la racine des problèmes est purement structurelle.

Pour illustrer une approche pratique, on présente aussi une intervention qui vise à placer les patientes dans une logique de triage rapide: un service qui permet d’entrer en contact, d’évaluer et de résoudre les questions liées à la grossesse et, si nécessaire, de diriger ensuite vers le spécialiste souhaité. Au-delà des lois et des programmes, ces propositions cherchent à bâtir une voie plus directe et équitable vers le soin obstétrical.

Au niveau législatif, la Californie poursuit ses efforts de réforme. Assemblymember Mia Bonta (D-Alameda) rappelle que la crise de la santé maternelle est marquée par la fermeture de plus d’une cinquantaine de services d’accouchement en une décennie, ce qui porte atteinte aux communautés à faible revenu, notamment les femmes noires, les femmes latinas et les populations autochtones. En réponse, son AB 55, connu comme la Freedom to Birth Act, promeut les Alternatives Birth Centers, qui améliorent les indicateurs de naissance chez les nouveau-nés, réduisent les naissances par césarienne et soutiennent l’allaitement, tout en réduisant les disparités raciales en santé. Elle affirme que les lourdeurs administratives ne doivent pas bloquer les solutions qui permettent de proposer des soins abordables et accessibles à tous les Californiens. Parmi les ressources mises en avant figure un Répertoire des doulas, qui recense les professionnelles enregistrées par Medi-Cal, ainsi qu’une section dédiée aux doulas noires en Californie.

En somme, ce récit met en lumière des expériences personnelles et des dynamiques structurelles qui influencent la naissance des enfants dans les communautés noires en Californie. Il montre comment des initiatives communautaires, des services de soutien pendant la grossesse et des choix politiques peuvent s’imbriquer pour changer les trajectoires et offrir à chaque mère et à chaque bébé les conditions d’un départ dans la joie et sans traumatisme.

Note: Le contenu présente des extraits et des témoignages issus de différents acteurs et programmes présents dans l’État, et il illustre les efforts pour améliorer l’accès à des soins périnatals plus sûrs et plus équitables.

Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.