Culture

Linda McMahon, candidate au poste de secrétaire à l’éducation, ignore Ruby Bridges et le massacre de Tulsa lors d’une audition

Le Secrétaire du Département de l’Éducation, Linda McMahon, a participé à une série de rencontres tendues avec des parlementaires les mardi et mercredi derniers. Lors de ces audiences devant des commissions du Sénat et de la Chambre des représentants, elle a été confrontée à des questions délicates portant sur l’avenir du ministère ainsi que sur les politiques éducatives de l’administration en place.

L’un des moments les plus marquants de ces échanges conflictuels concernait la question de la connaissance de McMahon concernant l’histoire des Afro-Américains, notamment la possibilité pour elle d’ignorer certains sujets liés à cette histoire. Face à la complexité des questions, la secrétaire n’a pas su ou n’a pas voulu fournir de réponses précises, ce qui a suscité beaucoup de critiques.

Linda McMahon refuse de préciser ses connaissances sur le massacre de Tulsa et Ruby Bridges

Ce mercredi, la députée démocrate Summer Lee, représentant de la Pennsylvanie, a interrogé McMahon sur la possibilité qu’un plan de cours concernant le massacre raciste de Tulsa soit considéré comme une pratique « illégale de diversité, d’équité et d’inclusion » (DEI) selon les politiques de l’administration. La tragédie en question remonte à 1921, lorsque une foule blanche a détruit le quartier noir de Greenwood, à Tulsa, Oklahoma, causant la mort de nombreux habitants noirs.

Face à cette question, McMahon a esquivé la réponse, déclarant simplement qu’elle aimerait approfondir cette affaire pour lui revenir. Ne répondant pas directement à la question, elle a indiqué qu’elle voulait « se renseigner davantage et lui faire un retour » à ce sujet.

Par la suite, la députée Lee a posée d’autres questions similaires portant sur Ruby Bridges, une enfant de seulement six ans en 1960, qui a intégré une école réservée aux blancs en Louisiane. Cet acte a marqué un tournant dans l’histoire du mouvement des droits civiques et est devenu une image emblématique de la lutte pour l’égalité raciale.

Ruby Bridges est depuis devenue une auteure et une militante, ayant publié plusieurs ouvrages, dont son autobiographie intitulée Through My Eyes. Lorsqu’on lui a demandé si elle connaissait cette œuvre, McMahon a admis ne pas l’avoir lue, tout en évitant de répondre clairement si elle connaissait l’identité ou l’histoire de Ruby Bridges.

Cependant, lors d’un tweet, le compte Heartland Signal a publié une capture montrant McMahon durant l’audience, où elle refuse nettement de donner une réponse claire à la question de savoir si elle connait Ruby Bridges ou si elle a des connaissances sur le massacre de Tulsa, ce qui a alimenté les critiques à son encontre.

Trump et la majorité républicaine utilisent la notion de DEI pour tenter de réécrire l’histoire

Les interrogations de Lee ne relèvent pas du domaine de l’hypothèse. En effet, la campagne menée par l’administration de Donald Trump contre les politiques de diversité et d’inclusion a accéléré les démarches visant à minimiser ou à effacer certains aspects de l’histoire des États-Unis. Par exemple, l’armée a supprimé la célébration du Mois de l’Histoire des Noirs, ainsi que celles consacrées à d’autres minorités. Des ouvrages relatant la vie de figures emblématiques telles que Martin Luther King Jr. ou Jackie Robinson ont également été retirés de certaines bibliothèques ou programmes scolaires. Partout dans le pays, des écoles se voient menacées de supprimer leurs programmes DEI, sous peine de voir leurs financements fédéraux révoqués ou d’autres sanctions.

Une attention toute particulière a été portée à l’histoire de Ruby Bridges, qui a fait l’objet de tentatives de censure. En 2023, une école élémentaire de Floride a interdit un documentaire la concernant, sous prétexte qu’il évoquait le racisme et qu’il était jugé inapproprié pour les jeunes élèves.

L’attitude de Linda McMahon révèle une méconnaissance flagrante lors de ses réponses au Congrès

Ce bras de fer avec Lee n’a pas été isolé. Il s’inscrit dans une série de moments embarrassants ou contestés durant ses récentes auditions parlementaires. Mardi, elle, ainsi que le sénateur républicain John Kennedy de la Louisiane, ont commis des erreurs en estimant le coût d’un programme fédéral destiné aux étudiants issus de milieux défavorisés. Ils ont affirmé à tort que ce programme de 1,5 milliard de dollars par an aurait engendré un coût cumulé d’un trillion de dollars sur dix ans, alors que la somme correcte s’élève plutôt à 15 milliards. Lors d’un autre échange, le sénateur démocrate Chris Murphy, de Connecticut, a questionné McMahon sur la capacité de l’administration à justifier une coupure des financements à Harvard, en raison des opinions politiques de ses enseignants. Sa réponse a été confuse et peu convaincante, renforçant le doute sur sa connaissance du sujet.

Ces erreurs et ces lacunes soulignent des inquiétudes plus profondes quant à la qualification de McMahon pour le poste de secrétaire à l’Éducation. En effet, son profil, longtemps associé à Donald Trump, est souvent perçu comme manquant de la compréhension nécessaire en matière de politique éducative et d’histoire afro-américaine.

Avec la multiplication de ces incidents, il apparaît clairement que, pour un futur brillant du paysage éducatif américain et pour une meilleure reconnaissance de son histoire, il est essentiel que ceux qui définissent et appliquent ces politiques aient une connaissance basique du droit ainsi que de la place centrale que tient l’histoire des Afro-Américains dans le récit national. La faible maîtrise de ces enjeux par McMahon soulève de nombreuses questions quant à sa capacité à représenter et à défendre efficacement les intérêts éducatifs des différentes communautés aux États-Unis.

Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.