Culture

Le DOJ dépense 500k $ pour réinstaller une statue d’un fondateur esclavagiste retirée en 2020.

L’administration de Donald Trump a dépensé plus de 500 000 dollars pour ériger à Washington une statue d’un Père fondateur qui détenait des esclaves, et ce, bien après son retrait. Cette statue s’inscrit dans le cadre d’un vaste et controversé réaménagement de la capitale fédérale mené par le président, s’inscrivant aussi dans son objectif plus large de freiner les avancées en matière de diversité mises en place ces dernières années.

L’administration Trump accélère la remise en place d’une statue controversée

Selon Mother Jones, l’administration Trump a récemment installé une statue de Caesar Rodney sur Freedom Plaza, à Washington, D.C. Rodney fut l’un des signataires de la Déclaration d’Indépendance, s’étant dépêché du Delaware à Philadelphie pour convaincre la délégation de son État de soutenir l’indépendance américaine. Une statue commémorant son trajet avait été érigée à Wilmington en 1923.

La statue avait été retirée lors des manifestations Black Lives Matter en 2020 en raison des liens de Rodney avec l’esclavage. Bien qu’il ait plaidé pour que le Delaware interdise l’importation d’esclaves, Rodney possédait lui-même jusqu’à 200 personnes en esclavage.

Comme l’explique Mother Jones, le National Park Service a sorti la statue des réserves et l’a placée à son emplacement actuel près de la Maison-Blanche en avril. Pour ériger l’œuvre, le Department of the Interior a versé 527 226 dollars rien que pour la base qui soutient la statue. Ce coût dépassait largement l’estimation initiale du projet, réalisé dans le cadre d’un marché sans appel destiné à rétablir Freedom Plaza.

Le montant dépensé pour la statue de Rodney était deux fois supérieur à l’estimation initiale, et les dépenses additionnelles ont été engagées pour accélérer le chantier afin de l’achever avant la célébration du 4 juillet, marquant le 250e anniversaire des États‑Unis.

« Les travaux ont été accélérés pour s’assurer qu’ils soient terminés avant le 250e anniversaire de notre nation », indiquait à Mother Jones un représentant du Department of the Interior. « Tous les projets à travers DC doivent être achevés avant le 4 juillet, ils doivent donc être menés sur une base continue. »

Les tentatives de Trump pour remodeler Washington, D.C., et réécrire l’histoire américaine

L’installation de la statue de Rodney s’inscrit dans le cadre d’un vaste programme de rénovation des sites emblématiques de Washington, D.C., qui a suscité de vives controverses.

Plus particulièrement, l’administration a été prise à partie pour son remodelage du Lincoln Memorial Reflecting Pool, avec un contrat sans appel d’environ 14 millions de dollars, un projet qui a vu la piscine se couvrir d’algues vertes et dont la peinture bleue appliquée à la surface a commencé à craqueler et à se détériorer.

Trump a également démoli l’aile est de la Maison-Blanche, dans le cadre d’un projet controversé visant à la remplacer par une salle de bal de plusieurs millions et par un bunker souterrain. Le chantier, marqué par un manque de transparence et un budget qui s’est envolé, a été dénoncé par les deux partis.

La restauration de la statue de Rodney s’inscrit aussi dans la campagne de Trump contre les efforts visant à favoriser la diversité et dans le rewritage de la manière dont l’histoire américaine est présentée au public. Trump a longtemps critiqué le retrait de monuments confédérés, comme la statue du général Robert E. Lee qui a été au cœur des manifestations de Charlottesville en 2017.

Depuis son retour à la présidence, le Département de la Défense a rétabli les noms de leaders confédérés sur plusieurs bases militaires après leur suppression sous l’administration Biden. En raison des politiques anti-DEI prônées par Trump, des institutions fédérales, y compris le National Park Service, ont supprimé des hommages à des personnalités noires marquantes et ont retiré des informations publiques liées à l’esclavage et au racisme de l’histoire américaine.

À l’aube du 250e anniversaire des États‑Unis, Trump poursuit la promotion d’une version de l’histoire nationale qui minimise des thèmes comme l’esclavage. Et comme le démontre le coût élevé de la restauration de la statue Rodney, le président est prêt à engager des sommes importantes de l’argent public pour soutenir sa vision privilégiée de l’histoire américaine.


Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.