Le docteur Abdul El-Sayed a été élu au Sénat des États-Unis, devenant ainsi le premier Américain musulman à accéder à cette chambre du Congrès. Médecin de formation, ayant auparavant occupé des postes dans l’administration sanitaire publique, El-Sayed a dû surmonter des questions concernant son attractivité auprès des électeurs juifs et noirs, y compris le retrait du soutien de son adversaire démocrate lors des primaires, ainsi que les attaques islamophobes lancées par le président Trump et d’autres républicains.
El-Sayed loue Dieu et remercie les Michiganais pour sa victoire au Sénat
Au petit matin de mercredi, l’Associated Press a déclaré la course sénatoriale du Michigan en faveur d’Abdul El-Sayed, qui a battu le républicain Mike Rogers. Avec cette victoire, El-Sayed devient le premier Américain musulman et le premier Américain d’origine égyptienne élu au Sénat. Au-delà de l’aspect historique de son succès, ce résultat assure aussi que le siège du Michigan au Sénat demeure entre les mains des démocrates, El-Sayed remplaçant le sénateur démocrate Gary Peters, qui prend sa retraite. « Mon nom est Abdulrahman Mohammed El-Sayed », a-t-il déclaré à ses supporters lors de son discours de victoire à Detroit, « et je suis si fier et honoré de me tenir ici devant vous en tant que sénateur-élu de l’État du grand Michigan. » Reconnaissant sa foi musulmane qui a été l’objet de débats tout au long de la campagne, El-Sayed a ajouté : « Jusqu’à présent, vous avez peut-être remarqué que je disais toujours “inshallah”, ou “si Dieu le veut”, lorsque l’issue de cette course était évoquée. Mais aujourd’hui, ce soir, nous pouvons transformer ce “inshallah” en un “alhamdulillah” », qui se traduit par « louange à Dieu ».
Attirer les électeurs centristes, noirs et juifs
La victoire d’El-Sayed poursuit l’ascension fulgurante qui l’avait vu remporter une victoire surprise contre la représentante Haley Stevens lors de la primaire démocrate du Sénat du Michigan, s’inscrivant dans une vague de victoires progressistes contre des démocrates centristes et soutenus par l’establishment lors des primaires démocrates. Lorsqu’El-Sayed lança sa campagne pour l’élection générale, des doutes subsistaient quant à sa capacité à séduire un électorat plus modéré, doutes qu’il aborda en menant une campagne largement axée sur les questions de pouvoir d’achat, notamment dans le domaine des soins de santé, et en s’appuyant sur son métier. El-Sayed fit aussi face à des accusations émanant de membres des deux partis selon lesquelles il s’était associé à des figures comme Hasan Piker, accusées d’avoir tenu des propos antisémites, tandis que les républicains, y compris le président Trump, utilisèrent une rhétorique grossière et islamophobe contre le candidat musulman. El-Sayed a répété à plusieurs reprises qu’il condamnait l’antisémitisme et l’extrémisme islamique tout en dénonçant ceux qui présumaient qu’il serait affilié à de telles idéologies. Enfin, El-Sayed sut répondre aux inquiétudes concernant son soutien auprès des électeurs noirs, en tenant compte des tensions qui existent parfois entre les communautés noires et arabes du Michigan, ainsi que des tensions persistantes autour de son soutien au mouvement « Non Engagé » qui avait refusé de soutenir la réélection de Biden–Harris en raison des politiques de l’administration concernant la guerre d’Israël à Gaza. L’ancienne vice-présidente Kamala Harris, soutenue par El-Sayed après qu’elle est devenue la candidate démocrate à la présidentielle en 2024, a mené la campagne pour lui à Détroit, tout comme l’ancien président Barack Obama.
La défection de dernière minute d’une démocrate se retourne contre elle
Bien qu’El-Sayed menait nettement lors des dernières semaines de la course, Haley Stevens, représentante démocrate qui avait soutenu El-Sayed après l’avoir battu lors des primaires démocrates, a provoqué un rebondissement de dernière minute en apparaissant avec Rogers lors de l’église Perfecting Church, à prédominance noire, dimanche, puis en annonçant qu’elle portait désormais son soutien au candidat républicain. Stevens a expliqué que ce revirement provenait de préoccupations encore présentes quant à l’éventuelle association d’El-Sayed à des remarques antisémites et des interrogations exprimées par des électeurs noirs. Le mouvement de Stevens a semblé se retourner contre elle bien plus qu’il n’a bénéficié à Rogers, tout le parti démocrate condamnant sa trahison envers le parti et imputant ce changement de soutien à un conflit personnel avec El-Sayed plutôt qu’à des principes. Beaucoup de ses collaborateurs ont démissionné pour protester, allèguant qu’elle avait ignoré des conseils lui enjoignant de ne pas soutenir Rogers. Le choix de Stevens de recourir à une Église noire a été dénoncé par nombre d’observateurs comme une tentative d’utiliser les électeurs noirs pour faire passer son programme. De nombreuses voix ont rejeté les allégations d’antisémitisme portées contre El-Sayed comme des lectures de mauvaise foi de ses propos, ou comme un biais contre lui en tant que musulman et Américain d’origine égyptienne. Des responsables juifs du DNC ont annoncé leur soutien à El-Sayed.
Au final, la frénésie de dernière minute au sein du Parti démocrate n’a pas empêché El-Sayed d’obtenir une victoire confortable mardi. Sa victoire représente une étape marquante pour les Américains musulmans et un triomphe pour les démocrates progressistes, s’inscrivant dans la réussite du parti à prendre le contrôle du Sénat pour les deux dernières années du mandat de Trump.





