La saison 7 de The Chi vient tout juste de se conclure. La série bat actuellement des records d’audience et affiche désormais le titre de la série noire américaine avec le plus long parcours sur le câble premium. Bien que la production ait déjà commencé à préparer la saison 8, mon impression sur la série a quelque peu changé ; elle a perdu une partie de son éclat initial.
Ce n’est pas que la série ne soit plus captivante. Cependant, elle tend désormais vers une sorte de soap opera nocturne, avec des intrigues accélérées, peu de développement approfondi des personnages, une introduction et une disparition fréquentes de nombreux protagonistes qui n’apportent pas d’avancée significative à la narration, sans oublier une avalanche de morts qui alourdit le récit. Tout cela est condensé en une courte période, rendant la multitude d’événements difficile à suivre.
L’année dernière, j’avais exprimé quelques réserves en espérant que cette saison 7 marquerait un retour à la qualité et à la magie que l’on avait rencontrées dans les précédentes saisons. Hélas, elle m’a paru encore plus désordonnée et confuse, et je me demande désormais vers quelle destination la série se dirige. Tout cela laisse perplexe quant à la suite des événements.
Malgré ces critiques, étant donné l’histoire impressionnante que la série est en train d’écrire, j’espère qu’elle saura retrouver un souffle. En attendant, certains problèmes récurrents que la saison 7 a révélés doivent impérativement être résolus et améliorés pour la saison 8.
La disparition des jeunes personnages
Lorsque la série créée par Lena Waithe a débuté en 2018, elle a immédiatement rencontré un vif succès, principalement grâce à la remarquable capacité de montrer les parcours initiatiques de ses personnages principaux. Comme dans la vie réelle, chacun grandit, évolue et, idéalement, coupe les ponts pour en commencer d’autres ailleurs. Cependant, le problème est que plusieurs jeunes ont quitté la série, et leurs histoires se sont rapidement terminées, souvent sans véritable tension ni développement progressif.
Kevin, par exemple, a commencé à s’intéresser aux jeux vidéo, s’est installé dans son propre logement avant de partir pour Los Angeles afin d’y conquérir le monde du gaming. Myeisha, son amie, a suivi Kevin dans cette aventure pour poursuivre une carrière en photographie et pour leur relation amoureuse. Gemma, pour sa part, a décidé de déménager à New York, avec pour objectif de faire carrière dans la gestion musicale. Ces départs ont laissé une place vacante dans le récit, notamment pour Jake, Papa, Lynae et Bakari. Si Papa et Bakari sont encore présents dans la série, les autres manques se font fortement ressentir, surtout s’agissant de personnages qui constituaient le cœur de l’histoire depuis plusieurs saisons.
Trop de nouveaux personnages qui semblent faire de la figuration
Au fil des saisons, la série a introduit de nouveaux visages pour remplacer ou étoffer le groupe d’origine, mais nombreux d’entre eux semblent être arrivés sans lien naturel avec l’univers déjà établi. Leur intégration paraît souvent artificielle, comme si leur seul but était de faire défilé de nouveaux visages.
Au cours de cette saison, nous avons ainsi fait la connaissance de Zuri (interprétée par Karrueche Tran), introduite par l’intermédiaire de Damien (Brett Gray), frère d’Emmett, lors d’un groupe d’aide pour dépendants. Reg (Barton Fitzgerald), mort apparent, refait surface, semant la confusion dans le groupe. Hannibal s’avère être marié à Angie (Kyla Pratt). Candiace (Reagan Gomez-Preston) apparaît en sortant avec Dante (Cory Hardrict), puis emménage rapidement chez Reg. Lorsque Emmett est hospitalisé, Keisha engage une nouvelle responsable pour Smokey’s, Shawnita (Punkie Johnson). Rashaad commence une relation avec Nora (Tammy Townsend), et l’actrice Phylicia Rashad rejoint le casting en incarnant Renee, la belle-mère du pasteur Zeke (Daniel J. Watts). Wendy Raquel Robinson joue quant à elle le rôle de Riley Dallon, la leader d’un groupe de soutien pour Darnell, suite à la rechute du cancer de Jada.
Il se peut que la liste soit encore plus longue, mais l’essentiel est déjà là : un nombre très important de nouveaux personnages introduits dans seulement 10 épisodes de 50 minutes. Tout cela représente une surcharge pour le public, qui doit assimiler cette masse d’informations en si peu de temps.
Pourquoi tout le monde meurt ou reçoit une balle ?
Dès le premier épisode, le ton est donné : la saison débute avec violence. Alicia, en quête de vengeance, est déterminée à découvrir l’identité du meurtrier de son fils Rob (Iman Shumpert). Elle tire et abat Zay (Aaron Guy), sur la base d’un renseignement fourni par Knuck (Cortez Smith), son cousin, qui est lui-même le vrai coupable. Knuck tue aussi un de ses complices en public, en raison de son obsession pour trop de bijoux. Lors d’une tentative pour éliminer Reg, Alicia blesse accidentellement Jamal en tentant de viser Reg lui-même. Rob, quant à lui, est atteint par balle mais épargné de justesse, et se voit contraint de se cacher. Damien, le frère d’Emmett, doit de l’argent à Rob, ce qui finit par donner lieu à une rixe, et il en sort battu. Emmett, confronté à Rob, se fait tirer dessus dans un acte de légitime défense, tandis que Rob, lui, s’en sort avec une blessure superficielle.
Les intrigues avancent à toute vitesse et tout le monde couche avec tout le monde
Depuis le début, le triangle Emmett-Tiff-Keisha constitue l’un des piliers de la série. Aujourd’hui, Emmett et Keisha sont officiellement en couple et élèvent à plein temps leur enfant, Tiff, qu’Emmett considère comme sa propre fille. Pourtant, la situation est devenue complètement absurde : chacun est impliqué dans des histoires de relations compliquées, avec Keisha et Tiff qui attendent toutes deux la naissance d’enfants d’hommes différents, Knuck et Victor (Luke James), respectivement dans leur entourage. Pour compliquer encore davantage les choses, Knuck est aussi le père du garçon de Keisha. Alicia avait raison : cette situation ressemble à une version éloignée de la famille “Brady Bunch” de la banlieue.
L’arrivée récente du frère d’Emmett a également bouleversé la dynamique. Il a frôlé la mort à plusieurs reprises, travaille chez Smokey’s, lutte contre ses addictions, vit avec Emmett et Keisha, et semble tout connaître. Mais d’où vient-ce ? Quelle est la part de sa famille maternelle dans cette histoire ? La série ne donne que peu d’indications.
Par ailleurs, l’arc narratif de Jada touchant à son cancer a progressé à un rythme effréné. Dans l’épisode 9, elle reçoit un diagnostic de maladie terminale. Elle organise une fête pour Darnell puis lui annonce la terrible nouvelle. Dans le final (épisode 10), Emmett, après sa blessure, apprend la maladie de sa mère et décide de lui faire sa demande en mariage, mais Keisha refuse. Ensuite, trois semaines s’écoulent, et Jada se retrouve confinée à la maison. La rapidité avec laquelle tout évolue paraît abrupt, comme si la série ne voulait pas prendre le temps de poser ses véritables enjeux.
Quant à Bakari, ancien personnage prometteur, il semble s’engluer entre la vie dans la rue et ses études, avec pour seul rêve celui de devenir écrivain. Alicia lui accorde une bourse, mais celle-ci lui est retirée lorsqu’elle découvre qu’il connaît l’identité du meurtrier de Rob. À l’heure actuelle, tout laisse penser qu’il sera soit contraint de parler, soit de disparaître du récit de façon définitive.
Quelle direction va prendre la série ?
Lorsqu’il ne restait que deux épisodes avant la fin de la saison, j’avais anticipé plusieurs événements majeurs : la mort de Jada vers l’épisode 12, la naissance de Tiff et Keisha, la révélation de Knuck comme étant le tueur de Rob, et la possibilité que l’un ou plusieurs des personnages comme Hannibal, Reg ou Knuck ne s’en sortent pas indemnes. Beaucoup de ces prédictions se sont finalement réalisées.
Ce que la série a encore besoin, c’est une cure de désintoxication des personnages secondaires qui n’apportent pas de réelle valeur au récit. Leur présence est superflue et alourdit le tout. La priorité doit être de recentrer l’histoire sur le groupe principal, en redonnant à la série le souffle qui a fait son succès initial. Enfin, il serait pertinent de diminuer le nombre de morts et de blessures graves. Laissons les personnages respirer et permettre à la narration de s’étirer dans la durée, plutôt que de tout étouffer sous une avalanche d’événements dramatiques sans pause.





