Un nouveau bâtiment de la Marine destiné à honorer un marin noir ayant combattu lors d’une des batailles les plus célèbres de l’histoire des États‑Unis pourrait voir son nom changé avant même son lancement. Bien que le marin héroïque de la Seconde Guerre mondiale puisse être honoré autrement par l’administration Trump, l’éventuelle suppression de son nom sur un nouveau porte‑avions s’inscrit dans une dynamique où l’on cherche à réécrire certaines pages de l’histoire américaine.
L’USS Doris Miller, héros de guerre noir, pourrait être rebaptisé avant de prendre le large
Ce jeudi, CNN a relayé des informations provenant de sources indiquant qu’un porte‑avions tout neuf pourrait ne plus porter le nom USS Doris Miller, en hommage à un marin noir engagé qui a combattu lors de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, contrairement au projet initial. Le remaniement du nom semble résulter d’un réexamen mené par la Navy en 2025, sous l’égide de l’ancien secrétaire à la Marine John Phelan, qui privilégie pour les porte‑avions des dénominations associées à des présidents américains, à des amiraux ou à des grandes batailles navales. Selon trois sources citées par le réseau d’information, l’issue finale n’est pas encore définie; deux d’entre elles évoquent la possibilité de nommer le bâtiment après le président en exercice, ce qui irait à l’encontre des usages établis. Par ailleurs, plusieurs discussions en cours mentionnent qu’un autre nom pourrait être attribué à Miller et que le marin pourrait recevoir la Médaille d’Honneur, la plus haute distinction morale militaire.
Quelles que soient les distinctions finales attribuées à Miller par l’administration Trump, elles viendront ajouter à la légende du marin. Né en 1919 à Waco, au Texas, Miller occupait le poste de chaudronnier — l’un des rares métiers accessibles aux marins noirs dans la marine encore séparée raciale — à bord du cuirassé USS West Virginia lorsque Pearl Harbor fut attaqué par les forces japonaises le 7 décembre 1941. Après s’être vu ordonner d’aider à transporter son capitaine blessé, Mervyn Bennion, puis de charger une mitrailleuse antiaérienne, Miller prit les devants et prit en main l’arme pour la diriger contre l’ennemi. Sans formation officielle, il aurait réussi à abattre plusieurs bombardiers nippons et reçut la Navy Cross pour ses actes de bravoure à Pearl Harbor. Miller fut également la première personne noire autorisée à effectuer une tournée de propagande de guerre aux côtés des militaires blancs, participait à des levées de fonds pour les obligations de guerre et apparut sur une affiche de recrutement en 1943, accompagnée de la légende « au‑delà de l’appel du devoir ». Miller trouva la mort en 1943 à bord de l’USS Liscome Bay, torpillé par une torpille japonaise. Il fut ultérieurement interprété au cinéma par Cuba Gooding Jr. dans le film Pearl Harbor.
Trump et Hegseth : l’effacement présumé de l’histoire américaine
Même si l’administration Trump choisit d’honorer Miller par un autre biais, la perspective de retirer le nom Miller du porte‑avions en cours de construction s’inscrit dans une tendance plus large consistant à réécrire certains pans de l’histoire américaine, y compris au sein des forces armées. Dans le cadre des attaques anti‑DEI et de la campagne menés par le secrétaire d’État à la Défense Hegseth visant à « supprimer ce qu’il appelle les dérives woke liées à la DEI » dans l’armée, des informations concernant des figures noires ont été effacées de divers lieux, notamment à l’Académie navale. Le navire baptisé Harvey Milk, pionnier politique gay, a été renommé, et des noms associés à Harriet Tubman et Thurgood Marshall ont également été revus. Bien que Hegseth ait soutenu l’honneur rendu à certaines figures noires, comme les Harlem Hellfighters — unité noire qui a servi pendant la Première Guerre mondiale —, sous sa direction, plusieurs responsables noirs ont été écartés de postes de direction, et des promotions de femmes et d’officiers noirs ont été bloquées.
Le petit‑neveu de Miller, Thomas Bledsoe, avait initialement confié à CNN que sa famille n’avait pas été informée des discussions visant à renommer le porte‑avions Doris Miller. Il a précisé que sa famille menait depuis des années des démarches pour l’attribution de la Médaille d’Honneur et que la réponse de la Navy avait été « très positive ». Dans une interview accordée à CNN et à Laura Coates, Bledsoe a déclaré : « Pour nous, il a été très choquant d’apprendre qu’on envisageait de changer le nom du Doris Miller. » Il a ajouté qu’apprendre cela par le biais des médias, plutôt que via le Navy, était d’autant plus surprenant. Interrogé sur ce qu’il dirait à Hegseth à propos de cette décision, il a répondu qu’il aimerait que quelqu’un prenne le temps de réfléchir à l’impact réel d’un tel changement et à ce que cela signifierait pour la société, en affirmant que « Doris Miller incarne beaucoup de choses sur l’Amérique et sur ce que nous sommes aujourd’hui. »
Les projets d’honneurs supplémentaires pour Miller restent à finaliser. Son héritage héroïque est bien établi, mais les choix quant à la manière de le distinguer davantage aujourd’hui s’inscrivent dans un contexte où l’administration Trump a tenté de réduire les honneurs et les reconnaissances accordés à des figures noires et à d’autres minorités de l’histoire des États‑Unis, y compris celles qui ont combattu et péri pour leur pays.





