Un journal scolaire d’un collège de Minneapolis, nommé Justice Page Middle School, a récemment diffusé à ses élèves des consignes sur la manière de se comporter lorsqu’ils participent à des manifestations du mouvement Black Lives Matter. Ce document, publié dans le cadre du journal appelé The Rhino Report, comportait une série de recommandations destinées aux étudiants souhaitant prendre part à ces rassemblements. La publication a ainsi élaboré une liste de conseils, visant à orienter les jeunes dans leur façon d’agir lors de ces événements.
Le guide intitulé « Astuces pour protester et étiquette » incitait notamment les élèves à porter des vêtements peu reconnaissables, afin d’éviter d’être identifiés par les forces de l’ordre ou d’autres personnes présentes. Il leur conseillait aussi de ne pas photographier les visages des manifestants ou tout autre signe permettant leur identification. La recommandation la plus controversée concerne les étudiants blancs : ils se voyaient dire d’éviter de s’adresser à la foule en brandissant un mégaphone, étant donné que la participation est surtout attribuée aux personnes noires. L’objectif affiché étant pour ces jeunes de ne pas prendre la parole publiquement, sauf si c’est dans un rôle de soutien silencieux ou d’écoute attentive.
Une citation issue du guide, relayée sur Twitter, révélait ces instructions : « Lors des manifestations Black Lives Matter, si vous n’êtes pas noir, rappelez-vous que votre rôle est de soutenir et d’amplifier les voix noires. Surtout si vous êtes blanc, si un mégaphone est proposé à tout le monde, ce n’est pas pour vous. Votre rôle est d’écouter et d’apporter votre soutien. » Cette déclaration a suscité une vive controverse, car elle suggère une division claire des rôles selon la race dans des contextes de protestation.
Les recommandations insistaient aussi sur la nécessité de documenter la manifestation avec leur téléphone portable. Cependant, ils devaient veiller à ne pas publier de photos contenant des visages ou des données personnelles des participants, notamment ceux impliqués dans des activités artistiques ou de graffitis. Un autre conseil insistait sur le port de vêtements neutres pour éviter d’être identifiés ou ciblés par la police, même si l’action n’est pas illégale. La prudence face à l’autorité y était encouragée, notamment en cas d’interpellation.
Une autre partie du guide donnait des conseils précieux en cas d’arrestation. Parmi eux, celui d’user de leur droit au silence, de demander un avocat, de refuser toute recherche de leur téléphone ou tout prélèvement ADN, en précisant que si les policiers insistent pour leur fournir un masque ou un équipement, il faut le faire. Enfin, si un détenu devait rester plus de 48 heures, cela pourrait être considéré comme une détention illégale, une violation claire de leurs droits au quatrième amendement de la Constitution américaine.
Le district scolaire de Minneapolis a pour sa part indiqué que cette publication ne reflétait que les opinions des élèves, affirmant que la plateforme The Rhino Report est une publication estudiantine rédigée par les jeunes dans le cadre d’un programme d’éducation extrascolaire. La direction scolaire a insisté sur le fait que la publication n’était pas une position officielle de l’école, mais simplement une expression de la voix des élèves, comparable à un éditorial dans un journal.
Cependant, cette initiative a provoqué la condamnation de groupes militants en faveur des droits des parents, tels que Parents Defending Education (PDE), qui s’est dit outré par le contenu de ces conseils. Erika Sanzi, responsable de la communication pour PDE, a expressément dénoncé ce qu’elle considère comme une incitation inappropriée à la participation à des protestations chez des jeunes aussi jeunes que 12 ans. Selon elle, il est problématique qu’une école fournisse pareilles directives en fonction de la race des élèves, et encore plus qu’elle le fasse sans en informer clairement les parents.
Les autres recommandations du guide comprenaient des conseils visant à éviter de se présenter seul, à ne pas porter d’objets tranchants tels que des lunettes ou des bijoux susceptibles d’être utilisés comme projectiles ou outils de défense, ainsi que de porter des vêtements adaptés pour se protéger contre les gaz lacrymogènes. Il était également conseillé d’emporter une trousse de premiers secours pour parer toute éventualité.
Ce document a été distribué dans la foulée de la fusillade impliquant la police, qui a tué Amir Locke, un homme de 22 ans, lors d’une opération sans avertissement préalable le 2 février dernier. La publication visait en partie à sensibiliser les jeunes aux risques spécifiques liés à la participation à ces manifestations, tout en soulignant l’importance de la prudence lors des rassemblements publics.
En résumé, cette controverse met en lumière les tensions autour de l’éducation civique et politique à l’école, ainsi que la façon dont les institutions éducatives abordent la question des mobilisations sociales dans un contexte marqué par des problématiques raciales et policières aux États-Unis.





