Politique

Comment la Californie a voté en 2024 par rapport à 2020

Vue d’ensemble : le bureau du Secrétaire d’État de la Californie a indiqué que plusieurs comtés ont changé leur vote en faveur du candidat républicain et Président-elect Donald Trump lors de l’élection présidentielle de 2024, par rapport à 2020. La baisse du nombre d’électeurs par rapport à 2020, année où la participation avait atteint des records, ainsi que des préoccupations liées à la crise du logement, la montée des populations sans abri, l’inflation et le système de santé ont constitué des enjeux majeurs à l’échelle de l’État.

Alors que la période de dépouillement des bulletins de vote en Californie se poursuit, les résultats provisoires communiqués par le bureau du Secrétaire d’État révèlent que certains comtés ont basculé vers la préférence pour le candidat républicain et Président-elect Donald Trump, contrairement à ce qui s’était produit en 2020.

Lors de cette élection, Vice-présidente Kamala Harris a recueilli plus de 8,3 millions de suffrages, tandis que Donald Trump a obtenu plus de cinq millions. Toutefois, plusieurs éléments ont influencé la réorientation du vote dans certains comtés californiens vers Trump et le Parti républicain.

Mark Baldassare, directeur de l’enquête nationale menée par le Public Policy Institute of California (PPIC), souligne que l’un des facteurs ayant joué un rôle est la diminution du taux de participation comparé à 2020, où la mobilisation avait été exceptionnellement forte. Selon lui, cette baisse peut avoir favorisé le changement de tendance dans certains territoires.

Selon le Secrétaire d’État de Californie, Alex Padilla, le nombre d’électeurs inscrits en octobre 2020 s’élevait à 22 047 448, pour un total de votes exprimés de 17 785 151. Aujourd’hui, en date du 13 novembre, environ 14 236 058 bulletins ont déjà été traités à travers l’État, tandis qu’il resterait encore environ 1 856 348 votes à analyser.

Il apparaît que dans certains comtés, Trump a réussi à obtenir la majorité des suffrages dans des régions où il avait perdu en 2020, mais avec un écart mince. « Je tiens toutefois à préciser qu’il ne s’agit pas d’un changement radical », indique Baldassare.

Parmi ces comtés, on trouve Fresno, Butte et Inyo, qui ont basculé du bleu au rouge lors de cette élection. En 2020, ces zones avaient notamment voté en faveur de Joe Biden, avec par exemple Inyo où Biden avait devancé Trump de peu : 48,9 % contre 48,7 %.


Au niveau des chiffres, dans le comté de San Bernardino, Trump a obtenu 50,5 % des suffrages, contre 43,5 % en 2020, tandis que dans le comté de Riverside, ses suffrages ont représenté 49 %, contre 45 % antérieurement.

Au niveau de l’État tout entier, Kamala Harris a recueilli 58,9 % des voix contre 38,1 % pour Donald Trump. En 2020, Biden avait obtenu environ 63,5 % des suffrages, alors que Trump en avait récolté 34,3 %.

« Avant cette élection, beaucoup étaient préoccupés par la situation économique, notamment par le coût de la vie, l’accessibilité au logement pour de nombreux Californiens », explique Baldassare. « Pour ces citoyens, il semblait qu’un changement s’imposait. Ils ont peut-être voté pour un renouveau, car ils n’étaient pas satisfaits de la tournure que prenaient leur vie. »

Une enquête menée par le PPIC auprès de 1 646 adultes en Californie, en octobre, interrogeant la population sur les enjeux locaux et nationaux en vue du scrutin, révèle que la majorité des habitants ont évoqué la santé économique, la cherté du logement et la problématique de l’itinérance comme étant les questions prioritaires rencontrées dans l’État.

Les préoccupations autour de la crise du logement, la montée du nombre de sans-abri, l’inflation et l’accès aux soins ont dominé les débats durant cette période électorale, période durant laquelle les citoyens ont aussi voté sur dix propositions de lois.

Parmi celles-ci, la Proposition 6, qui visait à éliminer le travail forcé chez les détenus, avait suscité beaucoup d’attention et une quasi-certitude de sa validation. Or, le résultat final montre que 53,5 % des électeurs ont rejeté cette mesure.

Baldassare explique que cette défaite soulève des questions, notamment en raison du soutien massif apporté à une proposition similaire dans l’État voisin du Nevada, où plus de 60 % des électeurs avaient voté en faveur. Il souligne aussi que la rédaction du texte californien, utilisant l’expression « servitude involontaire » plutôt que « esclavage », pourrait expliquer en partie cet échec.

Bien que les guides de vote et les partisans de la proposition aient présenté celle-ci comme une mesure contre l’esclavage, la proposition californienne était formulée ainsi : « Supprime la disposition constitutionnelle autorisant la servitude involontaire chez les personnes incarcérées. »

« Je comprends bien ce que signifie ce terme, mais il est possible que cette formulation n’ait pas été suffisamment claire ou que le public n’ait pas totalement saisi sa portée », confie Baldassare.

La Question 4 du scrutin dans le Nevada demandait également aux électeurs si oui ou non ils souhaitaient modifier la Constitution de l’État afin de supprimer la mention de l’utilisation de la servitude et de l’esclavage comme peine pénale.

En Californie, la Proposition 6 ne comptait qu’un seul défenseur officiellement enregistré, sans adversaire déclaré. Baldassare indique cependant que l’absence d’une campagne de sensibilisation claire, accompagnée d’un vocabulaire difficile à comprendre pour le grand public, a pu influencer l’issue du vote.

Les résultats officiels étant encore en cours d’établissement, la période de dépouillement, qui doit durer légalement 30 jours, permettra de compter tous les bulletins valides et de réaliser l’audit postélectoral obligatoire.

« À ce stade, je me demande si, dans les années à venir, tout sera semblable à la période précédente ou si, au contraire, la tendance va évoluer », déclare Baldassare.

Le Président-elect Donald Trump a déjà commencé à composer son cabinet, en annonçant notamment la nomination du représentant Matt Gaetz (Républicain de Floride) au poste de procureur général. Cependant, peu après cette annonce, Gaetz a démissionné, au cours d’une enquête menée par le Comité d’éthique de la Chambre, qui investiguait des accusations selon lesquelles il aurait été impliqué dans un trafic sexuel concernant une mineure de 17 ans. Sa démission a formellement mis fin à l’enquête, sans rendu de rapport, selon PBS.

Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.