Culture

Le public veut-il vraiment un rematch entre Mayweather et Pacquiao ?

La boxe refait à nouveau les gros titres. Le fameux « Combat du Siècle » opposant Floyd Mayweather à Manny Pacquiao a eu lieu il y a presque onze ans, lors du week-end du Cinco de Mayo. Déjà à l’époque, ce duel avait été jugé bien tardif et largement attendu par les fans.

Ce qui a suivi a été un combat plutôt prudent sur le plan tactique, par moments peu spectaculaire, où l’invaincu Mayweather a imposé une nouvelle victoire à un palmarès déjà impressionnant. Aujourd’hui, Netflix a accepté d’en diffuser la suite, prévue pour septembre, avec Mayweather face à Pacquiao.

L’effervescence médiatique ne manquera pas à l’approche de l’automne, mais est-ce vraiment un affrontement qui suscite encore l’enthousiasme du public ? Pourquoi organiser ce duel, au fond ?

Tout le monde a son prix

La réponse évidente tient au chèque qui accompagne l’événement, n’est-ce pas ? En 2015, même si les deux boxeurs n’étaient plus vraiment au sommet de leur forme, leurs confrontations avaient tout de même généré plus de 600 millions de dollars de recettes. Dans ce secteur, comme dans bien d’autres, l’argent a le dernier mot. Il faut donc comprendre qu’en matière de divertissement, si l’on pense qu’une suite peut rapporter, elle finira par être portée sur les rails. Le succès ou l’échec critique d’un tel projet reste toutefois une autre histoire. Cette fois, l’objectif affiché est clair: Netflix cherche à battre les records précédents de recettes et d’audience.

Une formule éprouvée… pour l’instant

Dans les sports de combat, on observe ce schéma assez régulièrement. La nostalgie agit comme un puissant ressort : on aime voir si d’anciens champions peuvent encore rivaliser avec leur version d’aujourd’hui. Prenez Mike Tyson contre Jake Paul en 2024 pour exemple. Ou encore, imaginons l’avenir avec le retour prévu de Ronda Rousey pour affronter Gina Carano sur Netflix le 16 mai 2026. Ces rendez-vous déploient des niveaux d’intérêt variables, mais plus un athlète avance en âge, plus l’attrait persiste à s’attarder sur ces retrouvailles. Cela prend une signification particulière dans les sports de combat, où l’on peut aussi comparer à ce que fait LeBron James à 41 ans, dans un autre univers sportif.

Si l’on se tourne vers l’agenda de Mayweather, cela donne matière à réflexion. Le prochain défi annoncé est un combat d’exposition avec Tyson, prévu en avril en République démocratique du Congo. Même s’il s’agit d’un duel d’exhibition, tout l’attrait semblait s’étioler. Pour moi, cet engouement avait déjà été moindre du fait de l’écart de catégories entre les deux adversaires. Quelle est vraiment la nature du spectacle proposé ? Avec une rencontre officielle à l’horizon pour le « Money » Mayweather, pourquoi prendre le moindre risque de défaite avant ce duel avec Pacquiao ? Cela ressemble fort à un coup marketing, et comme souvent, ce genre de manège finit par s’épuiser.

À présent, on peut se demander dans quelle mesure le public soutiendra et suivra ce « Fight of the Century » version 2. Certes, il s’agit de noms emblématiques; ce sont deux des figures les plus marquantes du sport. Mais tous deux ont dépassé la quarantaine et ne sont plus dans leur prime. Des rumeurs ont évoqué une blessure à l’épaule de Pacquiao lors de l’entraînement pour le premier combat, ce qui avait entravé sa prestation. Son dernier affrontement officiel remonte à juillet dernier, se soldant par une décision majoritaire en faveur d’un match nul. Ce bilan impressionnant demeure, mais il dépasse ce que Mayweather a principalement offert en compétition ces dernières années. Cela pourrait mener certains à considérer l’exhibition de Mayweather avec Tyson comme une préparation à un retour plus sérieux en septembre.

L’histoire se répète

Qu’on y croie ou non, onze ans d’écart n’est pas le record du temps le plus long entre deux duels de boxe. Roy Jones Jr. et Bernard Hopkins ont mis 17 ans entre leurs combats, et Larry Holmes et Mike Weaver ont patienté 21 ans. Dans la majorité des cas, toutefois, c’est bien le poids des années qui finit par l’emporter, démontrant de façon implacable que l’invincibilité du temps est une réalité difficile à contester.

J’avoue craindre que l’on retombe dans ce scénario désertique une fois de plus. Et je suis convaincu que le duel tant attendu entre ces deux légendes ne sera pas à la hauteur des rêves des fans. Quant aux combattants eux-mêmes ? Comme dirait 50 Cent, ils pourraient sortir « en riant jusqu’à la banque » avec ce qui se profile. Un bon combat, puis au revoir et bonne nuit.


Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.