Des défenseurs des personnes sans domicile avertissent qu’un nouveau texte de loi est en cours d’examen à la législature de Louisiane. Ce texte s’inscrit dans une mouvance plus large de lois critiquées comme visant à criminaliser l’errance, en créant une situation où des sans-abri pourraient être contraints de financer leur traitement, d’être enfermés et soumis à du travail forcé. Plusieurs observateurs le rapprochent d’une forme d’esclavage pour les personnes sans toit.
Une loi proposée en Louisiane inflige fines, emprisonnement et travail non rémunéré pour dormir dehors
Common Dreams a indiqué que l’Assemblée de Louisiane a adopté le projet de loi HB 211 par une majorité de 70 voix contre 28. Le texte ferait du sommeil dans une zone publique non autorisée un délit, avec, pour une première infraction, jusqu’à six mois d’emprisonnement et/ou une amende pouvant atteindre 500 dollars. En cas de récidive, les peines se renforcent à un à deux ans de prison et à une amende de 1 000 dollars. Les personnes reconnues coupables pourraient éviter l’emprisonnement en intégrant un programme de traitement d’une durée de douze mois, le texte prévoyant l’installation de camps de traitement dans des zones reculées. Ceux qui optent pour le traitement seraient responsables du financement tout ou partie des coûts du programme qui leur serait assigné; celles et ceux qui ne disposeraient pas des fonds nécessaires devraient, à la place du paiement, effectuer un travail non rémunéré.
Comme l’a relayé le National Homelessness Law Center sur X (anciennement Twitter), « La Louisiane a fait progresser l’un des textes anti-sans-abri les plus durs du pays. Il obligerait les sans-abri à choisir entre la prison et le traitement involontaire, les ferait payer pour cela, et, s’ils ne peuvent pas payer, les forcerait à travailler sans rémunération. »
Loi louisianeise qualifiée de « farce » qui marginalise davantage les personnes sans domicile
« Si les personnes avaient les ressources pour trouver un logement et bénéficier de services de santé physique et/ou mentale, elles ne seraient pas à la rue », a affirmé Bill Quigley, directeur du Gillis Long Poverty Law Center de l’Université Loyola de la Nouvelle-Orléans, lors d’un entretien accordé à Common Dreams, qualifiant la disposition de « farce ». Des militants de la Nouvelle-Orléans soulignent que la hausse des coûts du logement constitue l’un des facteurs majeurs de l’itinérance.
La conseillère municipale démocrate de Nouvelle‑Orléans, Lesli Harris, a mis en avant les résultats du programme New Orleans Homes for Good comme solution alternative. Selon elle, ce dispositif a permis de placer plus de 1 000 personnes dans un logement et a conduit à la fermeture de huit camps d’itinérants, tout cela pour un coût de 21 844 dollars par personne et par an, soit moins de la moitié du coût lié à l’incarcération.
« HB 211 conduirait la Louisiane vers l’option la plus coûteuse sans apporter de logement durable, sans services et sans une voie réelle pour les personnes concernées », a déclaré Harris dans un communiqué publié le 10 avril, évoquant les « camps de traitement » comme des « camps d’internement » et soulignant les lieux isolés où ces camps seraient installés.
Héritages de travail forcé, de racisme et de criminalisation des sans-abri
L’organisation de plaidoyer Housing Not Handcuffs décrit les exigences de travail comme du travail forcé, rappelant que « la Louisiane porte une longue histoire – et une réalité actuelle – de chaînes humaines, de travail pénal et d’un racisme structurel ». Le collectif affirme que ce texte évoque clairement les prisons de débiteurs, le leasing de condamnés et les épisodes les plus sombres du Jim Crow. Il souligne aussi l’inspiration d’inspiration d’extrême droite derrière ce texte, le présentant comme une version extrême d’un ensemble législatif déjà largement copié, soutenu par le Cicero Institute financé par des milliardaires et Palantir. Le gouverneur de Louisiane, Landry, affirme son soutien à ce texte « odieux » en s’appuyant sur les politiques anti-sans-abri de Donald Trump. Cette loi s’inscrit également dans le contexte d’une décision de la Cour suprême rendue en 2024, dans laquelle la majorité conservatrice a confirmé la possibilité pour les États de criminaliser le sommeil à l’extérieur, une mesure que les défenseurs des sans‑abri avaient averti qu’elle viserait essentiellement l’itinérance.
À présent, la Louisiane semble prête à adopter une loi qui irait plus loin que la plupart des États dans la criminalisation de l’itinérance. Les opposants soutiennent que ce texte ne traite pas des causes profondes du phénomène — telles que la hausse des coûts du logement — et imposerait soit des coûts inaccessibles, soit du travail forcé à des personnes qui traversent déjà des difficultés économiques.





