Le gouvernement de l’administration Trump a réagi à ses prises de parole sur la persécution des chrétiens au Nigeria en ordonnant des frappes militaires contre des militant(e)s islamistes présents sur le territoire. Ces attaques, présentées comme une réponse à des violences religieuses, s’appuient sur une narration trompeuse de la nature du conflit nigérian et illustrent une utilisation militaire croissante et parfois contestable de la part de l’exécutif américain.
Trump lance des frappes de missiles contre des islamistes au Nigeria
Jeudi, l’armée américaine a mené des bombardements ciblant des groupes terroristes présents dans le nord du Nigeria et affiliés à l’État islamique. Le New York Times indique que les frappes du jour de Noël ont impliqué plus d’une douzaine de missiles Tomahawk tirés par la marine, visant deux camps affiliés à l’EI dans l’État de Sokoto, au nord-ouest du pays. La Maison-Blanche et le président Donald Trump ont ensuite publié sur les réseaux sociaux un message affirmant que « les États-Unis ont mené une frappe puissante et meurtrière contre les terroristes de l’EI dans le nord-ouest du Nigeria, qui visaient et tuaient de manière violente des chrétiens innocents, à des niveaux sans précédent depuis des siècles ».
Pendant des semaines, Trump et certains responsables de son administration ont affirmé publiquement que des musulmans tuent et persécutent des chrétiens au Nigeria, une assertion que le gouvernement nigérian a jugée trompeuse et incomplète. Néanmoins, l’idée de persécution des chrétiens a trouvé écho chez la base conservatrice de Trump. L’administration a obtenu un soutien de haut niveau pour ses affirmations sur le Nigeria, certains artistes, comme la rappeuse Nicki Minaj, relayant ces thèses dans le cadre de sa recentre Pro‑MAGA. Ces frappes constituent une montée en puissance de la position américaine vis‑à‑vis du Nigeria et s’inscrivent dans une tendance plus large d’actions militaires angulaires de l’administration, qui avait aussi mené des frappes contre l’EI en Syrie la semaine précédente et mène d’autres opérations controversées contre des embarcations présumées impliquées dans un trafic de drogue dans les Caraïbes.
Le Nigeria affronte une insurrection islamiste et rejette la narration d’une persécution des chrétiens
Depuis de nombreuses années, le Nigeria — pays le plus peuplé d’Afrique — est confronté à des insurgés islamistes qui opèrent surtout dans le nord du pays, où la population est majoritairement musulmane. Durant une grande partie de cette période, Boko Haram a été le principal groupe insurgé, tristement connu pour des enlèvements massifs d’élèves, parmi d’autres attaques violentes. Par la suite, des liens ont été établis entre le mouvement ISIS et Boko Haram, mais les deux entités sont devenues rivales sur le territoire nigérian, d’où l’émergence de factions comme l’Islamic State West Africa Province (ISWAP) dans le nord‑est et l’Islamic State Sahel Province, aussi appelée Lakurawa localement. On ne sait pas immédiatement quel groupe a été visé par les frappes de jeudi. Même si ces organisations ont ciblé des chrétiens à certains moments, leur zone d’opération est surtout dans le nord, ce qui fait que nombre de leurs victimes sont des Musulmans.
Le gouvernement nigérian a donné son accord aux frappes et a coopéré avec les États‑Unis lors de l’opération, tout en continuant de rejeter l’affirmation de Trump sur une persécution généralisée des chrétiens dans le pays. Le ministre nigérian des Affaires étrangères, Yusuf Tuggar, a déclaré à Channels Television: « Le Nigeria est un pays multi-religieux, et nous collaborons avec des partenaires comme les États‑Unis pour lutter contre le terrorisme et protéger des vies et des biens. » Le gouvernement, qui est presque également partagé entre musulmans et chrétiens, a réitéré dans un communiqué distinct que les frappes avaient pour but de « protéger les vies civiles, préserver l’unité nationale et garantir les droits et la dignité de tous les citoyens, quelle que soit leur foi. »
Pour l’instant, le Nigeria coopère militairement avec les États‑Unis tout en rejetant le cadre discursif de Trump. Il demeure incertain si ces frappes seront suivies d’autres opérations communes ou si l’intervention aura un effet durable sur ce conflit complexe, qui dure depuis des années. Ce qui inquiète, c’est que ces frappes révèlent une volonté accrue d’employer une force létale pour des raisons qui demeurent discutables, ce qui représente une approche périlleuse en matière de politique étrangère.





