Auburn, dans l’État de New York, a été le foyer choisi par Harriet Tubman. Aujourd’hui encore, des démarches sont menées pour préserver ses actions et son héritage, notamment par une célébration annuelle appelée le Mois international de l’Underground Railroad, qui se tient chaque mois de septembre.
Cette année, l’État de New York avance sur la création du Corridor Harriet Tubman Underground Railroad New York, un itinéraire patrimonial proposé qui reliera Manhattan à Niagara Falls. Ce parcours mettra en lumière des lieux et des récits essentiels à la vie de Tubman, parmi lesquels sa résidence se trouvant dans le comté de Cayuga. Les visiteurs auront l’occasion de parcourir l’héritage de Tubman à travers le Harriet Tubman Home et l’église AME Zion, entre autres sites situés dans le comté de Cayuga. La Trail de l’Underground Railroad sera accessible virtuellement grâce à l’application Harriet Tubman Underground Railroad Tour.
Le plan a été annoncé initialement en 2023, et deux années se sont écoulées depuis lors, avec des avancées non négligeables. Pagesafrik.info s’est entretenu avec Karen Kuhl, directrice exécutive du Cayuga County Office of Tourism, et Michele Jones Galvin, petite-fille de Harriet Tubman et arrière-arrière-petite-nièce de Tubman, au sujet de cette initiative.
Pagesafrik.info: Depuis combien de temps le Corridor de l’Underground Railroad est-il en gestation?
Karen Kuhl: Le projet a commencé en 2023. C’était l’occasion de candidater à une subvention financée au niveau fédéral puis établie par l’État pour commercialiser de nouveaux produits. Avec Ally Spongr DeGon, membre du Underground Railroad Consortium of New York State, nous avons élaboré une proposition qui a été retenue. Cette subvention nous a permis de faire appel à un consultant professionnel en histoire culturelle et patrimoniale, expérimenté sur de nombreuses autres routes thématiques aux États-Unis, afin d’élaborer le plan de gestion du corridor.
À quel point la famille Tubman est-elle impliquée dans les premières étapes?
Michele Jones Galvin: Pour être tout à fait honnête, c’est une chance impressionnante d’avoir été invités à participer au comité consultatif du corridor. Nous avons assisté à des réunions, participé à des visioconférences et communiqué par divers canaux tout au long du processus. Nous sommes très honorés et heureux d’en faire partie.
Karen, que verront les voyageurs le long de ce corridor, et quelle en est l’étendue?
KK: Je vais vous donner un peu d’explications techniques pour faciliter la compréhension, même si ce n’est peut-être pas ce que vous souhaitez entendre. L’idée initiale était de concevoir une route qui partait du New Jersey pour rejoindre Manhattan, puis de suivre le cours du fleuve Hudson en direction nord-sud, avant d’épouser un tracé est-ouest à travers l’État, en empruntant en partie le corridor du canal Érié et en sortant à Niagara Falls, de façon à refléter le parcours emprunté par Harriet Tubman lorsqu’elle se rendait vers Saint-Catharine’s.
À l’heure actuelle, le plan de gestion du corridor soumis au département des Transports ne couvre qu’une portion est-ouest allant de Niagara Falls à Auburn, en raison de difficultés techniques liées à l’obtention de l’ensemble des résolutions requises par le Département des Transports. Le corridor n’est donc pas encore officiellement désigné. Il est entre les mains du conseil consultatif du Département des Transports, qui examine la demande, puis le dossier sera présenté à l’Assemblée législative de l’État de New York. Le senator May, sector Syracuse-Auburn, porte ce texte et prépare le projet de loi. Autrement dit, une grande partie des aspects techniques reste en cours d’élaboration.
Que verront exactement les visiteurs tout au long du parcours?
KK: Le plan de gestion identifie une série de ressources qui doivent être liées soit directement à Harriet Tubman, soit aux personnes en quête de liberté et à leurs descendants, ou encore au mouvement de l’Underground Railroad lui-même. L’objectif est de s’assurer que le trajet rende hommage à la vie et à l’héritage des personnes en quête de liberté. Michele Jones Galvin a évoqué l’existence d’un Conseil des descendants, constitué pour garantir que les voix des proches des personnes libres continuent à être entendues dans ce chantier.
Le recensement des ressources à valoriser comprend de nombreux points d’intérêt pour les visiteurs, notamment des hébergements, des stations-service, des restaurants et divers quartiers. Les responsables internes insistent sur la nécessité de mettre en avant les entreprises noires afin que l’effet économique du corridor bénéficie aussi à ces acteurs, tout en honorant la mémoire des personnes ayant lutté pour leur liberté.
J’ai lu qu’il y aurait une dimension virtuelle pour les personnes qui ne pourraient pas être présentes physiquement. Est-ce exact?
KK: Oui, il y aura une composante virtuelle. Pour le moment, tout n’est pas encore opérationnel, mais elle est en développement. Un site web est en cours de conception, des cartes seront proposées, et on évoque des podcasts ainsi que des applications. Le Cayuga County Tourism Office a, avec la participation de nombreux proches de Harriet Tubman, développé une application dédiée à l’Underground Railroad au sein de notre comté. On peut trouver en ligne une application appelée UGRR Cayuga, ou Harriet Tubman, selon les versions. Cette initiative pourrait servir de prototype pour une mise en œuvre à l’échelle de l’État lorsque le corridor sera désigné officiellement. Comme je l’indiquais, beaucoup d’éléments restent encore à finaliser.
Michelle, de quelle manière ce corridor et le Mois international de l’Underground Railroad contribuent-ils à maintenir vivante la mémoire de Harriet Tubman?
MJG: Avant tout, il s’agit d’une forme de voyage. Il permet d’aller d’un point à l’autre du parcours, depuis le début jusqu’à la fin, en reproduisant, à sa manière, le périple vers Saint-Catharine’s et jusqu’au Canada que Harriet entreprenait autrefois. En ce sens, cela ne se limite pas à un déplacement physique: il s’agit aussi de créer des opportunités de connexion entre amis et membres de la famille le long du tracé. En somme, ce corridor réplique en plusieurs points ses efforts et ses voyages, de l’esclavage à la liberté.
Quel est l’enjeu de ce moment, alors que notre contexte social et politique est marqué par des tentatives délibérées d’effacement de notre histoire?
MJG: Ceux qui œuvrent d’un côté et nous, de l’autre, poursuivons nos actions respectives. Nous restons mobilisés pour communiquer et faire vivre l’héritage et le travail d’Harriet Tubman. Une disparition totale n’est possible que si nous choisissons de disparaître nous-mêmes. L’essentiel est donc que les efforts autour du corridor se poursuivent, que nous fassions ce que nous souhaitons et que nous avançions, pas à pas, sans nous laisser décourager par la négativité ou par la crainte de l’effacement.





