La Cour suprême a tranché en faveur de la suppression d’un des deux districts louisianais où les Noirs forment la majorité, imposant par ailleurs une interprétation plus restrictive des critères raciaux dans les opérations de délimitation des circonscriptions. Cette décision affaiblit encore le Voting Rights Act de 1865 et risque d’entraîner une chute notable de la représentation noire au Congrès, alors que le poids des électeurs noirs est dissous dans des États dominés par les Républicains.
La Cour suprême affaiblit la Voting Rights Act en invalidant une circonscription noire en Louisiane
Le jugement rendu mercredi estime que l’élaboration d’une seconde circonscription au sein de laquelle les électeurs noirs seraient majoritaires en Louisiane reposait trop sur la dimension raciale. Le juge Samuel Alito, rédigeant au nom des six magistrats conservateurs, a qualifié la carte électorale louisianaise qui a créé ce district d’un « gerrymander inconstitutionnel ». La sixième circonscription, confiée à la représentante démocrate Cleo Fields, avait été dessinée pour inclure des zones d’Alexandria, de Baton Rouge, de Lafayette et de Shreveport, ce qui aboutissait à deux circonscriptions noires sur six et à une population noire d’environ un tiers.
La juge Elena Kagan a pris part à la dissidence avec les deux autres juges libéraux, avertissant que cette décision mine sérieusement la Section 2 du Voting Rights Act de 1965, qui interdit aux États de tracer les lignes électorales de manière à diluer le pouvoir de vote des minorités.
« Les répercussions seront probablement vastes et graves », a écrit Kagan dans son dissentiment. « Cette décision rend pratiquement caduc le texte de la Section 2. »
Cette affaire louisianaise est survenue plus d’une décennie après une décision de 2013 de la Cour qui avait invalidé une disposition du Voting Rights Act exigeant une approbation fédérale préalable avant toute modification des lois électorales pour les États ayant un passé de discrimination raciale. Combinée à la décision rendue mercredi, cette évolution affaiblit considérablement les prérogatives du Voting Rights Act.
À l’issue du verdict, l’ancien président Barack Obama a mis en garde contre une érosion majeure, affirmant que la décision d’aujourd’hui « détruit l’un des piliers clés du Voting Rights Act », autorisant ainsi les législateurs d’État à procèder à des redistributions qui diluent systématiquement le vote des minorités raciales, tant que l’intention est articulée autour de la « partisanerie » plutôt que d’un biais racial explicite.
Une nouvelle vague de redécoupages démarre alors que le Parti républicain cherche à éliminer des districts noirs
Les craintes exprimées par Obama semblent se materialiser. Le gouverneur républicain de Louisiane, Jeff Landry, a décidé de repousser les primaires de la Chambre afin de pouvoir redessiner les circonscriptions à la lumière du verdict de la Cour. Dans plusieurs États du Sud — Alabama, Géorgie, Mississippi, Caroline du Sud et Tennessee —, les leaders conservateurs réclament des sessions législatives spéciales pour revoir les contours des districts en réaction à la décision judiciaire.
De son côté, Donald Trump, s’exprimant depuis le Bureau ovale, a exhorté les États sous contrôle républicain à procéder à un réajustement des circonscriptions. Il a déclaré, en substance, que ces États seraient probablement enclins à agir de la sorte.
Reste incertaine la liste des États capables de terminer ce redécoupage avant les élections de mi-mandat. Toutefois, selon une analyse de NPR, au moins quinze circonscriptions pourraient être supprimées à la suite du nouveau cadre légal. Les répercussions potentielles de ces initiatives partisanes pourraient représenter la plus grande diminution jamais enregistrée de la représentation noire au Congrès, dépassant même le déclin qui avait suivi la fin de la Reconstruction en 1877. La poussée visant à abolir les districts à majorité noire dans le Sud s’inscrit dans une compétition parallèle de délimitation des circonscriptions avant les élections de mi-mandat. Trump a amorcé ce processus partisan en incitant des États contrôlés par les Républicains, comme le Texas, le Missouri et la Caroline du Nord, à remanier leurs cartes pour gagner des sièges républicains à la Chambre. En réponse, des États dirigés par les Démocrates, notamment la Californie et la Virginie, ont entrepris leurs propres réajustements en ajoutant des sièges démocrates. L’impact de ces mouvements se fera sentir dès cette année et se prolongera pendant de longues années. Au-delà de la question qui contrôlera le Congrès l’an prochain, la décision de la Cour ouvre la porte à une concomitance où les électeurs noirs et les responsables noirs pourraient voir leur influence politique limitée à un niveau jamais observé aux États-Unis.





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