Politique

Les obligations de visa de l’administration Trump ciblent la majorité des pays africains.

Le Département d’État des États-Unis procède actuellement à une réévaluation des procédures de filtrage utilisées pour les demandes de visas et a décidé de suspendre temporairement l’octroi de visas pour un ensemble de 75 pays. L’objectif, selon les autorités, est de s’assurer que les personnes étrangères ne bénéficient pas indûment d’aides publiques américaines et ne deviennent pas des charges pour le système social du pays. Dans ce cadre, des cautions liées aux visas – dites « bonds » – ont été introduites, affectant non seulement des pays d’Afrique mais aussi les demandeurs de visas B1/B2, qui couvrent les déplacements à des fins touristiques ou professionnelles. Il est précisé que le versement de la caution n’assure pas l’obtention du visa; en revanche, son montant est remboursé si la demande est refusée ou si le titulaire du visa respecte les conditions associées.

Depuis le 2 février, une annonce du Département d’État a confirmé qu’un examen des procédures de contrôle est en cours et que l’émission des visas est suspendue pour 75 pays, afin d’éviter que des migrants originaires de pays jugés à risque n’empruntent illégalement les prestations publiques ou ne deviennent des charges publiques pour le pays d’accueil.

À compter du 21 janvier 2026, le ministère a étendu la suspension à l’ensemble des visas d’immigrant, dont 24 nations africaines figurent dans le lot. Cette mise à jour fait suite à l’annonce de l’administration précédente concernant le dispositif de cautionnement des visas, dévoilée le 1er janvier 2026. Le Département d’État a par ailleurs listé 38 pays soumis à l’obligation de payer une caution dont le montant varie entre 5 000 et 15 000 dollars.

Les cautions liées aux visas frappent non seulement les pays africains mais aussi les demandeurs de visas B1/B2, ce qui concerne les voyages à visée touristique et professionnelle. Le but affiché de ces cautions coûteuses est d’encourager les demandeurs à ne pas dépasser la durée autorisée du séjour. Le versement n’est pas une garantie d’obtention du visa; leur remboursement est prévu si le visa est refusé ou si le détenteur respecte les conditions imposées.

Selon les informations publiées par le Département d’État, le montant de la caution est fixé au moment de l’entretien consulaire. Le demandeur doit en outre remplir le formulaire I-352, délivré par le Department of Homeland Security. Le candidat accepte les termes de la caution par l’intermédiaire de Pay.gov, la plateforme de paiement en ligne du Trésor. Cette exigence s’applique quel que soit le lieu où la demande est déposée.

Une photographie associée à cet article illustre la période et les enjeux liés à ces mesures, faisant écho à un contexte plus large de débats sur les politiques d’immigration et leur influence sur divers secteurs économiques et sociaux.

On estime qu’en Californie, environ 218 000 résidents noirs ayant un parcours d’immigration constituent près de 8% de la population noire de l’État, soit autour de 2,8 millions de personnes, selon une étude réalisée par l’University of Southern California.

Certaines voix politiques n’hésitent pas à lier ces mesures à des préoccupations liées à la justice raciale et à l’identité politique. Ainsi, un élu local a dénoncé ce qu’il décrit comme un effort politique de « suprématisme blanc » et une tentative de limiter l’entrée des personnes de couleur sur le territoire, ce qui, selon lui, viserait à préserver ce qu’il appelle un pouvoir blanc.

À l’aube des grands rendez-vous internationaux organisés sur le sol américain – notamment la Coupe du Monde de football 2026 et les Jeux olympiques de 2028 – ces cautions pourraient influencer les flux touristiques vers les grandes métropoles du pays dans les mois et les années à venir. Une proclamation émise en 2025 par l’ancien président affirme qu’aucun athlète ou membre d’une équipe sportive qui se rendrait à la Coupe du Monde ne serait touché par ces mesures; en revanche, les supporters et spectateurs ne bénéficieraient pas du même traitement, ce qui pourrait restreindre leurs déplacements vers les États‑Unis.

Selon les observations de Dr. Corey Jackson, autorité locale, les mesures pourraient peser sur les grandes villes du pays qui constituent les principaux points d’arrivée touristique. Il rappelle que l’immigration est, selon lui, un moteur essentiel de l’économie américaine, et que toute politique restrictive risque de freiner ce moteur. Il affirme que les effets économiques des restrictions sur le tourisme pourraient peser lourdement sur des villes comme San Francisco, Los Angeles, San Diego, New York, New Orleans ou Atlanta, entre autres.

Il est difficile de mesurer à ce stade combien le tourisme international souffrira réellement de ces dispositions à court terme. Au cours des mois récents, de nombreux voyageurs internationaux ont exprimé des craintes quant à leurs déplacements vers les États-Unis, dans un contexte où des recrutements et des contrôles renforcés par les services d’immigration ont été constatés, et où même des citoyens américains ont été brièvement retenus dans certaines situations.

Face à ces développements, Dr. Jackson invite les immigrants et leurs soutiens à rester vigilants et solidaires, tout en réaffirmant l’importance de leur contribution à la société. Il souhaite que la durée de ces mesures reste limitée et que des solutions plus humaines et plus inclusives puissent émerger. Il voit dans des pratiques d’action non violente, comme celles mises en œuvre à Minneapolis, des exemples utiles pour défendre les droits des migrants en ces temps difficiles.

En conclusion, ces évolutions marquent une période de tension entre la nécessité de renforcer les contrôles migratoires et l’importance économique et sociale de l’immigration. Le débat sur l’avenir d’un pays fondé sur des valeurs d’ouverture et de diversité se poursuit, et de nombreux acteurs repensent la façon dont la démocratie peut répondre aux attentes de l’ensemble de leurs concitoyens, tout en protégeant les droits et les besoins des immigrants et des communautés qu’ils rejoignent.

Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.