Culture

Le gouvernement US retire discrètement un mémorial pour des soldats noirs du cimetière néerlandais.

Alors que l’administration de Donald Trump poursuit la mise en œuvre de mesures anti-diversité et le blanchiment de l’histoire américaine, on constate que cette dynamique s’étend désormais à l’étranger. Un historien actif sur les réseaux sociaux a mis en lumière le retrait d’un monument européen qui honorait des soldats noirs ayant pris part à la Seconde Guerre mondiale.

Plaques en l’honneur des soldats noirs retirées du cimetière américain des Pays-Bas

Newsweek, en se basant sur des médias néerlandophones, rapporte que les plaques rendant hommage à des soldats noirs qui se sont battus pour les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale ont été retirées du Netherlands American Cemetery, cimetière militaire américain situé à Margraten, près de Maastricht. Plus de 8 000 Américains sont enterrés sur ce site, dont 174 soldats noirs. Deux panneaux commémorant des soldats noirs avaient été ajoutés en 2024 à l’initiative de Shefali Razdan Duggal, qui occupait alors le poste d’ambassadrice américaine aux Pays-Bas. Cependant, ces panneaux ont été enlevés « plus tôt cet été », selon le projet de recherche Black Liberators. L’un des panneaux retirés évoquait les conditions de ségrégation au service des soldats noirs durant la Seconde Guerre mondiale; l’autre mettait en lumière George H. Pruitt, décédé en Allemagne à 23 ans en tentant de sauver un autre soldat.

Les plaintes d’un think tank conservateur américain ont précédé le retrait

Un utilisateur des réseaux sociaux, se présentant comme « ChrisO_wiki », auteur indépendant et chercheur en histoire militaire, a attiré l’attention sur ce changement.

Dans une série de messages qui ont dépassé le million de vues, ChrisO_wiki a écrit : « Le gouvernement américain a discrètement retiré un mémorial dédié aux soldats noirs tombés pendant la Seconde Guerre mondiale du cimetière américain des Pays-Bas à Margraten, dans le Limbourg du Sud. Cette décision fait suite à une plainte présentée par la Heritage Foundation, organisation conservatrice de droite, auprès de la Commission des Monuments militaires américains. »

News.nl néerlandais a confirmé que la Heritage Foundation, mouvance de droite, avait déposé plus tôt cette année une plainte affirmant que la Commission américaine des monuments commémoratifs violait les ordres anti-diversité du président Trump, et que les plaques commémoratives avaient été retirées. La plupart des 15 partis politiques présents dans la province du Limbourg, où se situe le cimetière, ont signé une lettre demandant le remplacement temporaire ou définitif des panneaux retirés.

Trump et la Heritage Foundation imposent une ligne politique de droite

Le retrait des panneaux s’inscrit dans la continuité des politiques de l’administration Trump. Depuis son retour à la Maison-Blanche, Trump a signé des décrets interdisant ou limitant les initiatives relatives à la diversité, à l’équité et à l’inclusion. Parmi les effets constatés, ces décrets ont entraîné le retrait ou la censure d’informations concernant l’histoire des Noirs dans divers parcs et musées, ainsi que la censure de l’histoire des Noirs au sein des forces armées américaines. La Heritage Foundation, de son côté, demeure un think tank conservateur influent qui a longtemps façonné les politiques républicaines et est associée au Project 2025, un plan colossal visant à restructurer l’appareil d’État et la société américaine. Bien que Trump ait auparavant affirmé ne rien connaître de ce plan, il a depuis mis en œuvre une grande partie du Project 2025 après son retour en fonction en janvier.

À présent, il semble que l’influence de la Heritage Foundation et les efforts anti-diversité de l’administration Trump aient gagné l’Europe. Alors que l’administration et ses soutiens conservateurs poursuivent leurs efforts pour blanchir l’histoire américaine, les médias et les responsables politiques néerlandais s’emparent de la cause de la mémoire des soldats noirs qui ont servi et périr pour les États-Unis durant la Seconde Guerre mondiale.


Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.