Culture

L’administration Trump prévoit le démantèlement du ministère de l’Éducation et réaffecte 6 bureaux.

Le président Donald Trump semble résolu à honorer une promesse de campagne consistant à démanteler le Department of Education, une institution qui existe depuis des décennies et qui a été scrutée par des critiques conservatrices ces dernières années. Aujourd’hui, l’administration Trump procède à la réattribution de plusieurs programmes et services majeurs du ministère vers d’autres agences fédérales, malgré des préoccupations sur la légalité de ces mesures et sur les perturbations potentielles des services destinés aux étudiants à travers l’ensemble du pays.

Aides pour les revenus modestes et financement de l’éducation spécialisée transférés hors du DOE

L’administration Trump a annoncé mardi avoir conclu des accords prévoyant l’externalisation de six agences du Department of Education vers d’autres départements au sein du gouvernement fédéral. Selon cet arrangement, les programmes relevant du Bureau de l’enseignement élémentaire et secondaire et du Bureau de l’enseignement postsecondaire seront désormais gérés par le Department of Labor. Ce déplacement affecte plus de 31 milliards de dollars de financements sous forme de subventions, touchant notamment de multiples programmes d’aide pour les élèves issus de milieux modestes à l’échelle du primaire et du secondaire, ainsi que des aides pour les étudiants de première génération et issus de familles à faibles revenus, sans oublier les aides destinées aux étudiants en situation de handicap. D’autres bureaux du DOE qui changent de tutelle comprennent le Bureau de l’éducation des populations autochtones, qui sera transféré au Department of the Interior; le programme Fulbright et divers programmes d’éducation internationale qui passeront sous l’égide du Department of State; et les programmes destinés au financement de la garde d’enfants pour les étudiants et à l’accréditation des écoles de médecine étrangères, qui seront désormais gérés par le Department of Health and Human Services.

Démanteler le département de l’Éducation sans l’aval du Congrès

Ces transferts, qui reviennent à dépouiller une grande partie des missions du Department of Education, s’inscrivent dans la continuité d’une promesse de campagne de Trump visant à supprimer le ministère. Bien qu’il ne puisse légalement le faire sans l’approbation du Congrès, lui et la secrétaire à l’Éducation, Linda McMahon, ont entrepris de démanteler une grande partie du département depuis leur arrivée au pouvoir, par le biais d’un ordre exécutif de mars visant à éradiquer autant que possible l’existence même de l’institution. Au cours des mois qui ont suivi, Trump et McMahon ont presque totalement supprimé le bureau de l’éducation spécialisée et ont procédé au licenciement d’une part importante du personnel du DOE. Même avec ces révisions, l’administration n’a pas encore mis fin à l’ensemble des activités opérationnelles du Department of Education. Les changements en cours laissent en place le programme d’aide fédérale à l’éducation des étudiants, le Bureau des droits civils du DOE et 15 milliards de dollars destinés aux étudiants handicapés. Néanmoins, une source au sein du département a indiqué que d’autres ajustements pourraient encore intervenir à l’avenir.

Réactions et opposition des experts et démocrates

Les opposants soutiennent que ces réorganisations contournent l’esprit même de la loi en vidant pratiquement les fonctions du Department of Education sans acte constituant du Congrès. « Ils tentent d’assécher le DOE des États‑Unis, en ne laissant derrière eux qu’une coquille de l’organisation d’origine », a affirmé l’expert Mark Kantrowitz à CNBC. Sur le plan pratique, McMahon a présenté ces changements comme une tentative de « retirer les couches de la bureaucratie fédérale en s’associant à des agences mieux placées pour gérer ces programmes », selon son éditorial publié dans USA Today. Plusieurs parlementaires et responsables démocrates ont juré de lutter pour protéger le département. Le représentant Brian Fitzpatrick, de Pennsylvanie, a souligné l’importance des programmes du DOE, déclarant que « les modifier sans transparence ni supervision du Congrès présenterait de réels risques pour les étudiants qu’ils sont censés protéger », et a appelé ses collègues à l’aider à préserver ces programmes. Tim Walz, gouverneur du Minnesota et candidat démocrate à la vice-présidence en 2024, a posté sur X que « l’administration dirigée par des milliardaires de Trump réduit les ressources destinées aux étudiants des zones rurales, aux familles à faible revenu et à ceux qui nécessitent une éducation spécialisée », promettant que « le Minnesota luttera ».

Avec Trump et McMahon qui avancent rapidement dans le démantèlement du Department of Education, la lutte pour préserver l’agence et ses missions pourrait s’avérer ardue. Bien qu’opérant sous certaines contraintes légales, l’administration s’est engagée dans une réduction massive du DOE, et rien ne laisse présager un arrêt imminent de ces initiatives.


Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.