Le blocage budgétaire le plus long de l’histoire des États‑Unis semble toucher à sa fin, après qu’un groupe de sénateurs démocrates modérés se soit rangé derrière les Républicains pour approuver un accord budgétaire destiné à rouvrir le gouvernement. Cependant, nombre de leurs collègues du même camp dénoncent désormais ce compromis comme un échec et une capitulation dans leur combat pour contenir l’augmentation des coûts des soins de santé.
L’accord finance le gouvernement pour le moment et promet un vote futur sur les subventions santé
Dimanche, des informations ont révélé qu’un groupe de sénateurs démocrates avait conclu un accord à huis clos avec les Républicains pour mettre fin à la fermeture du gouvernement entamée le 1er octobre. Le texte prévoit de financer le gouvernement jusqu’au 30 janvier et certains programmes jusqu’au 30 septembre, à savoir les départements de l’Agriculture et des Anciens Combattants. Le projet rétablit également le financement du Programme d’aide nutritionnelle supplémentaire (SNAP), que l’administration Trump avait refusé de financer pendant le blocage, ainsi que les fonds dédiés au programme pour les Femmes, les Nourrissons et les Enfants (WIC). Le texte du Sénat gèle en outre les licenciements massifs déclenchés par Trump pendant le blocage, réintègre les travailleurs licenciés durant cette période et garantit que les agents fédéraux percevront un salaire rétroactif pour la période de fermeture. La loi prévoit déjà l’obligation de verser rétroactivement les salaires aux agents mis en congé et au personnel essentiel travaillant sans rémunération pendant un blocage, mais l’administration Trump avait menacé de ne pas honorer ces engagements pour l’ensemble des agents couverts.
En revanche, le texte du Sénat ne rétablit pas les subventions fédérales destinées à l’assurance maladie dans le cadre de l’Affordable Care Act (ACA). Les démocrates avaient auparavant exigé que ces subventions soient prolongées après que les républicains ont choisi de les laisser expirer, une décision qui s’est déjà traduite par une hausse des coûts des soins de santé à travers le pays. À la place, l’accord repose sur la promesse que les Républicains du Sénat accepteraient de permettre un vote ultérieur sur ces subventions. Rien n’indique qu’un seul membre républicain soutiendra nécessairement cette mesure, et comme les démocrates sont dans l’opposition au Sénat, leur assise n’est pas garantie. Le porte-parole de la Chambre des représentants, Mike Johnson, n’a d’ailleurs pas assuré qu’un vote aurait lieu.
Des démocrates défaillants tentent de défendre leurs choix alors que le parti fulmine contre le vote « très, très mauvais »
Le texte a reçu le soutien de 52 sénateurs républicains, Randolph Paul, de Kentucky, étant le seul à s’y opposer au sein de la majorité. Il fallait que huit démocrates se rallient pour éviter un éventuel filibuster et permettre l’adoption du texte, ce qui s’est avéré suffisant. Trois démocrates qui avaient initialement négocié l’accord avec les Républicains – les sénatrices Jeanne Shaheen et Maggie Hassan du New Hampshire, ainsi que le sénateur indépendant Angus King (qui siège avec les démocrates) – ont pris part à l’adoption finale du vote à 60‑40, aux côtés des sénateurs Dick Durbin (Illinois), John Fetterman (Pennsylvanie), Catherine Cortez Masto (Nevada), Jacky Rosen (Nevada) et Tim Kaine (Virginie). Les démocrates qui ont dévié leur vote ont tenté de justifier leur décision en invoquant les difficultés causées par le blocage, notamment le fait que l’administration Trump ait maintenu à l’écart les prestations SNAP pendant la fermeture.
King a déclaré que la fermeture du gouvernement « n’a pas rendu plus probable une prolongation des crédits d’impôt ACA », et que « tenir tête à Donald Trump n’a pas servi ».
Des publications ont relayé ces propos, dont ceux de King sur les réseaux sociaux, reflétant son point de vue sur l’échec perçu de se montrer ferme face à l’administration.
Kaïne a défendu son vote en affirmant : « Cet accord assure un vote pour étendre les crédits d’impôt sur les primes de l’ACA, ce que les Républicains n’étaient pas prêts à faire. Les élus savent que leurs électeurs attendent d’eux qu’ils votent en sa faveur, et s’ils ne le font pas, ils pourraient être remplacés lors des prochaines élections ».
Plusieurs parlementaires démocrates et leurs partisans ont toutefois rejeté cette ligne d’explication comme du wishful thinking.
Le sénateur Bernie Sanders (Vermont) a qualifié l’adoption de cet accord de « vote très, très mauvais », arguant qu’il laisserait les coûts des soins de santé grimper et que des Américains se retrouveraient privés d’assurance maladie. Il a également mis en avant les victoires démocrates des récentes élections comme preuve que les électeurs veulent que les Démocrates « tiennent tête au Trumpisme ».
Un autre sénateur démocrate, Chuck Schumer de New York, qui n’a pas pris part aux négociations et est reproché de ne pas avoir tenu sa cohorte en ligne, a condamné l’accord.
« Pendant des mois, les démocrates se battent pour que le Sénat s’empare de la crise sanitaire », a déclaré Schumer dans un message vidéo publié avant le vote dominical. « Ce texte ne fait rien pour résoudre cette crise. Je vote NON et je continuerai le combat. »
Par ailleurs, une publication affichant le même esprit a relayé une prise de position de Schumer selon laquelle l’Amérique traverse une « crise des soins de santé, créée par les Républicains », d’une ampleur telle qu’elle exige une résolution qui tienne compte de la douleur des familles américaines. Il a déclaré ne pas pouvoir soutenir une résolution continue qui échoue à répondre à cette urgence.
Face à un accord qui n’avance que très peu par rapport à ce que les démocrates défendaient initialement, nombre de voix au sein du parti s’indignent que les 40 jours de fermeture se soient soldés par ce qu’ils considèrent comme une capitulation inutile. Les Républicains de la Chambre devraient approuver l’accord et l’envoyer au président pour signature au cours de la semaine, même si la reprise officielle du fonctionnement du gouvernement pourrait prendre quelques jours. Pendant ce temps, le combat sur les coûts des soins de santé se poursuit, avec quelques démocrates du Sénat estimant que l’accord de dimanche représente une avancée de l’agenda, mais la majorité le voit comme une reddition inutile.





