Culture

Trump promet de protéger les emplois noirs; pourquoi des diplômés noirs ne trouvent-ils pas d’emploi?

« Black jobs » est devenu l’un des axes marquants de la rhétorique présidentielle de Donald Trump pendant l’élection de 2024.

Sur les tournées de campagne et lors de plusieurs débats, Trump a maintes fois soutenu que les immigrés en situation irrégulière s’emparaient de « Black jobs », avançant que son programme en matière d’immigration et d’économie viendrait protéger les opportunités d’emploi des travailleurs noirs.

À mi-parcours de son second mandat, les Américains noirs continuent d’afficher un taux de chômage nettement plus élevé que celui des travailleurs blancs. Selon le dernier rapport sur la Situation de l’emploi du Bureau of Labor Statistics, le chômage chez les Noirs s’élevait à 6,6 % en juin, contre 3,6 % chez les Blancs. Le taux de chômage global restait à 4,2 %, mais les employeurs n’avaient que 57 000 postes créés en juin, signe que les embauches se déghostent.

Ce document intervient alors que de nombreux diplômés noirs issus de l’enseignement supérieur expliquent éprouver davantage de difficultés à trouver un emploi stable malgré leurs diplômes et des années d’expérience professionnelle.

Un marché du travail plus exigeant met à l’épreuve la promesse de l’enseignement supérieur

Pendant des décennies, l’enseignement supérieur a été perçu comme l’un des itinéraires les plus clairs vers la mobilité économique. Pour nombre de diplômés noirs, cette promesse semble toutefois devenir plus difficile à concrétiser.

Un reportage récent du Washington Post a présenté des femmes noires professionnelles décrivant le fait de déposer des centaines de candidatures, de passer des mois à chercher un emploi et d’assembler des missions de consultante, d’enseignante et de travailleur indépendant tout en tentant de décrocher des postes à temps plein. Plusieurs d’entre elles ont affirmé avoir suivi tout ce qui était censé conduire à une carrière prospère — obtenir des diplômes, gagner de l’expérience et développer des réseaux professionnels — et pourtant restent en difficulté pour obtenir un emploi stable.

Les expériences évoquées dans le reportage du Post, et reproduites par de nombreux professionnels en ligne, reflètent des préoccupations profondes concernant le marché du travail actuel pour les travailleurs noirs.

Ce que révèle le dernier rapport sur l’emploi

Le rapport mensuel de juin sur l’emploi offre une photographie du marché du travail, mais les experts estiment que le taux global de chômage des Noirs ne raconte pas toute l’histoire.

« Le taux de chômage des Noirs est un chiffre global et peut rester stable même lorsque certains segments de la population noire rencontrent des difficultés », explique Cantrell Dumas, chercheur principal au Joint Center for Political and Economic Studies, à Pagesafrik.info.

Dumas souligne que les diplômés noirs récents entrent sur un marché du travail plus lent et plus sélectif, où « un diplôme compte toujours, mais ne protège pas nécessairement contre un recrutement plus faible, moins d’opportunités d’entrée de gamme ou les disparités raciales en matière d’embauche et d’emploi ».

Ces constatations s’alignent avec une analyse récente de l’Economic Policy Institute, qui montre que les travailleurs noirs ont connu une pire situation d’emploi durant la première année du second mandat de Trump, en particulier les hommes noirs.

Le Bureau of Labor Statistics a aussi indiqué que le taux de participation à la force de travail s’établissait à 61,5 % en juin, et que 1,9 million d’Américains demeuraient au chômage depuis 27 semaines ou plus. L’agence a aussi révisé à la baisse, de concert, les gains d’emplois pour avril et mai, à hauteur de 74 000 postes, signe supplémentaire d’un ralentissement des embauches ces derniers mois.

En guise de conclusion

Bien que le seul rapport de juin ne puisse expliquer à lui seul pourquoi certains diplômés noirs peinent à s’insérer sur le marché, il apporte un contexte important pour comprendre leur situation.

À mesure que les recrutements deviennent plus compétitifs, Cantrell Dumas souligne que disposer d’un diplôme ne suffit pas à protéger un diplômé noir récent contre la sélectivité accrue du marché du travail ni contre les disparités raciales persistantes en matière d’embauche et d’emploi.


Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.