Culture

Trump publie une image de lui en Jésus, après des critiques papales et des tensions avec le Vatican.

Des tensions entre la Maison-Blanche et le Vatican se sont intensifiées ces derniers temps, alors que le pape Léon XIV a critiqué l’intervention militaire américaine en Iran et que le président Trump a exprimé son mécontentement face à ce qu’il perçoit comme une hostilité d’un pape né sur le sol américain. Dans ce bras de fer entre l’équipe présidentielle et le chef de l’Église, Trump a cherché à se présenter comme une figure messianique sur les réseaux sociaux.

Trump s’en prend au pape Léon sur les réseaux sociaux en raison de désaccords politiques

Le président Trump a récemment adressé une virulente tirade au pape Léon dans un long message diffusé sur les réseaux, prétendant notamment que « Le pape Léon est faible sur la criminalité et décevant sur la politique étrangère ». Il cible l’opposition du pape à l’opération américaine ayant conduit au renversement et à l’emprisonnement du président vénézuélien Nicolás Maduro, ainsi que la poursuite du conflit avec l’Iran. « Je ne veux pas d’un pape qui tolère l’idée qu’il serait acceptable pour l’Iran de posséder une arme nucléaire », a déclaré Trump, déformant l’opinion du pape. Trump a aussi attaqué Léon personnellement, né Robert Prevost à Chicago, qui aurait pris le nom Léon après son élection pontificale en 2025. Il affirme dans son message que Léon n’aurait pas été choisi pape si Trump n’avait pas remporté l’élection de 2024. Il mentionne également le frère aîné du pape, Louis Prevost, qui se présente comme un fervent partisan de MAGA. « Je préfère nettement son frère Louis à lui, car Louis incarne tout MAGA », a précisé Trump.

Trump demeure critique envers le pape tout en se présentant comme une figure semblable à Jésus

Le président a réitéré ses propos devant des journalistes, déclarant au sujet de Léon : « Je ne pense pas qu’il s’en sorte très bien », l’accusant d’être « une personne très libérale » qui « apprécie la criminalité » et qui soutient le développement d’armes nucléaires par l’Iran.

Trump a aussi diffusé une image apparemment générée par intelligence artificielle le représentant dans une posture christique, vêtu comme les représentations artistiques de Jésus et posant de manière symbolique. Dans le visuel, une lumière émane de ses mains et il semble profiter d’un geste de guérison sur un malade, le décor étant peuplé du drapeau américain et d’avions de combat en arrière-plan. « Je doute que le grand public ait bien compris que le président est en réalité une personne mégalomane et dérangée », a commenté le journaliste Aaron Rupar dans une publication associée à l’image. « J’espère que des publications comme celle-ci persuadent davantage de personnes, » a-t-il ajouté.

Le quotidien New York Times a, pour sa part, qualifié le post de Trump d’« évidément dérangé » et a exprimé l’inquiétude selon laquelle certains évangéliques, influencés par Trump, pourraient s’unir davantage à l’encontre de leurs frères et sœurs catholiques en réaction à ce qu’ils perçoivent comme blasphème et attaques inacceptables contre le pape, plutôt que de leur apporter leur soutien.

Pope pledges to stand by political positions as tensions with US continue

Pape Léon a multiplié les remarques perçues comme critiques des politiques de l’administration Trump, notamment en ce qui concerne les expulsions massives et les opérations militaires ciblant le Venezuela et l’Iran. Après que Trump a menacé de « mettre fin à la civilisation » iranienne sur les réseaux, le pape a pris une initiative exceptionnelle en appelant les Américains à « contacter les autorités — dirigeants politiques, députés — pour leur demander de travailler en faveur de la paix et de rejeter la guerre en tout temps ». L’administration Trump, de son côté, entretient une relation tendue avec le Vatican. Selon plusieurs sources, une récente rencontre entre des responsables du Département de la Défense et des représentants du Saint-Siège s’est déroulée dans un cadre particulièrement hostile, les responsables religieux se sentant menacés. Lors de la réunion, un membre du Département de la Défense aurait même saisi une arme médiévale exposée dans la pièce en évoquant la Papauté d’Avignon, une période où le roi de France avait déposé le pape et repointé son loyaliste, déplaçant le siège pontifical de Rome à Avignon; les responsables du Vatican ont interprété cette allusion comme une menace. Malgré ces heurts, Léon a maintenu fermement ses propos. Interrogé par des journalistes sur les critiques récentes de Trump à son égard, Léon a insisté sur le fait que ses positions puisent dans sa foi chrétienne. « Je n’entrerai pas dans le débat », a-t-il déclaré. « Ce que je dis n’est pas destiné à viser qui que ce soit. Le message de l’Évangile est clair: Bienheureux les pacificateurs. » Léon a également ajouté, lors d’une autre prise de parole, « Je n’ai aucune crainte de l’administration Trump. »

Les insultes de Trump envers le chef de la plus grande confession chrétienne du monde viennent s’ajouter à une longue liste d’attaques présidentielles contre ses adversaires, tandis que son choix de se présenter comme une figure quasi-messianïque reflète le dérangeant culte de la personnalité qu’il a cultivé autour de sa personne. Face à ces attaques personnelles et à ces atteintes religieuses, le pape Léon ne montre aucun signe de recul, préfigurant une tension durable entre la Maison-Blanche et le Vatican sur des dossiers tels que le conflit iranien.

Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.