Culture

Plus d’une douzaine de démocrates prévoient de boycotter l’État de l’Union et d’assister à des événements rivaux.

Alors que le président Donald Trump s’apprête à prononcer son allocution sur l’État de l’Union devant le Congrès et d’autres responsables gouvernementaux ce mardi, une douzaine de parlementaires démocrates ont déjà annoncé qu’ils ne seraient pas présents. À la place, ils s’associent à des organisations progressistes pour mettre en place un rassemblement politique rival afin de protester contre l’administration Trump.

Des groupes progressistes et des parlementaires démocrates prévoient un rassemblement rival lors du discours sur l’État de l’Union

Les organisations progressistes MeidasTouch et MoveOn ont communiqué leur intention d’organiser à Washington, D.C., un rassemblement baptisé « L’État de l’Union du peuple », qui se tiendra à 20h30, heure locale, mardi sur le National Mall. La date et l’heure coïncident avec le discours annuel de Trump, et ces groupes présentent l’événement comme une contre-programmation destinée à dénoncer « une soirée du président remplie de mensonges et de priorités déconnectées des intérêts du peuple américain ».Traditionnellement, le président s’adresse à l’ensemble de la nation devant une séance conjointe du Congrès, avec la présence d’un grand nombre de membres du cabinet et d’autres hauts responsables. Cette année, plusieurs législateurs ont d’ores et déjà annoncé qu’ils manqueraient le discours afin d’assister au rassemblement sur le National Mall.

Cinq sénateurs démocrates sont à ce jour inscrits pour prendre part au rassemblement : les sénateurs Ed Markey (Massachusetts), Jeff Merkley (Oregon), Chris Murphy (Connecticut), Tina Smith (Minnesota) et Chris Van Hollen (Maryland). Sept représentants à la Chambre sont également prévus pour manquer l’allocution afin de rejoindre le rassemblement, dont Pramila Jayapal (Washington) et Bonnie Watson Coleman (New Jersey). Par ailleurs, plusieurs autres démocrates envisagent d’assister à un autre événement alternatif, baptisé « State of the Swamp », qui sera organisé au National Press Club dans la même soirée. D’autres parlementaires prévoient de partager leur temps entre les deux événements, ou d’alterner entre la room des États et le rassemblement rival.

« La semaine prochaine, Trump prononcera son allocution sur l’État de l’Union. Je n’y serai pas », a écrit le sénateur Chris Van Hollen sur X, l’ancienne plateforme Twitter. « Trump conduit l’Amérique vers le fascisme, et je refuse de normaliser le fait qu’il démantèle notre Constitution et notre démocratie. »

Par ailleurs, le sénateur Patty Murray a aussi affirmé qu’elle ne prendrait pas part à une allocution qui, selon elle, ne ferait que servir des propos dévoyés, et qu’elle se concentrerait sur les façons dont les politiques de l’actuel gouvernement blessent les citoyens qui travaillent dur.

Les échanges publics sur les réseaux sociaux ont illustré la fracture autour de cette proposition. Van Hollen a publié un message indiquant son refus d’assister à une soirée qu’il juge incompatible avec ses principes, tandis que Murray a exprimé son point de vue en des termes similaires, dénonçant ce qu’elle perçoit comme des conséquences néfastes des choix de la Maison-Blanche.

Pour s’appuyer sur l’histoire des protestations contre les allocutions de Trump

Cette initiative n’est pas la première fois que des membres du Congrès expriment leur désaccord avec les allocutions de Trump. En 2020, la then-présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, D‑Californie, avait même déchiré une copie du discours du président, en déclarant publiquement son refus d’approuver le message. L’an dernier, lors d’un discours prononcé devant une session conjointe du Congrès — une pratique fréquemment employée lors d’années où il n’y a pas de discours sur l’État de l’Union au sens strict — le représentant texan Al Green a été hué et expulsé de la chambre; il a ensuite reçu une réprimande officielle de la part des républicains de la Chambre. Cette année encore, les législateurs qui auront choisi de participer au rassemblement sur le National Mall ne seront peut-être pas les seuls à contester publiquement le discours de Trump. Le représentant Jared Huffman (D‑Californie) a laissé entendre qu’il envisageait de quitter la salle pendant le discours présidentiel.

« La seule question qui m’importe est de savoir à quel moment une phrase répugnante me poussera à me lever et à quitter la séance », a déclaré Huffman à Axios.

De son côté, l’administration Trump relativise l’importance de ce boycott planifié, et la porte-parole de la Maison-Blanche, Abigail Jackson, a déclaré que « ce n’est pas une surprise qu’ils refusent de célébrer et d’honorer les Américains qui ont bénéficié des politiques raisonnables adoptées par les républicains ». En parallèle, certains démocrates prévoient d’assister au discours tout en exprimant leur désaccord avec l’agenda présidentiel.

Le contenu de la soirée ne s’arrête pas là. Pour certains élus, il s’agit d’un moment où l’on peut, en dehors d’un seul lieu, mettre en lumière ce que l’on considère comme des échecs et des dommages provoqués par la politique actuelle. Le chef de la minorité à la Chambre, Hakeem Jeffries, D‑New York, a déclaré mardi qu’il avait l’intention d’assister au discours, tout en précisant qu’il n’est pas d’accord avec le programme proposé par l’administration. « Nous ne sommes pas invités chez lui ; c’est lui qui vient chez nous », a-t-il déclaré, en revenant sur son parcours personnel à Brooklyn et sur la conviction qu’on ne doit pas laisser quelqu’un ordonner de quitter son territoire.

En somme, alors que Trump cherche à diriger la discussion nationale sur des sujets tels que les contrôles migratoires, les tarifs commerciaux et d’autres décisions controversées, les initiatives rivales et les présences divergentes des parlementaires démontrent une volonté claire de maintenir un regard critique sur la Maison-Blanche et d’encourager un débat public ouvert. Que les partisans du rassemblement sur le National Mall ou les démocrates qui choisiront d’assister au discours officiel restent ou non sur le même terrain, tous s’accordent sur le fait que les questions qui agitent actuellement l’Amérique ne se régleront pas à travers une simple prestation présidentielle, mais nécessitent une vigilance constante et une contestation publique active.

Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.