Le président Trump réitère une proposition controversée concernant un changement de nom, en affirmant cette fois vouloir modifier l’appellation d’un des Grands Lacs. Cette annonce de rénommage vise essentiellement le Canada, après que les dirigeants canadiens ont rejeté un nouvel accord commercial sur des exigences que l’administration Trump jugeait inacceptables, le tout dans un contexte de tensions et de tarifs entre les deux nations.
Relabellage du lac ordonné par Trump
Jeudi, le président a signé un décret exécutif « changeant le nom du lac Ontario, avec effet immédiat, pour l’intituler Lake America ». Dans une vidéo diffusée depuis le Bureau ovale annonçant ce décret, l’assistant de la Maison-Blanche, Benjamin Moss, précise que le texte ordonne au secrétaire à l’Intérieur, Doug Burgum, d’intégrer ce changement dans le Geographic Names Information System (GNIS), l’agence gouvernementale responsable des données géographiques. Sur la vidéo, une grande carte intitulée « Making the Great Lakes Even Greater » montre les Grands Lacs, avec l’étiquette « Lake America » apposée sur le lac Ontario.
Cette démarche, perçue majoritairement comme une pique envers le Canada, s’inscrit dans le contexte d’un paysage de guerre commerciale entre les deux États. Au cours du week-end, le Canada s’est retiré des discussions visant à mettre en œuvre un nouvel accord commercial bilatéral. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a précisé que les négociateurs canadiens « ont travaillé avec diligence et de bonne foi pour défendre les intérêts des Canadiens jusqu’au dernier moment. Toutefois, des modifications de dernière minute dans les termes proposés par les États‑Unis se révélaient injustes, non viables économiquement et remettaient en cause la fiabilité d’un éventuel accord ». Trump, qui n’a cessé d’irriter le Canada en menant la menace de l’annexer en tant que 51e État américain, a réagi à la rupture des pourparlers en imposant des tarifs de 50% sur les produits canadiens, ce qui a entraîné des représailles tarifaires de la part du Canada envers les produits américains.
Le changement de nom, selon Trump, est mal avisé et rejeté
Le geste consistant à modifier le nom semble être une provocation adressée au Canada, en visant plus particulièrement l’Ontario, mais l’offense paraît fondée sur une interprétation historique erronée. Le lac Ontario ne doit pas son nom à la province canadienne; c’est la province elle-même qui tire son appellation du lac. Comme l’a expliqué le Premier ministre Carney dans un message publié sur X, le nom du lac provient d’un terme autochtone décrivant ce plan d’eau. « Le nom Lake Ontario vient du mot Wendat Ontari’io, qui signifie, à juste titre, “le lac est beau, le lac est grand” ». Ce nom existe depuis plus de 400 ans, bien avant la Confédération du Canada et la Déclaration d’Indépendance des États‑Unis. En livrant cette leçon d’histoire sur l’origine du nom Ontario, Carney a aussi exprimé son dédain face à la tentative de renommage de Trump. « On sait que l’Amérique est en train de changer. Leurs relations commerciales, leur politique étrangère, leurs monuments nationaux, leurs hydronymes », a-t-il écrit. Il a ajouté : « Les Canadiens savent aussi que nommer la réalité, c’est l’appeler Lake Ontario — hier, aujourd’hui et pour toujours. »
Cette injure, bien que politiquement malavisée, n’est pas passée inaperçue auprès d’autres responsables gouvernementaux des deux côtés de la frontière. Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a déclaré : « C’est Lake Ontario pour les Canadiens et pour le reste du monde. Maintenant et pour toujours. »
« On est dans de vrais bouts de folie maintenant », a ajouté le premier ministre de la Nouvelle‑Écosse, Tim Houston. « C’est Lake Ontario, mon ami. »
Du côté américain du lac, la gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, a réagi à l’annonce de « Lake America » en précisant : « New York n’utilisera pas ce nom ».
La tactique de renommage de Trump se poursuit
Le geste consistant à renommer le lac Ontario ne constitue pas une première, et il n’est probablement pas près de s’arrêter. Lors d’un différend en 2025 avec le Mexique autour de questions telles que la sécurité frontalière, Trump avait annoncé rebaptiser le Golfe du Mexique en « Gulf of America ». À l’heure où se poursuit le conflit qui a conduit à des actions dans le détroit d’Ormuz, Trump a menacé d’annexer ce passage et de le renommer soit « Strait of America », soit même « Strait of Trump ». En discutant avec des journalistes au sujet de la proposition « Lake America », Trump a laissé entendre que l’Atlantique ou le Pacifique pourraient être les prochaines cibles. « Nous avons un golfe et un lac », a déclaré Trump aux journalistes. « Il ne nous manque plus qu’un océan. Peut‑être qu’il nous faudra renommer l’Atlantique et/ou le Pacifique. Peut‑être les deux. »
Les annonces de renommage n’impliquent pas d’effets concrets majeurs, mais elles symbolisent une approche ferme et antagoniste de la politique étrangère de Trump, même envers des alliés de longue date. Le différend actuel avec le Canada n’est pas clos, et la tentative d’offenser l’Ontario montre bien que l’objectif n’est pas d’apaiser les tensions dans ce conflit commercial.





