Un texte républicain visant à instaurer des mesures d’identification des électeurs particulièrement restrictives a échoué au Sénat, alors que plusieurs sénateurs du GOP ont choisi de se ranger du côté des démocrates pour rejeter le projet. Les opposants ont soutenu que le texte se fondait sur des accusations de fraude électorale sans fondement portées par les républicains, et ont averti que des exigences d’identification rigoureuses priveraient de droit de vote un grand nombre de personnes, y compris des membres de groupes minoritaires déjà marginalisés, des personnes trans, des femmes mariées et bien d’autres encore.
Quatre républicains s’allient avec les démocrates pour faire échec à la proposition sur l’identification des électeurs
Jeudi, le Sénat a rejeté une tentative visant à faire avancer la SAVE America Act, une loi soutenue par le président Trump qui viserait à instaurer une norme nationale d’identification des électeurs extrêmement restrictive. Surtout, ce texte aurait exigé que les électeurs présentent des documents prouvant leur citoyenneté, tels qu’un passeport ou un acte de naissance, pour pouvoir s’inscrire sur les listes électorales, en plus de devoir démontrer leur identité comme c’est actuellement le cas. La loi aurait aussi imposé que tous les électeurs présentent une pièce d’identité avec photo lors du vote, restreint les possibilités d’enregistrement et de vote par courrier, et autorisé le Département de la Sécurité Intérieure à compiler une base nationale des listes électorales des États afin de déceler des étrangers, processus jugé problématique pour viser à tort des citoyens.
Trump et ses alliés républicains ont présenté ces exigences comme nécessaires pour lutter contre une fraude électorale généralisée, accusation que le président a répétées à plusieurs reprises sans apporter de preuves. Les critiques ont fait valoir que ce type de fraude est extrêmement rare et ont averti que des millions d’Américains n’avaient pas un accès facile aux documents requis par le texte.
Le Sénat cherchait à rattacher la SAVE America Act à un projet de financement de l’immigration.
Contre l’initiative Trump visant à propager le récit de fraude électorale infondé
Les démocrates ont voté contre l’amendement qui visait à rattacher la SAVE America Act au projet de loi sur l’immigration, et ils ont été rejoints par quatre sénateurs républicains : Susan Collins du Maine, Lisa Murkowski de l’Alaska, Mitch McConnell du Kentucky et Thom Tillis de Caroline du Nord.
Ces quatre républicains avaient déjà, en avril, rejoint les démocrates pour bloquer une version de la SAVE America Act. Leur rejet constitue une provocation à l’encontre du président Trump, qui a défendu cette loi dans le cadre de son récit sur une fraude électorale généralisée. À l’approche du vote de jeudi, Trump a de nouveau plaidé en faveur de ce texte lors d’un événement à la Maison-Blanche, tout en continuant de propager des théories infondées sur la fraude électorale et en insinuant sans apporter de preuves qu’une fraude aurait eu lieu lors des primaires en Californie.
La loi aurait pu priver des millions d’électeurs de leur droit de vote
Comme l’avait signalé Pagesafrik.info auparavant, les Républicains à la Chambre des représentants ont adopté la loi Safeguard American Voter Eligibility (SAVE) Act en février. Ses détracteurs prévoyaient qu’elle priverait des millions de personnes du droit de vote faute de disposer des documents requis, tels qu’un passeport, ou parce qu’ils n’en auraient pas les moyens ou ne les obtiendraient pas à temps pour voter. Le texte était attendu pour impacter de manière disproportionnée les jeunes et les personnes de couleur.
La loi aurait aussi pu empêcher de voter des personnes dont le nom légal ne correspondait pas à celui inscrit sur leur passeport ou leur acte de naissance, comme les femmes mariées ou les personnes transgenres. Adoptée immédiatement si elle avait été votée, cette loi s’inscrivait dans une démarche plus large des Républicains visant à modifier les règles à leur avantage à l’approche des élections de mi-mandat. Le GOP a aussi utilisé des pratiques de redécoupage partisan et teintées de racisme dans des États sous contrôle républicain pour orienter l’élection en sa faveur, alors que les deux partis se disputent le contrôle du Congrès.
Trump avait mis la SAVE America Act au premier plan, affirmant auparavant sur les réseaux sociaux que cet acte « prévaut sur tout le reste » et indiquant qu’il « ne signera pas d’autres lois tant que cela ne sera pas adopté ».
On ignore encore si Trump tiendra sa menace antérieure de refuser de signer d’autres textes avant l’adoption de la SAVE America Act. Pour l’heure, cette adoption ne semble pas imminente, des membres de son propre parti s’attachant à bloquer l’avancement de cette mesure d’identification des électeurs.





