Écoute, je veux être la dernière personne à placer quelqu’un dans une case créative. Ainsi, lorsque Stephen A. Smith a décidé de lancer sa propre société de production et d’acquérir certains de ses droits intellectuels, j’ai compris. Il est essentiel de bâtir ce chemin par soi-même dans ce milieu des médias.
Cependant, en tant qu’expert des débats sportifs, je remarque que son approche lorsque il aborde les questions politiques et sociales ne peut pas suivre le même cheminement. Le monde du sport se distingue des enjeux sociopolitiques. Bien qu’il puisse y avoir des croisements occasionnels, ces moments ne constituent pas la majorité des échanges quotidiens qui animent les émissions sportives.
Élargir son champ d’action
Avec Straight Shooter Media, Smith endosse le rôle d’un pundit sans concession, dont le principe fondamental est d’être lui-même sur l’ensemble des questions politiques. D’après ce que je vois, il cherche à dialoguer avec toute personnalité notable disposée à échanger avec lui. Toutefois, à mes yeux, cette approche présente encore des défauts. Les retombées sociétales des opinions liées au sport restent généralement circonscrites au domaine du sport. Mais lorsqu’on s’attaque à la politique, surtout dans le climat volatile actuel, il faut être conscient que les lignes se dessinent d’une manière nette.
Ainsi, l’attitude contrarienne souvent employée dans les débats sportifs peut vite devenir dangereuse lorsque l’on transpose cette méthode dans le monde politique. Pour ma part, Smith, fort de sa connaissance encyclopédique du média télévisuel, croit pouvoir réussir en adoptant cette voie. Dans l’objectif, semble-t-il, de rester actif dans l’actualité politique, il a gagné la sympathie de certaines figures de droite en vantant certains aspects positifs qu’il attribue à ce que notre président en exercice a accompli. Il s’est également opposé avec vigueur à la manière dont l’ancienne vice-présidente Kamala Harris choisit de promouvoir son livre.
Le tact demeure à la mode
Le ton qu’il emploie en évoquant la première femme noire à occuper le poste de vice-présidente est, sans doute, empreint d’arrogance. Sa déclaration selon laquelle ses interventions seraient « trop peu, trop tard » manque clairement de nuance. Harris a précédé bon nombre de ses décisions en expliquant les scénarios auxquels elle était confrontée et qui ont nécessité ces choix. Ne pas éclairer ce contexte serait irresponsable. C’est un microcosme de pourquoi, selon moi, une attitude contrarienne dans le débat politique peut être nuisible.
Le problème est d’autant plus aigu que Smith est, que cela plaise ou non, une figure noire américaine. Plusieurs personnes prendront ses opinions au sérieux et cela peut influencer leur manière de voter. Il peut façonner des opinions et les auditeurs risquent fort de ne pas mener leurs propres recherches pour forger leur point de vue. Quand on dispose d’une plateforme d’une telle envergure, la responsabilité va de pair avec le pouvoir. Et puisqu’on ne peut réduire l’ »ensemble des Noirs » à un seul bloc, il faut néanmoins reconnaître les itinéraires logiques à suivre pour faire progresser notre communauté. Qui dans le spectre politique soutiendra cet élan ? Qui est prêt à accomplir ce travail ardu ?
À titre personnel, j’aurais tendance à penser que Smith n’est pas la solution. Il est toutefois difficile de lui en vouloir; la tâche est complexe. Des rumeurs évoquent qu’il toucherait près de 40 millions de dollars annuels. Avec des accords aussi lucratifs, il est compréhensible qu’il adopte une posture mesurée. Dans ses propres mots, compte tenu de l’attaque actuelle contre la liberté d’expression par l’administration en place, il propose de “s’ajuster” en conséquence. Ce type de propos n’encourage pas vraiment notre peuple à porter haut une cause.
Les attaques contre la liberté d’expression que nous constatons ne relèvent pas de l’exagération. Elles ne sont même pas voilées. Elles se produisent devant nous, nous mettant au défi d’agir. Comment les ignorer ? Il incombe à notre propre communauté de nous insuffler l’énergie nécessaire pour nous mobiliser et repousser l’offensive. Si vous choisissez d’assumer un rôle plus visible en tant que commentateur politique noir, c’est là une responsabilité qu’il faut assumer. Bien sûr, tout cela suppose que vous ne cherchez pas à être le problème.
Ceci constitue un moment déterminant pour l’héritage
On a trop longtemps cru que l’opulence nous rendait inertes, qu’elle atténuait notre radicalité. Avec la richesse et le statut, on finit par baiser la main, si l’on peut condenser l’image, et se satisfaire d’avoir atteint un palier. Cependant, il ne faut pas se laisser entraîner dans cette illusion. Il faut que nos figures marquantes soient prêtes à prendre position et pas uniquement lorsque cela touche leur foyer — rester assis sur la clôture ne peut durer indéfiniment. Comme on le dit, « On peut tromper tout le monde un certain temps ». Si tel est l’angle général qu’adopte Smith dans ses commentaires politiques, alors on est en droit de se demander s’il peut être digne de relever le moment et de dire la vérité face au pouvoir lorsque cela s’impose. Pour l’instant, il agit exactement comme ceux qui voudraient qu’il agisse ainsi.
C’est un moment emblématique de notre époque. Je ne viendrais pas dire à un athlète ou à un commentateur de se limiter au seul sport. Nous vivons dans un monde réel où le sport n’est qu’une fraction de la vie publique. Vous pouvez vouloir exercer une influence plus positive sur votre communauté. Toutefois, vous ne pouvez pas négliger l’ampleur de votre portée et la façon dont ceux qui n’ont pas les mêmes intérêts au cœur peuvent instrumentaliser ce que vous dites. Plus que jamais, ne vous contentez pas d’être un simple tireur droit, mais touchez la cible qui compte et faites en sorte que votre message porte.





