Culture

N’Kiyla Jasmine Thomas remporte le second tour de la primaire démocrate du Sénat de l’Oklahoma.

Une nouvelle candidate s’inspirant du socialisme démocratique s’est imposée lors d’une primaire démocrate, et ce dans l’Oklahoma, autrefois considéré comme profondément conservateur. Cette fois-ci, la jeune candidate progressiste victorieuse aspire à puiser dans ses trajectoires personnelles et ses expériences vécues pour affronter une campagne difficile dans le but de renverser un siège du Sénat détenu par les Républicains.

Une socialiste démocrate remporte la primaire démocrate dans l’Oklahoma largement républicain

Selon NBC News, la nouvelle venue démocrate N’Kiyla Jasmine Thomas a pris le dessus sur Jim Priest lors d’un duel en runoff dans la primaire pour le siège ouvert du Sénat américain au niveau de l’État de l’Oklahoma. Thomas, infirmière qui se lance pour la première fois en politique, a battu Priest — avocat et pasteur — après que tous deux eurent atteint le runoff issu du vote primaire de juin. Elle remporte l’épreuve malgré des dépenses bien inférieures à celles de son adversaire : environ 57 000 dollars contre 315 000 dollars, d’après les dépôts à la Federal Election Commission effectués par les deux candidats. Au début du mois d’août, ses fonds disponibles dans le cadre de la campagne apparaissaient à moins de 500 dollars. Elle se prépare désormais à affronter l’élu républicain Kevin Hern lors du scrutin de novembre pour pourvoir le siège sénatorial, vacant après le départ de Markwayne Mullin vers le poste de Secrétaire à la Sécurité intérieure sous l’administration Trump, poste qui, selon les dires, avait été attribué après le limogeage de Kristi Noem. Le coût de la campagne générale pour Hern s’élève à environ 2,6 millions de dollars, et les analystes donnent une nette avance au candidat républicain dans l’État où Trump avait obtenu un avantage de 34 points lors de l’élection présidentielle de 2024.

Malgré des probabilités apparemment contre elles, Thomas espère que sa ligne progressiste saura séduire les électeurs d’Oklahoma. Elle s’est décrite comme « socialiste démocrate autoproclamée », tout en précisant qu’elle n’est pas encore membre des Democratic Socialists of America (DSA). Bien qu’elle soit critique envers le capitalisme et favorable à de nombreuses mesures progressistes, Thomas se démarque toutefois du programme de la DSA sur certains dossiers; par exemple, mariée à un militaire, elle n’est pas favorable au démantèlement du Département de la Défense. Professionnel de la santé, Thomas milite pour Medicare for All et soutient d’autres mesures plébiscitées par les progressistes, comme des services de garde universels et un congé parental. Elle prône également l’abolition de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement). Par ailleurs, elle a publiquement déclaré son intention de s’opposer au président Trump et, si elle était élue au Sénat, de tout mettre en œuvre dans les 100 premiers jours pour pousser à l’ouverture d’une procédure de destitution et à la destitution puis à la condamnation du président Trump.

Thomas s’appuie sur la vague socialiste et sur un parcours diversifié dans la course au Sénat de l’Oklahoma

Bien que Thomas ne fasse pas officiellement partie de la DSA, sa victoire représente un nouveau gain des socialistes et d’autres progressistes face à des candidats plus centrés dans les primaires démocrates. Avec ce succès, elle se retrouve dans une configuration similaire à celle d’Angie Nixon, autre candidate progressiste qui a récemment surpris en Floride en remportant la primaire démocrate pour le Sénat face à un opposant soutenu par le groupe d’influence démocrate, et à Abdul El-Sayed, progressiste vainqueur de la nomination démocrate au Sénat dans le Michigan. Thomas rejoint aussi les rangs des candidats socialistes et progressistes qui ont gagné des primaires démocrates en fauteuils à la Chambre cette année, dans des États comme New York, le Michigan et le Colorado. Son élection étend davantage la poussée socialiste au sein du Parti démocrate jusque dans une région où l’électorat est fortement conservateur.

Au-delà de son message politique, Thomas apporte une perspective personnelle distinctive qui peut toucher un électorat large. Sur son site de campagne, elle se décrit comme noire, blanche et autochtone, et affirme être membre de la nation Chickasaw. Elle s’engage à soutenir la souveraineté tribale et à collaborer avec les dirigeants des communautés autochtones pour protéger les terres tribales, les droits et le patrimoine culturel. Professionnelle de la santé et mère de deux enfants, dont l’un est diagnostiqué autiste, son programme met un accent particulier sur l’accès élargi et abordable à des soins de qualité, ainsi que sur l’éducation spécialisée. Elle rappelle également que sa mère est une femme LGBTQ+, ce qui l’a poussée à devenir une défenseure des droits LGBTQIA+ au fil des années.

Le passé et les propositions politiques de Thomas font d’elle une candidate particulièrement marquante pour l’Oklahoma, un État où les Démocrates ont rarement l’opportunité de gagner, mais où une victoire potentielle en novembre serait accueillie avec enthousiasme. Dans un contexte national marqué par un fort mécontentement envers les Républicains et un élan croissant en faveur d’un agenda socialiste, Thomas dispose d’une ouverture stratégique pour pénétrer un bastion républicain et insuffler une dynamique nouvelle dans la politique locale.

Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.