Éradiquer le Département de l’Éducation a longtemps été un objectif de l’extrême droite, et l’administration Trump n’a cessé d’œuvrer dans ce sens depuis son arrivée au pouvoir. Aujourd’hui, elle s’approche encore davantage de déposséder le DoE de son autorité en déléguant deux volets majeurs de la régulation éducative à d’autres organes.
Des experts dénoncent le transfert de l’éducation spécialisée et du contrôle des droits civiques hors du DoE
L’administration Trump a annoncé mardi le transfert de deux responsabilités clés du Département de l’Éducation vers des agences distinctes. Dans le cadre de cette réorganisation, le Bureau de l’Éducation Spéciale et des Services de Réadaptation (OSERS) relèvera désormais du Département de la Santé et des Services Sociaux (HHS). Cette mutation confère au HHS le pouvoir de réguler l’éducation des élèves en situation de handicap, y compris l’administration de l’IDEA (Individuals with Disabilities Education Act), loi vieille de cinquante ans qui a essentiellement instauré l’éducation spécialisée et garantit l’égalité d’accès à l’instruction pour les étudiants handicapés.
La réorganisation prévoit également de déplacer le Bureau des Droits Civils (OCR) du DoE vers le Département de la Justice (DOJ).
La secrétaire à l’Éducation, Linda McMahon, a défendu ce remaniement dans un communiqué écrit, déclarant : « L’administration Trump a été claire : lorsque nous réduisons le micromanagement fédéral qui freine le succès, nous renforçons aussi l’efficacité de la supervision fédérale lorsque cela est nécessaire. »
Mais, comme l’a rapporté NPR, les critiques estiment que ces dispositions n’ont guère de sens au regard des objectifs des programmes d’éducation spécialisée et des droits civiques, et ils avertissent que les réaffectations pourraient rendre ces programmes moins efficaces et moins performants.
Un ancien employé de l’OSERS, qui est également père d’une personne adulte handicapée, a confié à NPR que « ce déplacement séparerait la supervision de la mise en œuvre de l’IDE et détruirait les protections des droits civils en place depuis plus de 50 ans ».
Denise Forte, présidente-directrice générale de l’organisme de réflexion EdTrust, a qualifié la réorganisation de « une autre tentative vindicative de saper l’éducation publique ».
Catherine Lhamon, qui a dirigé l’OCR sous les présidents Obama et Biden, a déclaré que déplacer l’office vers le DOJ était « une terrible idée », le DOJ n’ayant « aucun intérêt ni expertise dans le type de travaux réalisés par l’OCR ».
L’agenda de droite derrière les efforts visant à démanteler le Département de l’Éducation
Le Département de l’Éducation a été créé en 1979 sur l’initiative du président Jimmy Carter. Depuis lors, les conservateurs ont longtemps dénoncé ce département, soutenant qu’il confère au gouvernement fédéral un pouvoir et une supervision excessifs sur l’éducation, au détriment des compétences des États.
Éradiquer le Département de l’Éducation figure parmi les objectifs majeurs du Project 2025, le plan de droite élaboré par la Heritage Foundation pour le second mandat de Trump.
Depuis son retour à la Maison-Blanche en 2025, Trump et McMahon, amie et alliée du président, ont accéléré le démantèlement du DoE, procédant à des licenciements massifs et transférant plusieurs bureaux vers d’autres ministères.
L’administration a déjà licencié presque tout le personnel de l’OSERS. Ce démantèlement progressif du DoE s’inscrit dans le cadre plus large de la mise en œuvre d’une grande partie des propositions du Project 2025.
En plus d’asséner un coup sévère au DoE en lui retirant une grande partie de son pouvoir, le plan de réorganisation pourrait aussi exposer les programmes réaffectés à une influence politique de droite.
Le DOJ a été dominé par des alliés de Trump et utilisé pour cibler les opposants politiques, et l’application des droits civils sous DOJ est passée d’une protection des minorités à la promotion de l’agenda de l’administration qui présente les Blancs comme les principales victimes de discriminations.
Le Département de la Santé et des Services Sociaux, quant à lui, a été remodelé par le secrétaire Robert F. Kennedy Jr. afin de faire avancer un programme que les critiques estiment défaillant face à la science médicale et nuisible pour la santé publique.
Les opinions de Kennedy sur l’autisme, en particulier, ont été dénoncées par de nombreux experts comme infondées et dangereuses.
Malgré ces graves mises en garde émanant d’experts et de défenseurs, le Département de l’Éducation ne restera plus le responsable principal de la supervision de l’éducation spécialisée ni de l’application des droits civiques des étudiants. Le retrait de ces prérogatives rapproche le DoE de son démantèlement total, tel que souhaité de longue date par Trump et d’autres conservateurs.





