Culture

La Cour suprême : le droit de vote pourrait réduire d’un tiers les sièges du caucus noir du Congrès.

Un tiers des membres du Congressional Black Caucus pourrait disparaître si les États dirigés par les Républicains redessinent avec vigueur les circonscriptions élisant majoritairement des Noirs, à la suite de la récente décision de la Cour suprême sur les droits de vote, selon un rapport sans appel publié par Mother Jones.

Cette inquiétude tient à l’arrêt rendu par la Cour à 6-3 dans l’affaire Louisiana v. Callais, qui a annulé la cartographie d’une circonscription du Congrès de Louisiane où les Noirs expliquaient la majorité et qui a limité l’usage de la Section 2 du Voting Rights Act pour contester des dessins de cartes fondés sur la race. Les défenseurs des droits de vote craignent que cette décision ouvre la voie à des États du Sud pour démanteler des districts ayant permis une représentation noire accrue au sein du Congrès.

Créé en 1971 par 13 membres noirs du Congrès, le Caucus Noir du Congrès a été conçu pour amplifier la représentation politique des Noirs et défendre des politiques axées sur l’équité raciale, les droits de vote et la justice économique. Au cours des cinq dernières décennies, ce caucus a gagné en influence et est devenu l’un des blocs les plus déterminants au sein du Congrès, avec plus de soixante membres — tous démocrates — répartis entre la Chambre et le Sénat.

Les effets de la décision se font rapidement sentir en Louisiane

Les répercussions se manifestent déjà clairement sur le terrain en Louisiane. Une audience destinée au redécoupage des circonscriptions, tenue la semaine dernière, a dégénéré en tumulte lorsque des élus républicains ont présenté des propositions susceptibles d’abolir une ou les deux circonscriptions du Congrès où les Noirs forment la majorité. Des manifestants et des défenseurs des droits civiques ont rempli la salle, pendant que les responsables envisageaient des cartes susceptibles de conférer aux Républicains le contrôle de cinq des six sièges fédéraux de l’État, selon Reuters.

Le gouverneur républicain Jeff Landry a aussi mis en pause les primaires parlementaires de l’État après la décision de la Cour, ouvrant ainsi la possibilité pour les législateurs de redessiner la carte des circonscriptions en plein milieu du cycle électoral. Plus tôt dans la semaine, la Cour suprême avait refusé d’examiner la demande des électeurs noirs visant à revenir sur son ordonnance et à empêcher Louisiane de poursuivre le redécoupage.

Lors d’un entretien avec l’émission 60 Minutes de CBS, Landry a défendu cette poussée de redistricting et soutenu que Louisiane devrait être « libérée » de décennies de litiges liés aux droits de vote. Il a en outre déclaré ne pas estimer nécessaire que l’État trace des circonscriptions garantissant une représentation minoritaire.

Les militants anticipent un impact à l’échelle nationale

Pagesafrik.info avait précédemment signalé que les militants craignaient que cette décision puisse remodeler la représentation politique noire à l’échelle nationale.

Des associations de défense des droits de vote et des élus, tels que le démocrate Ro Khanna (Californie), estiment que les mesures prises pourraient servir de modèle pour d’autres législatures dirigées par les Républicains qui cherchent à démanteler des districts majoritairement noirs dans le Sud, notamment en Caroline du Sud.

« Une Caroline du Sud sans aucun représentant noir serait un retour à l’époque Jim Crow », a écrit cette semaine le représentant Ro Khanna, soutenant que la décision de la Cour pourrait effacer des décennies de progrès réalisés durant le mouvement des droits civiques.

Aminata Joly

Aminata Joly

Journaliste française, née au Congo, je m’intéresse aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui traversent les communautés noires, en France et ailleurs. À travers mes articles, je cherche à questionner les récits dominants et à mettre en lumière des voix souvent marginalisées. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, documentée et résolument antiraciste.