Le président Trump s’immisce dans la course cruciale pour le Sénat en Caroline du Nord et remet sur le devant de la scène une publicité raciste autrefois emblématique pour rallier ses partisans. Dans un contexte où les démocrates cherchent à reprendre le contrôle du Congrès, Trump exploite une pancarte raciale vieille de plusieurs décennies à cette fin.
Trump évoque Willie Horton dans une attaque contre Roy Cooper
Lors d’un rassemblement républicain mercredi soir à Gastonia, en soutien à Michael Whatley pour le siège vacant du Sénat de l’État, Trump a saisi l’occasion pour viser Roy Cooper, l’ancien gouverneur populaire et candidat démocrate. En s’en prenant à Cooper, il a remis au goût du jour une publicité des années 80 qui associe Cooper à des thématiques criminelles et à des failles perçues du système judiciaire. Il a ensuite comparé Cooper à Dukakis et évoqué le récit autour d’un prisonnier nommé Willie Horton. Selon Trump, et selon la version qu’il présente, Horton aurait été libéré et aurait commis des actes criminels graves peu après sa libération. Il a ajouté que l’issue de l’élection avait été influencée à l’époque par cette annonce, et a affirmé que cet exemple justifiait la nécessité de soutenir Michael Whatley pour contrer Cooper.
L’annonce Willie Horton: un élément d’une stratégie raciste du Sud destinée à effrayer et influencer les électeurs blancs
Les propos de Trump s’appuient sur une publicité financée par un comité de soutien à la candidature présidentielle de George H.W. Bush face à Dukakis en 1988. Le spot opposait la position de Bush en faveur de la peine de mort à celle de Dukakis, décrit comme opposé à l’application stricte de la peine capitale et comme laxiste sur la criminalité. Le récit mettait en avant Willie Horton comme démonstration extrême d’un système pénal défaillant. Cette publicité est largement créditée d’avoir joué un rôle déterminant dans la victoire de Bush sur Dukakis. Elle est aussi perçue comme un signal raciste, associant l’image d’un homme noir à la criminalité et servant à influencer l’électorat blanc. Cette approche, souvent qualifiée de « stratégie du Sud », a été marquée dans les campagnes de Ronald Reagan puis de Bush.
Les publicités trompeuses s’accentuent alors que Cooper mène dans une élection importante pour le Sénat
Les tentatives d’associer Cooper à Horton s’inscrivent dans un effort plus large du Parti républicain visant à relier le candidat démocrate à des faits criminels violents. Lors du rassemblement, Trump a également évoqué d’autres affaires récentes, notamment le meurtre d’une réfugiée ukrainienne en 2025 et l’attaque apparemment isolée sur un passager de train à Charlotte attribuée à un homme noir souffrant de schizophrénie. Des reportages ont aussi montré qu’un groupe de financement conservateur aurait exploité les expériences personnelles d’un Américain noir pour insinu er que Cooper avait fait libérer le meurtrier de son fils pendant la pandémie de COVID-19—bien que ces allégations ne reposent pas sur des faits démontrés. Ni l’individu en question ni le meurtrier ne semblent avoir été libérés par Cooper pendant son mandat. Ces attaques diffamatoires se produisent alors que Cooper conserve une avance marquée dans cette course pour remplacer le sénateur sortant Thom Tillis, et que l’élection en Caroline du Nord est perçue comme déterminante pour le contrôle du Sénat, même si les démocrates pourraient reprendre la Chambre des représentants.
Étant donné la popularité actuelle de Cooper dans l’État et son avance croissante à l’approche du jour du vote, il demeure incertain que la « stratégie du Sud » produise les mêmes résultats que dans le passé. Toutefois, le recours à ces tactiques de division raciale, remis au goût du jour par Trump, démontre l’enjeu considérable de l’élection de novembre et jusqu’où certains acteurs politiques sont prêts à aller pour influencer les électeurs.





