RDC/Rwanda. Denis Mukwege et Paul Kagame : qui ment? qui dit la verité?

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Le Docteur Denis Mukwege et le Président Paul Kagame

POLEMIQUE. Je viens d’auditionner à trois reprises la conférence de presse accordée par Paul Kagame à France 24 et je suis resté plus attentif aux questions touchant à la situation sécuritaire en RD Congo.

A la question lui posée sur sa réaction aux déclarations du docteur Denis Mukwege qui lors de son dernier passage à Paris demandait que justice soit faite pour les crimes commis sur les populations de l’Est du Congo par les soldats des pays voisins, Kagame est sorti de ses gongs pour dire tout le mal qu’il pensait du Prix Nobel de la Paix congolais.

Sa stratégie de communication s’est faite en deux étapes : Nier l’existence même de tueries et des viols dans l’Est du Congo tout en discréditant publiquement la personnalité du médecin qui répare les victimes de ce carnage ignoble.

Quand Kagame affirme : « Il n’y a pas de crime en RDC », le journaliste de France 24, qui en sait un peu plus sur la question rétorque en précisant le lieu du crime : « Monsieur le président, il n’y a pas de crimes à l’Est de la RDC ??? ». Kagame le regarde droit dans les yeux et donne cette réponse qui révolte présentement les congolais : « Absolument pas ! Il n’y a pas de crimes à l’Est de la RDC ! ». Ceci dit, Paul Kagame entre dans le négationnisme concernant les tueries en masse qui se déroulent en RDC depuis l’entrée en 1997 de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) sous les costumes de l’Afdl. La comptabilité macabre se chiffre à 8 millions des morts et lui nie tout devant les caméras de télévision. Et même le Rapport Mapping élaboré par des experts indépendants de l’ONU et répertoriant plus de 600 crimes de guerre et crimes contre l’humanité s’avère, aux yeux de Kagame, comme un torchon « extrêmement controversé » (controversé sans dire en quoi). Pour lui « ce rapport est hautement contesté par des gens en RDC et dans des pays voisins. »

Cette négation des faits qui est son premier point d’attaque s’accompagne d’une autre tactique consistant à détruire l’aura internationale de Mukwege. Aux yeux du dictateur rwandais, « le docteur Mukwege a été politisé. Il est devenu le symbole, un outil des forces obscures qu’on n’aperçoit pas. Il a reçu le Prix Nobel et on lui dit quoi dire ». Comme quoi, les déclarations de Mukwege sur les tueries de l’Est sont du pur mensonge. Et pire, elles ne viennent pas de lui ni de la réalité vécue à l’Est du Congo mais bien plutôt elles seraient une rhétorique imposée par les puissants qui se cachent derrière ce médecin congolais et qui tiennent à avaliser la théorie d’un double génocide : le génocide congolais à côté de celui rwandais. Et ceci est inacceptable à ses yeux.

Qui croire alors entre Mukwege et Kagame ? Qui dit la vérité et qui ment ?

Seules les preuves sur le terrain peuvent crédibiliser ou décrédibiliser l’un ou l’autre. Sur le terrain à l’Est congolais, fort malheureusement, la réalité est bien plus cruelle qu’on ne le pense. Des millions de morts, des dizaines de milliers de bébés achevés avec les manches des houes ou des bailonnettes des fusils et des centaines de milliers des femmes violées, dont des milliers de survivants atterrissent à l’’hopital de Panzi où le dévouement surhumain de Mukwege est le seul recours qui leur reste face à l’abandon total de la part du pouvoir central de Kinshasa. C’est à ce seul endroit que les rescapés se sentent pris en charge par un congolais prêt à les « réparer » pour pouvoir reprendre vie. Avons-nous encore besoin d’autres preuves ?

Une preuve supplémentaire de ces massacres, c’est Kagame lui-même qui la donne. Au cours de son interview, Paul Kagame a encouragé l’état de siège décrété le 6 mai par le gouvernement congolais. Astucieux qu’il est, pourtant là il s’est contredit lui-même car en encourageant l’initiative de l’état de siège auquel il a associé ses forces armées, sans le savoir peut-être il a reconnu par ce fait même et subrepticement l’existence des zones de tueries et des crimes à l’Est du Congo. Son propre argumentaire contient des gènes de contradiction interne et trahit son habituelle stratégie de ruse et de mensonge.

Pour ma part, je retiens deux vérités très importantes de l’interview de Kagame à Paris.

Primo que le docteur Mukwege est en danger de mort. Cet homme dérange. Il connaît trop de vérités sur le déroulement des tueries en masse et la véritable identité de leurs auteurs à l’Est du Congo. Il est devenu par le fait même un témoin gênant contre les négationnistes du genocide congolais. Et dans le mode opératoire du FPR, avant d’abattre un adversaire, on lui fait précéder d’une campagne de dénigrement et de diabolisation. On l’accuse de tous les maux imaginaires, telle cette prétendue instrumentalisation par les puissances obscures. Au final, son assassinat serait donc la suite logique et l’unique solution pour le mettre hors d’état de nuire.

Secundo, que ce négationnisme de Kagame sur le génocide congolais n’est pas tout à fait nouveau. Lui et ses bonzes l’ont adopté depuis des décennies. La seule nouveauté, c’est d’apprendre de la bouche même de Kagame que, parmi les congolaises et les congolais, il y en a qui contestent le Rapport Mapping jusqu’à nier l’existence des victimes à l’Est du Congo.

Ceci est une nouveauté ahurissante pour le peuple congolais et notre prochain effort doit consister à analyser les faits et gestes de nos dirigeants, à scruter leur réaction (vigoureuse ou complaisante ?) vis-à-vis des pays voisins qui crachent sur la mémoire des millions des victimes congolaises. Un quelconque silence ou mutisme de leur part peuvent nous être très utiles pour savoir qui travaille pour le peuple congolais et qui roule pour son ennemi.

Qu’on le sache une fois pour toutes : la RDC est en pleine guerre et ses ennemis n’utilisent pas que les blindés pour anéantir son peuple. Ils font usage également de l’arme des mots et de la rhétorique pour falsifier la vérité de ce qui se déroule à l’Est congolais en vue d’imposer leur version de l’histoire. Ici la diplomatie ne doit pas se contenter des ambrassades « fraternelles » mais à réagir par un discours ferme et sans ambiguïté contre toute allégation qui touche à la dignité du Congo et des congolais.

Par Germain Nzinga

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