RDC : Quand on dit « Oyo tour na biso »…

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TRIBUNE. Depuis la chute du maréchal Mobutu, on est fort étonné de l’usage très courant de cette formule « oyo tour na biso » à chaque fois qu’est nommé un ministre dans le gouvernement, un mandataire de l’état dans une entreprise publique ou encore un président à la magistrature suprême. Et bien curieusement, cette parole sort de la bouche de ceux-là mêmes qui ont combattu avec acharnement le régime Mobutu.

La formule “sikoyo tour na biso” cuisinée à la sauce congolaise peut donner lieu à beaucoup d’acceptions.

1. Personne n’y comprendra rien s’il ne fournit pas l’effort de voir dans “BISO” une collectivité d’hommes et des femmes se définissant selon leur appartenance tribale au niveau national ou ethnique dans la même province. Le Biso se reconstitue en un groupe sélectif qui exclut d’office toute personne qui ne partage pas ses origines géographiques.

Au diable vauvert l’intérêt national ! Les nominations dans le cabinet présidentiel ou ministériel, les nominations au sein des institutions de l’état ou dans les entreprises publiques, les analyses de dossiers sensibles des affaires de l’état, le fonctionnement des agences de sécurité nationale, tout obéit à cette logique souterraine et se laisse maquillé par ce tribalisme réducteur et caractérisé par le refus de différences et par la triste culture de la pensée unique.

Le “BISO” comme nouvelle idéologie sociale ne concerne plus la collectivité nationale, loin s’en faut! Il se réduit plutôt à un tout petit groupe. Ce qui engendre une gestion partisane de l’espace commun avec son lot des frustrations et de désespoir, devenant au fil du temps une gangrène très profonde capable d’endommager le tissu de l’ensemble du Congo.

2. Ceux “ parvenus” à l’ère où ils se croient en droit de piller le trésor public parce qu’est arrivé enfin leur tour, sont pourtant loin de comprendre que ce faisant, ils étalent par là leur grande ignorance du sens véritable des affaires de l’état et des règles objectives requises pour la gestion du Bien commun national. La gouvernance se transforme en des réseaux maffieux, loin, très loin de la légitimité d’organisation et des mérites telle que décrite par Alain Cotta dans son célèbre ouvrage “L’exercice du pouvoir “. Ce qui de toute évidence crée un mal-être parmi les congolais, une espèce de grand malaise généralisé mettant à rude épreuve l’unité nationale.

3. À la lumière de cette triste idéologie, l’Etat congolais est moins considéré comme un projet de société à construire que comme cette caisse de deniers où il faut aller puiser le plus possible pour s’acheter des villas et voitures de luxe, enrichir son proche entourage, acheter les consciences des décideurs sociaux, loger les plus de devises dans des banques étrangères en vue préparer le prochain scrutin ou simplement pour s’assurer ses arrières.

Pour tout dire, dans un tel contexte nauséabond d’un vivre-ensemble fragmenté, personne mais alors personne ne travaille plus à l’édification du grand Congo. Tous ceux qui se disent qu’est enfin arrivé leur tour mais que tout peut changer du jour au lendemain, volent et amassent le plus possible au grand dam de l’intérêt national.

Ce comportement de nos dirigeants a commencé avec Mzee Kabila, s’est renforcé avec Joseph Kabila qui a utilisé les ressortissants de sa « supposée » province d’origine pour mieux masquer son principal objectif d’infiltrations rwandaise des institutions du pays. En cédant le pouvoir de la manière que l’on sait à son successeur, ce système s’est encore bien consolidé. Les nombreuses révélations fracassantes de l’IGF de Jules Alingete mettent au grand jour les désastres de ce système prédateur d’un autre âge.

Et sincèrement, à l’étape actuelle, je ne vois point d’alternative à cette sous-culture du développement du sous-développement. La loi de décentralisation a été un fiasco car aucun quinquennat n’en a respecté les dispositions telles la retenue des 40% à la source et la gouvernance interne des entités « fortement » décentralisées. Le pouvoir central a pris depuis, la triste habitude de s’ingérer à tout bout du champ dans la marche intérieure des provinces pour imposer son jeu politique et s’y faire ses lieutenants à telle enseigne que le maintien en poste de chaque gouverneur de province dépend de sa loyauté inconditionnelle à la personne du chef de l’état.

Encore moins de visibilité avec l’union sacrée nationale de par ses promesses pompeuses non tenues de restauration de l’état de droit ou avec le prochain scrutin présidentiel dont les manœuvres de fraude ont déjà commencé avec un projet de loi voté à la va-vite au parlement, rien ne prélude à un avenir de rééquilibrage de forces politiques du pays pour pouvoir résorber cette crise. Tous les indicateurs montrent que la RDC s’enfonce chaque jour davantage dans une crise systémique.

Cette formule “ oyo tour na biso” traduit la faillite de l’idéologie « nationaliste » de Patrice-Emery Lumumba et convoque l’élite congolaise à repenser un tout nouveau mode de diriger ce vaste pays avant que ce ne soit trop tard. Inutile de nous voiler la face. Disons-nous la vérité en face et affrontons la dure vérité car depuis deux décennies, on n’avance plus mais on recule. Il y a urgence de changer le paradigme de gestion politique de la RD Congo. Il y a vraiment urgence.

Par Germain Nzinga

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