RDC : Dans les coulisses de la grève des enseignants

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Le Ministre Tony Mwaba Kazadi

ACTE I : le lundi 27 septembre 2021

Le lundi 27 septembre s’étaient ouverts à Kinshasa les travaux de la commission paritaire entre le gouvernement et le banc syndical dans le cadre des préparatifs de la prochaine rentrée scolaire. Le gouvernement congolais était représenté dans ces assises par le ministère de la fonction publique, du budget, de l’EPST et des finances. En face, il y avait les experts, les partenaires techniques de l’EPST et les syndicalistes qui participent à ces travaux.

D’entrée de jeu, Godefroid Matondo, le porte-parole de l‘intersyndicale de l’EPST présente les revendications de ses administrés : “Vous avez donc le devoir d’Etat de respecter et de faire respecter les engagements que vous avez pris avec l’enseignant congolais conformément au protocole d’accord de Bibwa. A ce jour, l’enseignant congolais ne jure que sur l’application de l’accord de Bibwa en général et particulièrement sur le paiement des deuxième et troisième paliers, la prise en charge des enseignants nouvelle unité, la suppression des zones salariales et l’octroi des primes de brousse, son engagement à payer l’équivalent en francs congolais des 150$ au huissier, la construction des nouvelles salles des classes et nouveau bâtiment dans le cadre de l’effectivité de la gratuité de l’enseignement primaire. Que le gouvernement prenne des dispositions pour vider tous les litiges avant la clôture de ces travaux “.

ACTE II : 30 septembre 2021

La première étape des négociations s’est clôturée jeudi 30 septembre à Kinshasa. Beaucoup de points de désaccords non résolus en défaveur des enseignants qui plaident toujours pour l’amélioration de leurs conditions socio-professionnelles.

Il faut reconnaître qu’il y a eu quelques avancées. Le gouvernement s’est engagé à intégrer dans le budget de l’année prochaine la mise à la retraite progressive des enseignants et du personnel administratif. Il a également promis de procéder à la paie des indemnités de fin de carrière de 1 342 enseignants retraités depuis 1984.

Il a aussi montré sa bonne volonté en faisant une hausse des salaires des 20 000 francs congolais (10 dollars) aux salaires des enseignants et 10 dollars supplémentaires comme prime dite « de brousse », exclusivement pour les enseignants qui exercent en milieux ruraux.

Ces ajouts permettront de faire passer le salaire moyen de l’enseignant à environ 185 dollars par mois.

ACTE III : lundi 4 octobre 2021.

On l’aura compris, les assises entre l’intersyndicale de l’EPST et les émissaires du gouvernement n’ont pas réussi à vider tout le différend qui l’oppose. Le gouvernement n’a pas honoré ses engagements pris dans le Protocole de l’Accord de Bibwa. Ses propositions de sortie de crise sont jugées comme mitigées et prises pour des demi-solutions qui ne résorbent pas la précarité de l’enseignant congolais.

Les syndicats des enseignants attendent toujours l’application du deuxième palier de l’augmentation progressive des salaires comme entendu avec le gouvernement il y a deux ans. Ils ont le net sentiment de ne pas être pris en considération par leur employeur. Ceci sera l’un des sujets chauds qui déclenchera la grève qui dure depuis la rentrée scolaire très timide du 4 octobre.

ACTE IV : LE FATWA DE TONY MWABA

La rentrée scolaire du 4 octobre n’a pas pu avoir lieu dans beaucoup d’écoles de la République pour des raisons évoquées plus haut.

Le mercredi 6 octobre 2021, le Ministre de l’EPST monte au créneau et promet des sanctions lourdes à cette grève jugée “illégale et infondée “. À cet effet, le Ministre prend un train de mesures teintées d’autoritarisme :

– il prend la décision de suspendre la commission paritaire gouvernement-banc syndical.

– Il annonce le contrôle de présence au lieu du travail et la désactivation des salaires, avec effet immédiat.

– Pendant que l’intersyndicale des enseignants est censée représenter les syndicats de toutes les écoles publiques et conventionnées et que la grève se fait également dans ces différentes écoles publiques, le Ministre de l’EPST est passé à la vitesse supérieure en lançant menace et intimidation en ciblant de façon particulière les écoles catholiques.

– Parmi les sanctions, les ministres de l’EPST évoque “la possibilité pour l’état congolais de récupérer la gestion directe des écoles publiques gérées par les catholiques “. Dans son intransigeance, il a tenu à rappeler que “l’éducation c’est le monopole de l’Etat”.

L’opinion publique a du mal à comprendre la démarche du Ministre Tony Mwaba et son acharnement ciblé vis-à-vis des écoles catholiques d’autant plus que l’intersyndicale qui a siégé à la commission paritaire du 27 septembre était la composante des syndicats des TOUS les enseignants congolais et que la grève déclenchée suite à l’échec de pourparlers avec le gouvernement se fait et dans les écoles catholiques et dans les écoles publiques.

Par Germain Nzinga

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