RDC/CENI : Un cafouillage qui était prévisible

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TRIBUNE. La rencontre des confessions religieuses de ce mardi à Mbudi s’est achevée en queue de poisson. L’ECC et l’église catholique se sont retirées des discussions tandis que les 6 autres confessions religieuses à savoir l’église kimbanguiste, églises de Réveil, orthodoxes, musulmans, églises indépendantes et armée du salut se sont retirées au siège de la CIME soit pour continuer les discussions soit pour peaufiner un communiqué final qui annoncera officiellement le nom de leur candidat élu.

Quelle que soit la solution que prendront les 6 confessions religieuses à CIME, il devient quasi impossible de respecter les prescrits des textes régissant la plate-forme de ces confessions religieuses et exigeant que « le PV de la désignation du président de la CENI soit établi et signé par le seul président de la plateforme des confessions religieuses ou par ledit président avec tous les chefs des confessions ». Toute autre solution en dehors de cette procédure produira un document final sans valeur légale et donc susceptible d’engager la RDC dans un avenir orageux.

Pourtant tout ce cafouillage était bien prévisible. Comme je l’écrivais le 13 juillet dernier, tant de facteurs et apories étaient en train de contribuer à ce désordre qui met à risque le prochain scrutin.

Aporie n* 1 : la loi crisogène de la réforme du bureau de la Ceni

Cette réforme de loi régissant le fonctionnement du nouveau bureau de la CENI était déjà mal partie parce que votée au forceps sans avoir cherché un consensus avec les différentes forces politiques et organisations de la société civile en présence. Le pouvoir a misé sur sa majorité au parlement pour imposer une loi portant sur une matière hyper sensible devant exiger les avis des uns et des autres.

Aporie n* 2 : La répartition déséquilibrée des forces politiques au sein du Bureau.

La réforme du bureau s’est faite selon une arithmétique électorale qui est porteuse de crise de par la politisation à outrance de postes de ce bureau chargé de travailler d’une manière indépendante et transparente. Tenez : selon la répartition imposée par la nouvelle loi :

– 4 membres pour l’Union sacrée nationale qui est en même temps le pouvoir organisateur des élections

– 2 membres de l’opposition que doivent se disputer le FCC et un Lamuka déjà hors course

– 1 seul poste que doivent se disputer les 8 confessions religieuses.

Aporie n* 3 : la part du lion des « anciens »alliés.

De ce texte de la réforme de la loi sur l’organisation et le fonctionnement du bureau de la CENI, l’on peut lire entre les lignes le déséquilibre de forces en présence. Le FCC qui se dit étrangement de l’opposition est en même temps fortement représentée dans l’union sacrée nationale. Ce qui donne en réalité 5 postes à l’USN au lieu de 4. Et le retrait de Lamuka de la course parce que refusant la légitimité de la loi votée à l’AN joue énormément en faveur des stratèges de la fraude en cours.

En termes clairs, dans ce jeu de duplication stratégique de la coalition au pouvoir et suite au retrait de Lamuka ( la vraie opposition), on aboutit à une situation incongrue : sur les 7 postes prévus par la loi de réforme du bureau de la Ceni, la coalition au pouvoir en rafle déjà 6 postes.

Aporie n* 4 : l’incurie scandaleuse des confessions religieuses.

Les confessions religieuses ont complètement ignoré le principe logique selon lequel les fausses prémisses conduisent nécessairement à la falsification des résultats. Elles ont accepté une loi qui visiblement portait les germes de la crise et se sont étrangement précipités à l’élection du président du bureau de la CENI sans vider au préalable le contentieux réel de cette loi.

Aux dernières nouvelles, chaque confession religieuse y est allée de son propre intérêt partisan sans une grande vision pour l’avenir du pays. Sans trop savoir sur base de quel critère elles ont chacune choisi leur candidat, il nous a été rapporté que plusieurs noms ont été avancés par les confessions religieuses. Il s’agit notamment de Cyrille Ebotoko pour les catholiques, Denis Kadima pour les Kimbaguistes, Madjaliwa Shabani pour les Musulmans, Roger Bimwala pour les Salutistes, Daniel Kawata pour l’Eglise du Christ au Congo et Bernard Lututala pour les Protestants.

Le déficit criant d’une vision commune sur l’intérêt général du pays et le choix opéré par chaque confession religieuse sans écouter la base qui a pourtant proposé des noms concrets des personnes très crédibles entame hélas! la crédibilité même de ceux qui prétendent parler au nom du peuple mais semblent en réalité s’inféoder derrière les visées politiques des uns et des autres.

L’incurie au sein de la société civile balaie le tout dernier petit espoir qui restait au peuple congolais en quête de reconquérir sa souveraineté et fort malheureusement elle sert énormément l’agenda politique des organisateurs du prochain scrutin qui tend à perpétuer les antivaleurs des scrutins de 2006, 2011 et 2018.

Si les soupçons pesant sur le candidat élu par les six confessions religieuses pour sa très grande proximité avec le pouvoir venaient à se confirmer, alors la coalition au pouvoir aura réussi un grand coup de maître en faisant occuper les 7 postes du bureau de la Ceni par 7 de ses propres lieutenants. Aux yeux du peuple congolais, cette boulimie des postes et ce cafouillage sciemment entretenu sont bel et bien des signes avant-coureurs d’une fraude électorale programmée en 2023.

Par Germain Nzinga

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