RD Congo. Les formules-choc de l’apostolat du cardinal Laurent Monsengwo

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TRIBUNE. Demain mercredi toute l’église accompagnera à sa dernière demeure son emblématique pasteur le cardinal Laurent Monsengwo.

Pour mieux s’imprégner de sa mémoire, l’on va essayer de parcourir les formules-choc qui résument sa mission prophétique sur les traces de son mentor et prédécesseur, le premier cardinal du Congo, l’archevêque Joseph-Albert Malula. Un résumé de ses paroles dénonçant la corruption de dirigeants, l’accaparement des richesses nationales et leur volonté de se maintenir coûte que coûte au pouvoir à une période clé de l’histoire où le peuple congolais ploie sous le poids d’une misère indicible et un chaos politique sans issue. Des messages qui égratignent tous ceux qui exercent une parcelle du pouvoir et visent à réveiller la conscience du peuple.

1. « Il ne faut pas évoluer d’irrégularités en irrégularités. »

L’alors archevêque de Kisangani récemment nommé président de la conférence nationale souveraine chargée de conduire le Zaïre post Mobutu à la démocratie est ahuri face aux coups bas et intrigues interminables des participants à ce grand forum de vérité où régnait la culture de fraude du MPR-Parti/État. Le président de la CNS tape du poing sur la table et lance cet avertissement : “on ne peut évoluer d’irrégularités en irrégularités.”

Le régime Mobutu va durcir le ton jusqu’à cette grâce décision de fermer les portes de la CNS. Le 16 février 1992, à l’appel des mouvements laïcs de l’Eglise catholique, des dizaines de milliers de personnes descendent dans la rue pour réclamer la réouverture des débats dans le cadre d’une « Conférence nationale souveraine ». Pris de panique, le gouvernement congolais fait intervenir les forces de sécurité. Elles ouvrent le feu sur les manifestants. Le bilan officiel fait état d’une vingtaine de morts, l’opposition – elle – évoque un bilan d’une centaine de victimes. Le maréchal cède. Aux yeux des Congolais, la première « marche des chrétiens » reste un tournant pour un régime qui n’en finira plus d’agoniser.

2. « Kinshasa lève-toi »

Nous sommes en décembre 2015. La tension est très vive à Kinshasa suite aux signaux que lance Joseph Kabila en fin de son deuxième mandat et qui veut s’accrocher au pouvoir contre vents et marées. La Cenco multiplie des actions pour menacer Joseph Kabila d’une nouvelle « marche des chrétiens ». Mais le cardinal Monsengwo, lui, va plus loin. Il mobilise son diocèse sous le slogan spirituel: “ Kinshasa, lève-toi et resplendis de la lumière du Christ ». Un chant en est tiré qui est souvent joué lors des messes où Laurent Monsengwo officie pour éveiller la conscience et la vigilance des chrétiens et des hommes de bonne volonté contre toute volonté de glisser.

De cette dynamique de la Cenco et du pasteur de Kinshasa naîtra un comité laïc de coordination a été mis sur pied dans l’archidiocèse de Kinshasa. A l’image des mouvements laïcs de 1992, cette association formée par des intellectuels proches de l’Eglise catholique cherche à travers des prières et des marches à arracher l’application de l’accord politique de la Saint-Sylvestre signé sous l’égide de l’Eglise catholique et notamment l’ouverture de l’espace politique au Congo, avant des élections promises pour la fin de l’année. Aux yeux du Cardinal, « La grandeur de l’homme ne se situe non dans les astuces politiques pour la conquête du pouvoir, mais dans la mesure où cette sagesse politique est mise au service du peuple ». C’est ce qu’il va déclarer dans son homélie à l’occasion de la fête de Noël 2017.

3. “Noël doit rimer avec la renaissance humaine et sociale.”

Au cours de la célébration de la Messe solennelle de Noël 2017, L’archevêque de Kinshasa en remet une couche en dénonçant « des deals, l’accaparement des richesses et le maintien au pouvoir par des méthodes anticonstitutionnelles ». « L’instrumentalisation de la liberté religieuse pour masquer des intérêts occultes, (…) peut provoquer et provoque des dommages aux sociétés, en l’occurrence la nôtre ».

Pour lui la naissance de l’enfant Jésus doit aller de pair avec la renaissance du Congo et du monde.

4. « Que les médiocres dégagent “.

Après la répression des marches du 31 décembre 2017, les paroissiens tués, les gaz lacrymogènes lancés dans les Eglises, le cardinal Monsengwo prend la parole lors de sa conférence de presse le 2 janvier 2017 et en appelle au renouvellement de la classe politique en lâchant cette formule choc qui fera mouche : “Il est temps que la vérité l’emporte sur le mensonge systémique, que les médiocres dégagent “.

La famille politique de Kabila proteste et Lambert Mende montera au créneau, accusant le cardinal d’être devenu le numéro un de l’opposition en tenant des propos injustes et injurieux. Ils oublient simplement que le cardinal ne faisait que dire ce que le peuple entier pensait tout bas. Il s’est seulement fait le porte-parole de sans-voix qui attendaient que leur calvaire finisse avec le départ définitif de ce régime scélérat. Dire haut cette vérité avait fait très mal au régime et a largement contribué à fragiliser tout le plan de Kabila pour se maintenir au pouvoir.

4. Ce silence qui enrage le pouvoir…

Le 12 janvier 2017, malgré les critiques et de nombreuses menaces de mort, le cardinal célèbre une messe à la mémoire des martyrs du 31 décembre. La cathédrale est archi-comble et dans le public de fidèles, à son apparition, des « Mandela » fusent. Aux premiers rangs, ambassadeurs occidentaux et opposants congolais montrent leur soutien à l’archevêque de Kinshasa. Cette commémoration était annoncée par le comité laïc de coordination, qui avait demandé aux politiciens d’oublier les insignes de leur parti. Laurent Monsengwo ne prononce aucun mot à caractère politique. Sa parole reste rare, il laisse à d’autres le soin de porter les coups.

Mais sans compter avec le zèle des barbouzes de Kabila armés jusqu’aux dents attendant les fidèles et leur pasteur à la sortie de la messe.

Quelques coups de feu et tirs de gaz lacrymogène disperseront les partisans de l’opposition à la sortie. Mais il n’ont pas compris que la messe était plus importante que les marches de protestation ; que le sacrifice du Christ sur l’Autel saint était plus puissant que n’importe quelle autre parole humaine. Kabila ayant des milliards dans sa poche, l’armée et les forces de sécurité sous ses ordres se pliera à la volonté populaire et, quelles que soient les conditions dans lesquelles se passera le transfert du pouvoir, il sera contraint de dégager, de céder le pouvoir et de se mettre en retrait de la scène politique. Depuis Mobutu jusqu’à Félix Tshisekedi, le cardinal Monsengwo a toujours cherché le changement et un changement qui n’est pas arrivé avant sa mort.

Plus les politiciens ont cherché à le ridiculiser, plus il est devenu fort. Il a été un pasteur courageux. Un homme de conviction qui ne reculait devant aucun obstacle ni devant personne pour défendre la vérité.

Et son combat pour la justice et la vérité pour rendre la RDC debout et prospère, ce n’est pas le combat d’un seul homme, mais celui devenu l’affaire de tout un peuple et c’est presque sûr que ce peuple reprendra le flambeau après lui. Oui! Le cardinal Laurent Monsengwo n’est pas mort. Ses idées et son courage prophétique lui survivront. Le peuple en fera désormais sa source d’inspiration pour continuer sa longue marche vers la reconquête de ses libertés et de sa souveraineté.

Par Germain Nzinga

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