RD Congo. Arrêté pour avoir mis le doigt dans la plaie…

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TRIBUNE. Trois mois de servitude pénale venaient d’être requis au Tribunal de Paix de Beni par le ministère public congolais contre l’artiste musicien Delphin Katembo alias Delcat Indico , auteur de la chanson « Politiciens Escroc ».

Arrêté et détenu depuis le 02 février 2021, à Beni par les Services de Renseignements Militaires des FARDC, Delcat Indico est reproché d’outrage à certaines autorités politico-administratives de l’Etat congolais notamment le gouverneur de Province du Nord-Kivu, les parlementaires de Beni voire l’actuel Chef de l’Etat pour des promesses électorales non tenues. Où est l’électricité dans une ville vivant dans le noir? clame le jeune artiste. Où est la paix après tous ces accords signés ? Des véhicules sans plaques d’immatriculation ? Des soldats tués sur le champ de bataille à cause de vos sketchs et jeux politiciens! Vous grossissez démesurément au milieu d’un peuple affamé ! Au président de la République, où est le plan de développement du Congo? Toutes ces faillites ne s’expliquent selon lui que par le seul et même refrain de sa chanson : POLITICIENS ESCROCS.

Il en déduit que les politiciens congolais sont des satanistes, des vampires qui se nourrissent du sang de leurs administrés. Et d’ajouter : « quand la population veut chasser les assassins ou la Monusco, les politiciens congolais envoient des militaires et des policiers pour tirer sur les peuples ». Ces politiciens sont donc devenus l’ennemi numéro un du peuple. Ils travaillent contre l’indépendance du Congo parce qu’ils ont choisi d’être dépendants des intérêts des pouvoirs étrangers.

Sans le savoir peut-être, ce jeune artiste a dit haut la vérité que pense bas la majorité des 80 millions des congolaises et des congolais. Et en décriant les mœurs des politiciens congolais, il n’est pas à son premier fait d’armes.

Delcat Indico est en effet un artiste engagé dont la musique est devenue le porte-voix des populations massacrées au Kivu. Il a déjà téléchargé sur MP3 des morceaux musicaux assez révélateurs de son patriotisme éclairé, en l’occurrence « Élections maire de ville »; « Voyou »; « Ebola ?» dans lesquels il fustige des antivaleurs d’une société en décomposition. Sa chanson “Politiciens Escrocs” s’inscrit dans cette logique de sonner l’alarme avant que ce ne soit trop tard.

Un autre tube de lui intitulé « Tout le monde est fâché » publié également sur MP3 commence par un ras-le-bol. Trop c’est trop, c’est le temps de parler et d’exprimer sa colère, annonce-t-il dès le début de la chanson. Pour quel motif? Parce que chez nous, tout va trop mal : « Des soldats, pas de soldes; les enseignants sans salaire; tout le pays c’est la misère; les études sans valeur; pas de liberté d’expression dans toutes les quatre langues nationales, si tu parles on t’embarque dans les bois accompagné de la croix ; les massacres à la population et les viols, c’est notre salaire ; les détournements des fonds publics, c’est la réalité quotidienne; les larmes c’est notre salaire » chante-t-il va à qui veut l’entendre.

Le fait même qu’il ait été arrêté par les services de renseignement militaire atteste qu’il a dérangé au plus haut point les tenants de ce système carnivore qui sème morts et désolations à l’Est du Congo et la misère généralisée sur tout le territoire national. En chantant « au Congo, ça va très mal. Pas de démocratie mais la voyoucratie ; pas d’indépendance mais seulement la dépendance », cet artiste a mis le doigt dans la plaie puante de ce pays et, tout naturellement, la réaction des escrocs qui en sont les suppôts principaux ne pouvait se faire attendre aux fins de faire taire cette vérité trop crue et de décourager les autres lanceurs d’alerte d’emboîter le pas au courage de l’artiste engagé.

Il faut relever le leitmotiv de toutes les chansons de ce jeune artiste « Pas de liberté d’expression. Ça va trop mal mais personne ne parle. Ça va trop mal». Il savait donc les risques énormes qu’il courait en ouvrant la bouche.

Pour ceux qui n’ont pas encore oublié les menaces d’arrestation qui ont pesé sur le Karmapa pour son clip sur Mama Yemo et sur tant d’autres artistes congolais, il devient aisé de comprendre que l’arrestation de Delcat et son jugement en cours avant la prononciation du verdict final sont là un test pour jauger l’opinion congolaise sur sa reddition à se plier ou sur sa capacité de résister à l’ordre impérialiste. Les Maitres de ce pays veulent s’assurer, dans la nouvelle configuration du pouvoir actuel, de ce qui reste de la capacité des congolais à réagir ou de leur résignation à garder silence.

En chantant : « je sais que ce chant va m’amener en prison car ça va heurter… mais ça ne va pas me tuer », comprenons directement que pour Delcat Indìco, c’est assez clair : « seule la vérité triomphe » et, fort de cette conviction, il a pris l’option d’aller jusqu’au bout. C’est donc l’exemple du courage de dénoncer le mal que nous donne cet artiste afin que ne soit plus jamais hypothéqué le respect aux droits fondamentaux du citoyen congolais dont celui à la libre expression de son opinion.

Par Germain Nzinga (chercheur indépendant)

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