Maroc. Ayoub El Mourabit, un talent à en revendre

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PORTRAIT. Sans conteste, Ayoub Mourabit est l’un des jeunes mâalems gnaouis les plus en vue du moment. Tout en restant fidèle à l’héritage de la musique de confrérie gnaoua, il aime dialoguer avec les autres musiques du monde. Décidément, le jeune artiste a de quoi se réjouir. Le rêve de tout musicien qui se respecte, lui, il est en train de le vivre.

Artiste comme les aime, Ayoub Mourabit, né le 29 avril 1989, est musicien, chanteur et compositeur. Les compositions qu’il propose se prononcent comme un voyage décoiffant dans un univers magique de Gnaoua où tous les goûts musicaux sont les bienvenus.

Dès son très jeune âge, ce natif d’Essaouira a fredonné la musique gnaoua à partir de ses contacts avec les mâalems de la Cité des Alizés bien avant le Festival Gnaouas d’Essaouira et musiques du monde. Il s’imprégnait de cette culture à travers les lilas organisées sporadiquement là-bas. Cet environnement lui a offert une plongée dans le monde secret et chaleureux des Gnaouas où s’entremêlent musiciens, prêtresses et initiés du culte de possession des descendants d’esclaves marocains. Fasciné par cet univers où esprit festif, virtuosité musicale et présence de l’invisible pouvoir des génies se conjuguent avec un rare bonheur, Ayoub Mourabit décide alors de s’embarquer dans ce monde hautement spirituel.

A Casablanca, terrain de son adolescence, il côtoie les inséparables Naîm et Abdelghani, musiciens, chanteurs et rappeurs, leader du groupe Dar Gnawa. Adepte de la musique gnawa, notre artiste a une formation musicale traditionnelle qui lui a été assuré par son maitre Maâlem Abdenbi Gueddari, une figure de proue du genre. Celui-ci lui a appris taghnaouite véhiculant la nostalgie du mysticisme profond liée à ses origines spirituelles. Ayoub devient l’un des kouyous de ce grand mâalem et l’a accompagné un peu partout au Maroc comme à l’étranger. Son habilité et sa virtuosité au hajhouj ont poussé Abdennebi Gueddari à confier à Ayoub des parties des lilas qu’il anime. Dans cette optique, le jeune mâalem a entamé avec son maître une tournée dans plusieurs villes du Royaume et du monde entier notamment en France, Danemark, Italie et l’Inde où il a animé un workshop.

Au fil du temps, le mâalem lui a en fin donné sa bénédiction pour prendre le flambeau et composer son propre groupe et devenir ainsi un mâalem professionnel. Une bénédiction confortée par le Premier Prix du tremplin Caravane Hajhouj Sam qui vient de lui être attribué à Casablanca en février dernier en reconnaissance à son talent. Un prix adjugé par trois grands mâalems Hassan Boussou, Abdennebi Gueddari et Said Oughassal Benthami.

Aujourd’hui, mâalem Ayoub Mourabit travaille sur une série de projets musicaux notamment avec un groupe de flamenco où il s’agit de fusionner les musiques gnaouas et flamenco à travers une chanson du patrimoine gnoaui « Khali M’bara ». Un autre projet pas moins prometteur est celui qui le réunit à une musicienne indienne où il est question de travailler sur une fusion de la tradition de Kawwal et celle de Tagnaouite. Mais ce n’est pas la première fois qu’il travaille sur une fusion exceptionnelle de deux traditions musicales. Toujours fidèle à l’esprit de la fête, Ayoub reproduit souvent l’essentiel du répertoire des chants traditionnels de Gnaoua qu’il met au croisement des autres genres. En 2017-2018, le jeune mâalem offre une ode lumineuse à l’Afrique à travers une fusion surprenante avec une formation africaine. Ce projet s’intitulait « Griot Gnawa».

C’est dire que ses compositions se veulent le lieu des retrouvailles de toutes les musiques les plus chaloupées de la planète. Et les rythmes les plus savamment planants où la création et l’improvisation sont comme d’habitude les bienvenues. Et ses spectacles sont hautement spirituels et résolument traditionnels de par leur aspect rituel.

A.A

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