Nouveau modèle de développement et attentes des jeunes: La jeunesse, une force novatrice et créatrice (Maroc)

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Selon la Fondation Attijariwafa bank, une jeunesse inconsciente des problématiques d’aujourd’hui ne saurait gouverner demain. Ph: Abdenabi lmoussaoui

Le débat sur le nouveau modèle de développement se poursuit et suscite toujours autant d’intérêt. Depuis la désignation par Sa Majesté le Roi Mohammed VI de Chakib Benmoussa à la présidence de la Commission spéciale sur le modèle de développement et la nomination de ses membres, il n’a cessé de donner lieu à des échanges passionnants et fructueux.

C’était encore le cas récemment à l’espace d’art Actua à Casablanca où la Fondation Attijariwafa bank a choisi de revenir sur cette thématique d’actualité lors d’une conférence qui a vu la participation effective de jeunes Marocains, une frange de la société souvent oubliée des débats sur les questions majeures et les préoccupations nationales.

Fidèle à son engagement à promouvoir un débat constructif sur des problématiques économiques, culturelles et sociales concernant l’avenir du pays, la fondation a, en effet, organisé, dans le cadre de son cycle de conférences « Echanger pour mieux comprendre », une  rencontre sur la thématique du « Nouveau modèle de développement : La parole aux jeunes ».

Organisée en partenariat avec les Associations Atlas 4 Development, JCI et TIZI, cette rencontre, la 56ème à l’actif de ladite fondation, a fait le choix de « donner la parole à la jeunesse qui peut être une force de propositions créatrices, novatrices en accord avec ses attentes et ses aspirations », a déclaré la directrice exécutive en charge de la communication groupe, Saloua Benmehrez.

« Si notre fondation a pris l’initiative d’être le catalyseur de ce débat, c’est qu’il est important pour l’avenir de notre pays, de donner la parole à ces jeunes formés et engagés sur le terrain, pour connaître leur perception des problèmes actuels et les solutions qu’ils préconisent pour favoriser un développement économique et social inclusif, autrement dit, qui bénéficie à tous nos concitoyens », a-t-elle expliqué.

Pour Saloua Benmehrez, qui s’exprimait au nom du président directeur général du groupe Attijariwafa bank, Mohamed El Kettani, « notre démarche citoyenne se veut donc constructive et consensuelle, de manière à faire émerger des recommandations précises, réalistes et réalisables à court et moyen termes. »

Etant donné que les préoccupations de la jeunesse marocaine sont, sur le fond, similaires à celles de tous les jeunes à travers le monde (accès à une formation de qualité, à un emploi favorisant l’épanouissement personnel et l’harmonie sociale, et à des conditions de vie dignes), la fondation a clairement indiqué qu’elle attendait de cette rencontre « des recommandations pragmatiques, tirées du vécu sur le terrain et adaptées aux spécificités de la société marocaine ». Des recommandations pragmatiques qu’elle aura d’ailleurs le loisir d’apprécier l’intérêt durant ce débat.

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, les organisateurs ont d’emblée présenté les résultats préliminaires d’un sondage mené auprès des réseaux des Associations Atlas 4 Development, JCI et TIZI. Question d’éclairer l’assistance sur les attentes des jeunes Marocains.

Il ressort fortement de cette enquête qui se poursuivra jusqu’en avril prochain et dont les résultats ont été présentés par Hatim El Otmani, président d’Atlas 4 Development, que l’éducation (43%), la santé (22%), la justice (15%), l’emploi  (10,5%) et la sécurité (8,5%) constituent les priorités premières des jeunes.

Mais au-delà de toutes ces préoccupations, il est un autre fait qui taraude   autant ces derniers : c’est la crise de confiance entre la jeunesse marocaine et les institutions.

Ph: Abdenabi lmoussaoui 

Se référant aux chiffres du Haut-commissariat au plan (HCP), la sociologue et modératrice de cette conférence, Sanaa El Aji, a rappelé que si 1% des jeunes Marocains sont membres de partis politiques et qu’entre 10 et 15% s’activent au sein des ONG, « tous les autres n’ont pas confiance en les institutions classiques traditionnelles », soulignant l’émergence de nouvelles formes d’expression d’engagements politiques.

S’il existe plusieurs approches à même de redonner confiance et de permettre la participation politique et citoyenne, pour Aimane Cherragui, président de l’Association Sim-Sim-Participation citoyenne, il y a un mot d’ordre qui semble se répéter à l’envi: « donner l’exemple ».

Il se trouve qu’« aujourd’hui, ce lien de confiance avec les institutions est brisé. Les grandes institutions ne représentent plus des exemples à suivre pour nos jeunes : il y a une rupture, un fossé dans ce sens qu’ils ne s’identifient plus dans les institutions (Conseil communal, rural, provincial, régional voire le gouvernement) qui sont censés être des caisses de résonnance pour l’expression de la volonté politique », a-t-il relevé.

Ainsi qu’il l’a fait remarquer : « Aujourd’hui, les jeunes ne veulent pas attendre cinq ans pour changer éventuellement la constitution de l’équipe gouvernementale ou parlementaire. Tout comme ils ne veulent pas attendre six ans pour avoir leur mot à dire à propos de la gestion de la chose locale », a-t-il expliqué.

Selon lui, on devrait aller inévitablement vers des formes d’expression beaucoup plus participatives comme les pétitions, les motions législatives ou encore les consultations publiques, les votations ou les référendums   d’initiative populaire. Il est donc impératif d’« être à l’écoute des différentes franges de la société particulièrement des jeunes, écouter leurs avis et ce qu’ils ont à dire par rapport au nouveau modèle de développement ».

« On a terriblement besoin d’espaces d’écoute, de partage, de connexion entre les différentes couches de la société parce que la verticalité de la communication, de la décision et de l’approche nous a gardés en quelque sorte pris en otages pendant plusieurs années. Aujourd’hui, je pense que même nos institutions sont dans l’impasse parce que personne ne sait ce qu’il faut offrir à ces Marocains, à cette jeunesse pour qu’elle retrouve cet intérêt et s’implique dans la gestion de la chose publique».

Sachant qu’on ne peut pas étouffer la volonté des jeunes à s’exprimer, « on devrait écouter ce qu’ils ont à dire par rapport à ce nouveau modèle de développement. Car, en 2040-50, ceux qui vont porter le développement, ce sont les jeunes qui ont aujourd’hui 14, 17 et 18 ans. C’est dire qu’ils doivent avoir leur mot à dire par rapport à ce modèle et j’espère que la Commission spéciale pour le nouveau modèle de développement ira à la rencontre des collégiens et lycéens pour écouter leurs idées et doléances. Ceci d’autant plus que cette jeunesse ne se sent pas appréciée, écoutée et, parfois même, mal aimée. La raison : la communication que nous entretenons, c’est beaucoup plus une communication d’institution à institution et d’institution à personnes âgées ».

Conscient que les jeunes ne s’identifient pas aux partis politiques existants, Aimane Cherragui  « recommande un dispositif juridique basé sur les libertés individuelles pour assouplir les modalités de création des associations et des partis politiques », soutenant toutefois qu’« aucun changement durable ne viendra en dehors des institutions. »

Président de l’Association TIZI, Karim Tahri a, pour sa part, indiqué qu’« il est important de comprendre que les générations changent, tout comme les besoins et les attentes de la société évoluent. Les attentes des jeunes changent et de nouveaux modes d’apprentissage font leur apparition », a-t-il relevé soulignant que même les modes d’interaction avec les jeunes connaissent une évolution.

« Aujourd’hui, on vit dans une société où les jeunes s’expriment à travers le digital de manière individuelle et leurs moyens d’apprentissage essentiels sont le smartphone et les influenceurs. Ils passent 20 heures par semaine en moyenne sur un téléphone », a-t-il constaté. Avant d’affirmer qu’en dépit de  tout ce que l’on pense de ces jeunes, bon nombre d’entre eux ont des talents incroyables. Il faut juste savoir comment les aider à exprimer le potentiel qu’il y a en eux.

S’il est avéré qu’« aujourd’hui, seul 1% des jeunes participe à la vie politique, cela veut dire qu’il n’y a pas de relève. La politique fait peur aux jeunes. Pour régler la crise de confiance dans les institutions, la reddition des comptes doit s’appliquer à tous. Par ailleurs, il faut intéresser les jeunes à la politique à travers la formation et une bonne connaissance des institutions. Enfin, il est dommage que l’école publique ait démissionné. Dans ce domaine, je préconise un modèle d’éducation basé sur un partenariat public-privé-associatif », a-t-il proposé.

De son côté, Sara Maalal, présidente de l’Association JCI Maroc, a insisté sur  le fait que « le développement du pays ne peut être opéré sans un épanouissement réel des jeunes. Si la jeunesse n’est pas consciente des problématiques d’aujourd’hui, elle ne pourra pas gouverner, ni prendre en main les problématique de la société », a-t-elle soutenu avant de rappeler les principales actions menées par son association qui se veut comme un incubateur de citoyens actifs du fait qu’elle permet aux jeunes de se former et de trouver des solutions concrètes et durables aux problèmes de la société.

« Nos jeunes ont besoin de mieux se connaître et se découvrir pour mieux se défendre. De ce fait, il est indispensable de leur offrir des cursus de formation adaptés à leur profil pour développer des aptitudes en communication et en soft skills », a poursuivi Sara Maalal.  Et d’ajouter : « Ces formations sont très utiles parce qu’elles permettent aux jeunes de devenir des citoyens actifs, capables de trouver des solutions durables aux maux de la société. »

Sur la même ligne que ses prédécesseurs panélistes sur l’exemplarité, le digital et l’importance de se projeter sur un horizon lointain, Ayman Cherkaoui, responsable du développement stratégique au sein de la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement, s’est, pour sa part, exprimé sur la problématique environnementale dans le nouveau modèle de développement.

« En soi, le développement durable, ce n’est pas l’environnement social et économique de manière isolée, c’est l’un avec l’autre. Chaque pilier doit être conceptualisé en étroite relation avec les autres », a-t-il dit.

Parmi les propositions qu’il juge concrètes, il en cite trois : « J’ai trois propositions concrètes : créer un réseau intergénérationnel, entre la génération des jeunes qui écoute et la génération des seniors qui s’implique dans le renforcement des capacités de toutes les franges de la société ; créer des emplois verts qui répondent aux nouveaux besoins du Maroc et faire émerger une civilisation écologique en valorisant les pratiques ancestrales, notamment agricoles».

Pour Adnane Addioui, président de l’Association MCISE et membre de la Commission spéciale pour le nouveau modèle de développement, « on devrait alléger le dispositif juridique relatif aux libertés, à la création d’associations et de partis politiques ».

Pour que le pays avance, il pense que « nous devons changer de lunettes et réfléchir au futur du Maroc sur 100 ans à venir et au-delà ».
Aussi, s’il est convenu que le Maroc doit relever de nombreux défis, il importe aussi de ne pas oublier que « plusieurs choses fonctionnent et qu’il faut les valoriser ».

Mais pour qu’un système fonctionne, « il faut que toutes les parties prenantes se sentent concernées. Cela implique de réunir toutes les franges de la société, de consommer en priorité nos ressources locales, et de nous encourager les uns les autres à trouver des solutions à nos propres problèmes. Nous devons avoir confiance en notre capacité à trouver nos propres solutions et ne plus importer de ressources et de solutions de l’étranger», a-t-il expliqué.

«Nous attendons tous des résultats tout de suite mais nous privilégions l’attentisme. Désormais, nous devons tous être des acteurs du changement. Pour cela, il nous faut une prise de conscience générale pour assumer pleinement notre rôle de citoyens et notre responsabilité. De ce fait, une révolution culturelle s’impose pour lutter contre la culture de l’attentisme et de la déresponsabilisation», a-t-il conclu.

A souligner que cette rencontre s’est tenue au beau milieu de la dernière exposition « Estampes d’artistes dans la collection Attijariwafa bank », organisée par le pôle Art & culture de la Fondation Attijariwafa bank en hommage au talent des artistes marocains. Cette exposition, qui abrite une soixantaine de lithographies, gravures et sérigraphies, éditées en tirages limités depuis 1962, est ouverte à tous jusqu’au 28 février courant.

Commentant le débat du jour, les organisateurs ont affirmé que cette rencontre « a permis de lever le voile sur les attentes des jeunes à propos du nouveau modèle de développement et de souligner l’importance de leur contribution à la réflexion nationale »

Alain Bouithy

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