Maroc. Les mesures des pouvoirs publics ont amorti le choc de la crise sur l’emploi et la croissance

Les mesures d’indemnisation des travailleurs et les facilités accordées aux TPME ont préservé 71% des emplois

0
269
DR.

Le plus dur semble désormais passé. Pourtant, comme le craignaient bon nombre d’analystes et conjoncturistes au plus fort de la crise sanitaire due à la Covid-19, les répercussions auraient été beaucoup plus graves si le Maroc n’avait pas pris certaines initiatives et dispositions.

C’est au fond ce que nous rappelle la note d’orientation politique, «Impact de la crise Covid-19 sur l’emploi et les TPME au Maroc», produite conjointement par la Banque africaine de développement (BAD) et l’Organisation internationale du travail (OIT) et rendue publique récemment.

En effet, selon les deux institutions, les mesures d’indemnisation des travailleurs prises par le gouvernement et les facilités accordées aux TPME ont limité la casse. Dans ce sens, elles ont «contribué à préserver 71% des emplois menacés à la suite du premier confinement», souligne-t-on dans cette note initiée par la plateforme entrepreneuriale «Souk At-Tanmia», soutenue par la Banque panafricaine, avec un financement du Programme de partenariat dano-arabe (DAPP).

Dans leur note, qui dresse un bilan de la crise et trace les perspectives d’une relance inclusive, la BAD et l’OIT relèvent également que «ces efforts ont aussi permis d’éviter une décélération plus importante de la croissance du PIB, avec une baisse supplémentaire d’environ six points de pourcentage».

En effet, «les décisions rapides des autorités marocaines ont atténué les conséquences économiques et sociales de la crise», soulignent-elles dans ledit document affirmant que les résultats du modèle de simulation utilisé pour cette étude démontrent l’effet amortisseur du soutien public.

Bien que touché de plein fouet par la pandémie de Covid-19, à l’instar d’autres pays du monde, le Maroc a ainsi tant bien que mal amorti le choc de la crise sur l’emploi. Il est cependant important de rappeler que le marché de l’emploi était déjà mal en point bien avant l’arrivée de cette crise.

Il faut toutefois noter qu’en 2020, la crise a entraîné la perte de 432.000 emplois contre une création de 165.000 postes en 2019 selon des chiffres publiés par le Haut-commissariat au plan (HCP) au début de l’année en cours.

Dans un rapport sur le marché du travail en 2020, l’institution publique indique que cette perte a concerné aussi bien le milieu rural (295.000) que le milieu urbain (137.000) et tous les secteurs d’activité économique.

Ont particulièrement été touchés : le  secteur des services qui a perdu 107.000 postes, celui de l’agriculture, forêt et pêche (273.000), celui de l’industrie y compris l’artisanat (37.000) ainsi que celui des BTP (9.000).

En plus des pertes, la crise a provoqué une hausse de la précarité de l’emploi, en particulier chez les jeunes, les femmes et les populations les plus vulnérables que le marché de l’emploi n’a cessé de malmener depuis des années, comme le montrent les statistiques du HCP. 

La Banque africaine et l’OIT soulignent également dans leur note une baisse de 26% du volume horaire travaillé par semaine. Ce qui équivaut à près de deux millions d’emplois.

Soulignons en outre que les TPME, qui concentrent 73% des emplois, ont été particulièrement affectées par la crise. Comme le relève la note, «près de 80% d’entre elles ont accusé une baisse de plus de 15% de leur chiffre d’affaires, conséquence du premier confinement».

Mais comme pour l’emploi, les TPME marocaines faisaient face à des difficultés d’accès au financement avant la crise : elles ne recevaient que 15,6% du total des crédits bancaires et se caractérisent par un faible niveau de qualification qui limite les gains de productivité.

A ce propos, la BAD et l’OIT reconnaissent que des avancées ont été réalisées «dans le cadre du plan de relance économique pour faciliter notamment l’accès au financement des entreprises et renforcer le socle de protection sociale».

Dans leur note, qui s’appuie sur les résultats des outils de simulation macroéconomique et de données d’enquêtes portant sur 300 TPME du Maroc,  les deux institutions reviennent sur les importants progrès du programme «Intelaka» relatif au déploiement d’instruments financiers adaptés aux besoins des TPME et sur ses objectifs à court terme.

Le document préconise, à cet effet, le renforcement, à court terme, des dispositifs d’accompagnement technique destinés aux entrepreneurs. Il appelle notamment à adopter une vision holistique et intégrée de la promotion de l’entrepreneuriat et des TPME afin de lever les contraintes structurelles.

Si la prédominance du secteur informel concerne 81% des TPME et 60% des emplois du secteur privé, il faut ajouter une autre réalité à ces observations. C’est que près de deux tiers des salariés ne disposent pas de couverture sociale.

Soulignons que la note reprend les conclusions d’une consultation nationale organisée en distanciel à la fin de 2020. Cette rencontre a réuni près de 70 participants issus d’organismes nationaux et d’institutions de développement.

Alain Bouithy

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here