Maroc. Bank Al-Maghrib opte pour le statu quo

La Banque centrale juge le niveau actuel du taux directeur approprié et table sur une croissance de l’économie nationale de 5,3%

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Bank Al-Maghrib

La première session de l’année 2021 du Conseil de politique monétaire de Bank Al-Maghrib s’est tenue mardi 23 mars à Rabat. Comme prévu, la Banque centrale a maintenu son taux directeur à 1,5%.

Ainsi que l’avaient anticipé quelques jours plustôt les analystes d’Attijari Global Research (AGR, filiale d’Attijariwafa Bank), de BMCE Capital Research (BKR) et de CDG Capital Insight, le Conseil a jugé que le niveau actuel du taux directeur demeure approprié et a donc décidé de le maintenir inchangé.

En effet, il « a estimé que l’orientation de la politique monétaire reste largement accommodante, assurant des conditions de financement adéquates», a expliqué BAM à l’issue de sa réunion qui examinait l’évolution de la conjoncture économique et sociale aux niveaux international et national, ainsi que les projections macroéconomiques de la Banque à moyen terme.

Bien que «celles-ci traduisent un certain regain d’optimisme suscité en particulier par le bon déroulement de la campagne de vaccination anti-Covid-19 et les conditions climatiques favorables qui caractérisent l’actuelle campagne agricole », le Conseil a cependant noté que les perspectives restent entourées d’un niveau élevé d’incertitudes liées essentiellement à l’évolution de la situation sanitaire aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

Le Conseil, qui s’est enquis également des bilans d’étape des différentes mesures mises en place depuis le début de la pandémie pour favoriser le financement de l’économie et atténuer l’impact de la crise sur les ménages et sur les entreprises, a noté que l’inflation est restée faible en 2020 sous l’effet des pressions désinflationnistes émanant de la demande.

« Avec la reprise de l’activité et l’augmentation des cours internationaux du pétrole et de certains produits alimentaires, elle devrait s’inscrire en hausse tout en demeurant à un niveau modéré, passant de 0,7% en 2020 à 0,9% en 2021 puis à 1,2% en 2022 », a-t-il annoncé soulignant que sa composante fondamentale connaîtrait une évolution similaire, s’établissant à 1,2% en 2021 après un taux de 0,5% en 2020, puis s’accélérant à 1,5% en 2022.

Dans ses projections, il ressort également que la croissance de l’économie nationale devrait s’établir à 5,3%. En 2022, Bank Al-Maghrib prévoit que celle-ci se consolidera à 3,2%, recouvrant une accélération pour sa composante non agricole à 3,8% et une baisse de 2% de la valeur ajoutée agricole, sous l’hypothèse d’un retour à une production céréalière moyenne de 75 millions de quintaux.

Selon les prévisions de la Banque centrale,«la reprise de l’activité économique devrait se poursuivre, soutenue notamment par le plan de relance de 120 milliards de dirhams, l’orientation accommodante de la politique monétaire et un certain regain de confiance au regard de l’avancement de la campagne de vaccination et des conditions climatiques favorables qui caractérisent l’actuelle saison agricole».

Bank Al-Maghrib entrevoit une progression de la valeur ajoutée des activités non agricoles en 2021 de 3,5% et, tenant compte d’une production céréalière estimée autour de 95 millions de quintaux, celle du secteur agricole rebondirait de 17,6%.

Lors de sa réunion, le Conseil a indiqué que les dernières données des comptes nationaux relatives au troisième trimestre 2020 laissent indiquer une reprise de l’activité après la forte baisse enregistrée un trimestre auparavant.

Selon les prévisions de BAM, la contraction de l’économie nationale sur l’ensemble de l’année écoulée «ressortirait autour de 7%, reflétant des replis de 8,1% de la valeur ajoutée agricole et de 6,7% de celle des activités non agricoles ».

Citant des données du Haut commissariat au plan (HCP), la Banque centrale a noté une forte dégradation du marché du travail en 2020, « avec une perte de 432 mille emplois, dont 273 mille au niveau de l’agriculture et 107 mille dans les services ». Tandis que le taux d’activité a reculé de 45,8% à 44,8% et celui du chômage s’est aggravé à 11,9% globalement et à 15,8% en milieu urbain.

Commentant l’évolution des comptes extérieurs au cours de l’année écoulée, Bank Al-Maghrib a relevé que l’année 2020 a été marquée par un repli important des échanges commerciaux, avec une diminution des importations plus prononcée que celle des exportations. Ainsi, «le taux de couverture s’est amélioré de 4,5 points à 62,4% et le déficit de la balance commerciale des biens s’est allégé de 47,8 milliards de dirhams pour s’établir à 158,7 milliards», a fait savoir BAM.

Résultat des réductions du taux directeur opérées par Bank Al-Maghrib en mars et juin de la même année ainsi que d’une montée sensible du coût du risque, les conditions monétaires ont été marquées en 2020 par un recul des taux débiteurs de 49 points de base en moyenne, selon l’institution.

Quant aux finances publiques, il apparaît que « l’exécution budgétaire de la loi de Finances rectificative fait ressortir un déficit, hors privatisation, de 82,4 milliards de dirhams ou 7,6% du PIB, et ce compte tenu du solde positif de 5,3 milliards du Fonds spécial de gestion de la pandémie de Covid-19 », a conclu la Banque centrale.

Alain Bouithy

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