Madagascar a besoin de réformes audacieuses pour une relance forte et durable après la crise du COVID-19

L'impact de la pandémie de coronavirus a effacé près d'une décennie d’efforts en matière de réduction de la pauvreté

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La dernière édition des Cahiers économiques de Madagascar estime que l’économie s’est contractée de 4,2 % en 2020 en raison des perturbations du commerce international et de l’activité domestique liées à la pandémie de COVID-19.

L’intensité de la récession est donc comparable à celle de la crise politique de 2009 et a été principalement due à une forte baisse des recettes d’exportation et des investissements privés.

Selon les Perspectives économiques de Madagascar, Tracer la voie de la reprise, un arrêt brutal de l’activité économique a entraîné une augmentation significative de l’extrême pauvreté, en particulier pour les populations vulnérables des zones urbaines. La Banque mondiale estime que près de 1,4 million de personnes sont tombées sous le seuil de pauvreté (fixé à 1,90 $ par jour) en 2020, ce qui porte le taux de pauvreté à 77,4 %, son niveau le plus élevé depuis 2012. Au cours du premier semestre 2020, 64 % des ménages ont signalé une perte de revenus et 97% des entreprises une baisse de la demande de leurs produits et services.

L’effondrement des recettes fiscales associé à la crise et l’augmentation des dépenses publiques ont entraîné une aggravation du déficit budgétaire, qui a atteint 5,2 % du produit intérieur brut (PIB) en 2020. Les risques de surendettement ont augmenté ces derniers mois mais restent modérés grâce à la prudence budgétaire observée durant les années précédentes et aux sources de financements largement concessionnels. Le secteur financier a été touché par l’augmentation des risques de crédit, mais la solvabilité des banques reste généralement saine.

« Au-delà des répercussions de la crise, la croissance économique reste structurellement entravée par le manque de capital humain, la forte prévalence de l’informalité et de l’agriculture de subsistance, le manque d’infrastructures et leur mauvais entretien, ainsi que la faiblesse de la gouvernance. En l’absence de réformes ambitieuses, la crise risque d’exacerber ces contraintes et de freiner durablement le développement du pays », souligne Marc Stocker, économiste senior à la Banque mondiale pour Madagascar et auteur du rapport.

Les conséquences économiques de la pandémie continueront de se faire sentir en 2021. Dans ce contexte, la croissance devrait se redresser graduellement pour atteindre 2 % en 2021, avant de rebondir plus sensiblement à 5,8 % en 2022. Le taux de pauvreté restera bien supérieur à son niveau d’avant la crise, ne diminuant que modérément pour atteindre 76,6 % en 2022. Les projections sont particulièrement incertaines, dans un contexte où une deuxième vague de la pandémie ou d’autres chocs économiques et climatiques pourraient encore retarder la reprise.

« Le retour à une croissance durable va largement dépendre de la capacité de l’État à mobiliser des ressources intérieures pour les investissements prioritaires dans le capital humain et les infrastructures, ainsi que des réformes d’envergure pour stimuler l’investissement privé et la création d’emplois, accélérer le passage à l’économie numérique, stimuler la productivité agricole, et renforcer la sécurité alimentaire », conclut Marie-Chantal Uwanyiligira, directrice des opérations de la Banque mondiale pour Madagascar.

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