Livre : une jeunesse congolaise apathique

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Du Congo-Brazzaville, plus précisément du quartier Mpita à Pointe-Noire, en France, en passant par la Russie où il a parfait sa formation, Gaylord Fortune Pouabou s’est lancé à la rencontre de lui-même, avec les foulées d’un coureur de fond. Tel un funambule, il jongle entre lecture, réflexion et écriture. Aussi vient-il de publier aux éditions Renaissance Africaine un livre sur la jeunesse congolaise, dont le titre – « Alors s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse » –, renvoie aux  « Confessions d’un enfant du siècle » d’Alfred de Musset. Un récit aux accents d’Essai.

Tempo vif, style fluide, documenté avec des références philosophiques, chaque phrase du livre de Gaylord Fortune Pouabou constitue une invite à la prise de conscience. Un cri de colère et de détresse à la fois. Tout en gardant, bien sûr, une once d’espoir.

Dans ce livre-miroir, l’auteur se fond dans la jeunesse de son pays pour (se) découvrir qu’elle est inexistante sur plusieurs plans, comme frappée par l’apathie. Que s’est-il passé ? « Beaucoup de mes compatriotes partagent ce constat : la jeunesse congolaise ne s’est jamais trouvée à la lisière de l’ébullition. Elle est comme apathique, un mollusque, alors que tout, mais vraiment tout, concourt à l’ébullition. Elle est quasiment absente de tous les domaines de l’existence : identité, logement, travail, mobilité, politique, culture, santé… Elle est exposée à des dangers qui devraient la pousser à sortir de sa torpeur : le chômage chronique, l’analphabétisme, les maladies endémiques, les infections par les IST et le VIH, le manque de formation, l’illettrisme… Comment comprendre qu’une jeune fille de 20 ans ait seulement une chance sur trois de rester en vie durant l’accouchement ? (…) Qui pouvait imaginer les dégâts de la Covid-19 ? Beaucoup, au début, minimisaient cette pandémie. Ici et là était dit que le virus ne frappait que les adultes et les vieux. C’est oublier que la Covid-19 a fracassé la situation, déjà précaire, de nombre de jeunes en général, et congolais en particulier», écrit-il à la page 68, avant de poursuivre : « Pourtant, mutatis mutandis, la jeunesse congolaise à laquelle j’appartiens, même si je suis quelque peu privilégié puisque je vis éloigné du Congo, souffre des mêmes maux que d’autres jeunesses africaines. Le Nigeria a dissout une unité de sa police sous la pression de la jeunesse, après une semaine de forte mobilisation, parce que cette brigade spéciale de répression (SARS), spécialisée dans la lutte contre les crimes (vols, assassinats, parfois kidnappings…), était accusée d’extorsions, d’arrestations illégales, de tortures et même de meurtres ». Le soulèvement de la jeunesse découlait de la diffusion d’une vidéo dans laquelle des agents présumés de la SARS tuent un homme à Ughelli, dans l’Etat du Delta.

Une telle révolte est impossible au Congo. La dernière élection présidentielle a démontré que la jeunesse congolaise demeure sans voix, et que seul compte l’instant présent. Or la jeunesse, ce n’est pas vivre au jour le jour. Il s’agit, rappelle Gaylord Fortune Pouabou, de se muer en navire en construction dans sa propre cale sèche, destiné à prendre la mer.

Florence Banzouzi

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