Le niveau de vie au Maroc s’est amélioré entre 2013 et 2019, mais à un rythme plus long

Sous l’effet de la crise sanitaire et sans les aides publiques, la pauvreté aurait été sept fois plus élevée et la vulnérabilité multipliée par deux

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Siège du HCP

Le niveau de vie au Maroc s’est amélioré entre 2013 et 2019, indique le Haut-commissariat au plan (HCP) dans une récente étude sur l’«Evolution du niveau de vie des ménages et impact de la pandémie de Covid-19 sur les inégalités sociales».

Cette amélioration a toutefois été marquée par une nette décélération par rapport à la période 2006-2013,relève l’institution publique dans une note rendue publique mercredi 24 mars précisant que les inégalités sociales et la pauvreté monétaire au Maroc ont été appréhendées à partir des données issues de son enquête nationale sur les sources de revenu réalisée auprès d’un échantillon de 3.290 ménages du premier décembre 2019 à fin mars 2020.

Qu’à cela ne tienne, les données recueillies par le Haut-commissariat montrent globalement que le niveau de vie a augmenté en dirham constant à un taux annuel de 2,7% au cours de cette période, contre 3,6% entre 2007 et 2014. Comme le relève le HCP dans sa note, cette progression a concerné aussi bien le milieu urbain où le niveau de vie par tête a progressé de 2,4% entre 2013 et 2019 contre 2,6% entre 2007 et 2014 ; que le milieu rural où il a progressé de 2,7% contre 4,6%.

Mesuré par la dépense de consommation annuelle moyenne des biens et services acquis par les ménages marocains, le niveau de vie par ménage en 2019 est évalué, au niveau national, à 86.094DH, soit 7.175 DH par mois, 95 950 DH en zones urbaines(8.000 DH par mois) et 64.530 DH en zones rurales (5.378 DH par mois), souligne la même source.

L’étude du HCP révèle en outre que près de 66,1% des ménages ont un niveau de vie inférieur à la moyenne nationale. Ilssont 59,9% en milieu urbain et 79,6% en milieu rural à se trouver dans la même situation, selon l’institution statistique qui précise qu’à dépense égale par ménage, le niveau de vie diffère selon les tailles des ménages.

L’institution chargée de la production, de l’analyse et de la publication desstatistiques officielles au Maroc en conclut qu’en termes nominaux, le niveau de vie par tête est passé de 15.900DH en 2013 à 20.389 DH en 2019. D’après elle, «cette amélioration a profité aussi bien aux citadins, pour lesquels le niveau de vie est passé de 19.500 DH en 2014 à 24.500 DH en 2019, qu’aux ruraux, passant de 10.425 DH à 13.360DH au cours de la même période».

C’est ainsi qu’aux termes de cette progression, «le niveau de vie a augmenté en dirham constant à un taux annuel de 2,7% entre 2013 et 2019, contre 3,6% entre 2007 et 2014», fait elle savoir.

Le niveau de vie moyen étant fortement influencé par le degré de dispersion de la dépense des ménages et tiré vers le haut par les dépenses les plus élevées au détriment des dépenses les plus prépondérantes, pour remédier à cette limite, le Haut-commissariat explique que «le niveau de vie médian est utilisé pour avoir une première estimation plus globale du niveau de vie». Tout en sachant qu’«il représente la valeur de la dépense qui scinde la population en deux segments sociaux à taille égale: 50% de la population vivant en dessous de ce niveau de vie et 50% au-dessus», souligne le HCP.

On en arrive à ce constat que la moitié des ménages dépense moins de 67.500 DH par an, soit 5.625 DH par mois, au niveau national. Selon l’étude du HCP, «cette valeur médiane s’élève à 74.090 DH par an en milieu urbain, 6.174 DH par mois, et à 54.900 DH par an en milieu rural, 4.575 DH par mois».

Autre enseignement à tirer sur ce point, c’est que le niveau de vie médian, mesuré par personne, montre qu’«un Marocain sur deux vit avec une dépense annuelle inférieure à 15.187 DH en 2019 (1.266 DH par mois). Par milieu de résidence, le niveau de vie médian est de l’ordre de 18.040 DH par personne dans les villes(1.503 DH par mois) et de 11.233 DH dans la campagne (936 DH par mois)».

Entre 2013 et 2019, l’étude laisse apparaître que la progression du niveau de vie a profité à l’ensemble des ménages, particulièrement aux catégories les plus modestes, et est moins inégalitaire. Au cours de cette période, le niveau de vie par habitant et catégorie sociale «a connu une amélioration en termes réels de 3,5% pour les 20% des ménages les plus défavorisés contre 3,9% entre 2007 et 2014 ; 2,9% pour la catégorie sociale intermédiaire contre 3,6% entre 2007 et 2014 ; 2,5% pour les 20% des ménages les plus aisés contre 2,4% entre 2007 et 2014».

A ce sujet, le Haut-commissariat constate que le schéma de la répartition sociale du niveau de vie est marqué par les trois principaux traits. Le premier concerne la moitié la plus aisée de la population (50% de la population appartenant au haut de l’échelle sociale) qui réalise 75,1% de la masse totale des dépenses (contre 75,8% en 2014), alors que la moitié la plus modeste n’en dispose que de 24,9% (24,2% en 2014).

Le deuxième trait porte sur les 10% des personnes les plus aisées qui ont un niveau de vie supérieur à 37.631 DH et réalisent près de 30,9% des dépenses totales de consommation, alors que les 10% les plus modestes, avec un niveau de vie inférieur à 7.402 DH, n’en effectuent que 2,9%. Puis, les 20% des personnes les plus aisées qui totalisent 46,1% de la consommation totale des ménages (47% en 2014), contre 7% pour les 20% les moins aisées (6,7% en 2014).

L’institution statistique en conclut que «les inégalités du niveau de vie, mesurées par l’indice de Gini, affichent une nette baisse passant de 39,5% en 2013 à 38,5% en 2019, dénotant une croissance économique qui aurait été pro-pauvres». Concernant la pauvreté et la vulnérabilité monétaires, des phénomènes observés surtout ruraux, il apparaît qu’elles ont continué leur baisse en 2019.

En effet, l’étude révèle qu’«au niveau national, l’incidence de la pauvreté absolue a baissé de 4,8% en 2013 à 1,7% en 2019. Par milieu de résidence, elle a respectivement baissé de 9,5% à 3,9% en milieu rural et de 1,6% à 0,5% en milieu urbain», note le HCP ajoutant que la vulnérabilité économique a également connu une baisse notable.

Sur ce dernier point, l’institution précise que «la part des personnes économiquement vulnérables est passée de 12,5% en 2014 à 7,3% en 2019 au niveau national, respectivement de 7,9% à 4,6% en milieu urbain et de 17,4% à 11,9% en milieu rural».

Soulignons enfin que l’étude montre que, sous l’effet de la crise sanitaire et sans les aides publiques, la pauvreté aurait été septfois plus élevée et la vulnérabilité multipliée par deux, creusant profondément les inégalités. A en croire le HCP, les aides publiques ont réduit l’incidence de la pauvreté de neuf points de pourcentage, la vulnérabilité de huit points et les inégalités de six points.

Alain Bouithy

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