Le niveau de gouvernance recule en Afrique pour la première fois depuis dix ans

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L’Anglo-Soudanais Mo Ibrahim. DR.

L’insatisfaction et la méfiance des citoyens à l’égard de la gouvernance publique s’aggravent un peu partout sur le continent

Un recul inédit. Selon l’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG) – édition 2020, le niveau de gouvernance globale sur le continent africain a reculé pour la première fois depuis 2010.

«Avec 0,2 point de moins en 2019 qu’en 2018, la moyenne africaine de la gouvernance globale enregistre sa première baisse annuelle depuis 2010», a annoncé la Fondation Mo Ibrahim expliquant que ce recul résulte de la détérioration simultanée de trois des quatre catégories de l’IIAG. A savoir : «Participation, droits et inclusion», «Sécurité et Etat de droit» et «Développement humain».

En effet, dans son rapport rendu public lundi 16 novembre, la Fondation relève que la baisse des performances en termes de sécurité, de participation, de droits, et d’état de droit prend le pas sur les améliorations réalisées en matière d’opportunités économiques et de développement humain.

«Cette évolution est d’autant plus préoccupante que la pandémie de la Covid-19 risque à la fois d’aggraver la détérioration déjà en cours et de détruire les gains acquis en termes de développement économique et humain», a-t-elle souligné.

En effet, l’impact actuellement constaté risque d’aggraver les détériorations déjà à l’œuvre en matière de participation et de droits, mais aussi de remettre en cause les progrès enregistrés en termes de développement économique et humain, poursuit la Fondation qui précise toutefois que l’état des lieux présenté par l’IIAG 2020 est antérieur à l’arrivée de la pandémie dans la mesure où les données disponibles s’arrêtent à 2019.

Quoi qu’il en soit, pour le président de cette Fondation, Mo Ibrahim, il ne fait ainsi aucun doute que « l’Afrique est à l’épreuve ». Il fait en outre remarquer que «les fragilités de gouvernance mises en exergue par l’IIAG 2020 sont exacerbées par la Covid19, qui menace en outre les progrès réalisés dans les domaines économique et humain».

L’Anglo-Soudanais n’oublie pas de mentionner un fait important : l’insatisfaction et la méfiance des citoyens à l’égard de la gouvernance publique qui s’aggravent un peu partout. En effet, il apparaît clairement que «les résultats de la nouvelle section Voix des citoyens – qui couvre 39 pays et un échantillon représentant environ 87% de la population du continent – montrent que la perception des citoyens en matière de gouvernance globale atteint son niveau le plus bas de la décennie, suivant une détérioration dont le rythme a quasiment doublé depuis 2005», a constaté la Fondation.

En dépit du recul inédit du niveau de la gouvernance globale observé sur le continent, la Fondation relativise toutefois l’évolution de la performance estimant que ce mauvais résultat s’inscrit dans la suite du ralentissement de la progression depuis déjà 2015.

En effet, souligne-t-elle dans son rapport, de 2015 à 2019, il a été constaté un affaissement des progrès tant en matière de «Développement humain» que de «Fondements des opportunités économiques», tandis que se poursuit la détérioration des catégories «Sécurité et Etat de droit», ainsi que «Participation, droits et inclusion», et ce de façon accélérée pour la dernière.

La Fondation rappelle, par ailleurs, «que sur la décennie écoulée, la gouvernance globale s’est légèrement améliorée. De fait, en 2019, plus de six citoyens africains sur dix vivaient dans un pays où le niveau de gouvernance globale est meilleur qu’en 2010», a-t-elle fait savoir. A ce propos, le rapport note que les progrès accomplis sur la dernière décennie sont essentiellement tirés par les bons résultats obtenus en matière de développement économique et humain.

A en croire la Fondation, «les résultats encourageants obtenus dans les catégories Fondements des opportunités économiques (+4,1) et Développement humain (+3,0) proviennent principalement des progrès réalisés dans les souscatégories Infrastructures et Santé, ainsi que, dans une moindre mesure, Environnement durable».

Mais il importe malheureusement aussi de constater que ces tendances positives vont de pair avec une insécurité croissante et la dégradation de la situation au niveau des droits ainsi que celle des espaces civique et démocratique, a-t-elle fait remarquer relevant que les deux catégories «Participation, droits et inclusion» (-1,4) et «Sécurité et Etat de droit» (-0,7) enregistrent en effet un recul préoccupant sur l’ensemble de la décennie.

Autre enseignement à même de nous éclairer, c’est que dans vingt pays, représentant 41,9% de la population africaine, l’amélioration sur la décennie des catégories Développement humain et Fondements des opportunités économiques s’accompagne en parallèle d’une détérioration des catégories Sécurité et Etat de droit et Participation, droits et inclusion, relève-t-on.

Selon les auteurs du document, seuls huit pays (Angola, Côte d’Ivoire, Ethiopie, Madagascar, Seychelles, Soudan, Tchad et Togo) ont réussi à progresser dans chacune des quatre catégories. Mo Ibrahim est persuadé que «les gouvernements peuvent saisir cette occasion unique en vue de démontrer à la fois leur détermination à sauvegarder la démocratie et leur capacité à définir un nouveau modèle de croissance, plus résilient, plus équitable, plus durable, et plus autonome».

Il est à souligner que l’IIAG 2020, qui constitue l’ensemble le plus complet de données sur la gouvernance en Afrique, fournit une image précise des progrès accomplis au cours de la dernière décennie (2010 à 2019) et de la capacité des pays à gérer ces défis.

Comme l’a relevé la Fondation dans un communiqué, il présente également une mouture rénovée de l’indice, au travers notamment de trois améliorations significatives : une extension du spectre de la gouvernance, incluant de nouveaux domaines comme l’environnement ou la gestion des inégalités ; des indicateurs renforcés grâce à l’amélioration de la disponibilité des données ; et une nouvelle section entièrement dédiée aux Voix des citoyens africains, a-t-elle conclu. 

Alain Bouithy

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