Le Gabon en voie d’intégrer le Commonwealth…

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Ali Bongo et Boris Johnson

TRIBUNE. Ça y est! L’on sait maintenant les raisons qui ont poussé le gouvernement britannique à médiatiser à outrance la rencontre entre Boris Johnson et Ali Bongo lors de sa récente visite d’état à Londres. Il faut aller chercher la raison principale dans la décision du Gabon de de quitter la zone francophone pour intégrer le Commonwealth.

Ali Bongo a pour cet effet rencontré le 13 mai dernier différents officiels britanniques dont Patricia Scotland, la secrétaire générale du Commonwealth, avec la ferme volonté d’entrer à brève échéance dans cette organisation intergouvernementale dont le sommet se tiendra à Kigali au courant de ce mois de juin en cours.

Un véritable tournant historique pour le Gabon qui adoptera l’anglais comme sa seconde langue et qui jouira des avantages diplomatiques d’appartenir à un vaste ensemble de 53 pays où leurs citoyens ne se considèrent pas étrangers les uns aux autres et peuvent s’y mouvoir sans trop de complications.

L’autre avantage, c’est de s’approprier le dynamisme très en vue des pays anglophones africains en comparaison avec le capharnaüm démocratique et économique qui sévit dans la plupart de pays Africains francophones. Ali Bongo lorgne le modèle de Singapour et de l’Inde tout comme celui du Rwanda et de Tanzanie aux fins de rendre son pays plus compétitif et s’offrir ainsi de meilleures opportunités.

Pour la France bien évidemment, cette décision politique gabonaise paraît être une grande gifle diplomatique. Après le retrait du Rwanda de la francophonie mais encore sous le séisme des velléités de la Centr’Afrique et du Mali de plus en plus arrimés sur l’axe Moscou, la France perd progressivement son leadership dans le Sahel et en Afrique centrale. Et avec le nouveau cas du Gabon, elle est en voie d’essouiller coup sur coup son quatrième revers sur le continent noir, avec ce risque d’affronter un bouleversement inattendu dans les relations France-Afrique.

Car pour un pays tel le Gabon longtemps considéré comme un des meilleurs pré-carrés français en Afrique, le fait d’y perdre de l’influence met à nu la déliquescence de la diplomatie française qui n’arrive plus à s’adapter aux grandes évolutions culturelles et politiques en cours en Afrique et aux fermentations de nouvelles idées et de nouvelles visions du monde provoquées par l’impact des autoroutes de l’information en Afrique. Le regard de la France sur l’Afrique est malheureusement restée celui du général De Gaule et de Jacques Foccart au moment où ont surgi de nouvelles générations des élites africaines avec une plus grande capacité d’observation et d’analyse critique et de réorientation.

Cette faille de la politique française a été bien exploitée par la diplomatie britannique dont le pays sorti tout récemment de l’Union européenne ressent un grand besoin d’aller pêcher au-delà des eaux territoriales anglo-saxonnes pour se faire de nouveaux alliés et membres de sa zone d’influence en vue de reconstituer de nouveaux ensembles géopolitiques et géoéconomiques plus élargis et plus nantis.

Si dans l’avenir, les dirigeants français n’innovent pas dans leurs relations avec leurs anciennes colonies, dans le modèle de fonctionnement des réseaux extra diplomatiques, dans l’ingérence de leurs affaires intérieures et dans la complicité avec les élites politiques africaines bien souvent en porte-à-faux avec les profondes aspirations populaires. S’ils continuent à se comporter avec leurs anciennes colonies avec mépris et condescendance comme cela se fait depuis Nicolas Sarkozy, il faut bien craindre que le cas du Rwanda et du Gabon fasse école et suscite des émules auprès de beaucoup d’autres pays subsahariens.

Par Germain Nzinga

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