La réponse à la pandémie n’a pas permis d’offrir la protection sociale que mérite tout être humain

Plus de 4 milliards de personnes dans le monde en sont toujours totalement dépourvues, selon l’OIT

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Le droit humain à la sécurité sociale n’est pas encore une réalité pour tous, déplore l’Organisation internationale du travail (OIT) dans un nouveau rapport rendu public mercredi 1 septembre.

En effet, malgré les efforts déployés dans de nombreuses régions du monde pour l’étendre et son expansion mondiale sans précédent pendant la crise du COVID-19, plus de 4 milliards de personnes dans le monde en sont encore totalement dépourvues. 

Selon l’institution spécialisée des Nations Unies, « actuellement, seuls 47% de la population mondiale est effectivement couverte par au moins une prestation de protection sociale, tandis que 4,1 milliards de personnes (53%) ne bénéficient d’aucune garantie de revenu par leur système national de protection sociale ».

Alors qu’« une protection sociale complète et efficace n’est pas seulement essentielle pour la justice sociale et le travail décent mais qu’elle permet aussi de créer un avenir durable et résilient », comme l’estime Guy Ryder, Directeur général de l’OIT, la grande majorité des enfants n’ont toujours pas de réelle couverture de protection sociale. En effet, seul un enfant sur quatre (26,4%) bénéficie d’une prestation de protection sociale.

Il ressort, en outre, de ce rapport que « seuls 45% des femmes ayant un nouveau-né reçoivent une allocation de maternité en espèces. Seule une personne gravement handicapée sur trois (33,5%) dans le monde touche une pension d’invalidité ».

Par ailleurs, la couverture des indemnités de chômage est encore plus faible: seuls 18,6% des travailleurs au chômage sont effectivement couverts, note l’institution onusienne dans son rapport mondial sur la protection sociale 2020-22: La protection sociale à la croisée des chemins – en quête d’un avenir meilleur.

A noter que « si 77,5% des personnes ayant dépassé l’âge de la retraite perçoivent une pension de vieillesse sous une forme ou une autre, des disparités majeures subsistent entre les régions, entre zones urbaines et rurales, et entre hommes et femmes », relève le rapport.

L’insuffisance de la protection sociale porte à croire que « beaucoup de pays rencontraient des difficultés considérables pour faire du droit humain à la sécurité sociale une réalité pour tous lorsque s’est déclarée la pandémie de COVID‑19 », selon l’OIT.

Il semble en outre que « la réponse à la pandémie a été insuffisante et hétérogène, creusant l’écart entre les pays à haut revenu et les pays à faible revenu », comme le souligne le rapport qui donne une vue d’ensemble des progrès accomplis dans le monde ces dix dernières années en vue d’étendre la protection sociale et de mettre en place des systèmes de protection sociale, y compris des socles, fondés sur les droits et traite de l’impact de la pandémie de COVID-19.

Selon les auteurs dudit document, qui identifie également les lacunes en matière de protection et formule des recommandations politiques clés, notamment par rapport aux objectifs du Programme de développement durable à l’horizon 2030, la réponse à la pandémie « n’a pas permis d’offrir la protection sociale indispensable que mérite tout être humain ».

En plus de toutes ces informations, le rapport constate aussi que les dépenses publiques relatives à la protection sociale varient considérablement.

En effet, le document montre qu’«en moyenne, les pays consacrent 12,8% de leur produit intérieur brut (PIB) à la protection sociale (hors santé), cependant les pays à revenu élevé y consacrent 16,4% de leur PIB et les pays à faible revenu seulement 1,1% ».

A cela s’ajoute le déficit de financement (les dépenses supplémentaires nécessaires pour assurer au moins une protection sociale minimale à tous) qui s’est accru d’environ 30% depuis le début de la crise du COVID-19.

Exhortant la communauté mondiale à progresser vers la protection sociale universelle pour parvenir à la justice sociale, l’OIT estime que les mesures de protection sociale mises en place pour affronter la pandémie de COVID‑19 doivent être maintenues jusqu’à ce que la crise s’atténue et que la reprise soit bien engagée.

Tout en ne cédant à la tentation de revenir à une politique d’assainissement budgétaire dans le but de compenser les dépenses publiques massives rendues nécessaires par la pandémie, « les pays doivent saisir l’occasion unique fournie par le COVID‑19 pour bâtir l’avenir de la protection sociale et faire résolument le choix d’une stratégie ambitieuse ». Car, en dépit des ravages qu’elle a provoqués, la pandémie a fait naître l’espoir d’une évolution des mentalités, soutient l’organisation internationale.

L’Oit appelle ainsi à mettre en place des systèmes de protection sociale universelle pérennes qui assurent une couverture adéquate et complète à tous, en s’appuyant sur un dialogue social tripartite efficace et d’investir davantage dans ce secteur pour combler les déficits de financement.

Alain Bouithy

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